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ART | CRITIQUES

Cliquer pour Agrandir l'image Dana Schutz
Self Eaters and the People who Love Them
10 janv.-28 fév. 2004
Paris 3e. Galerie Emmanuel Perrotin
Dana Schutz fait événement à New York comme à travers le monde. Cette jeune artiste de vingt-huit ans peint comme on respire. Coqueluche des médias et des biennales, elle expose une peinture figurative qui, sans innover, synthétise toute une histoire de la peinture gestuelle et expressive du XXe siècle.
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Par Pierre-Évariste Douaire

Dans la rue Louise Weiss, les surprises sont souvent au rendez-vous. La concentration des galeries, leur branchitude autoproclamée, leur vernissage commun, font de ce petit pôle parisien une attraction où le meilleur se dispute avec l'évanescence du moment. La Galerie Emmanuel Perrotin est pour cette cession encore au rendez-vous pour provoquer le décalage.

Comme les expositions itinérantes, qui voyagent de Washington à Tokyo en passant par Paris, le galeriste a laissé ses murs à Zach Leuer, le directeur de la LFL Gallery de Chelsea à New York. En contrepartie ce dernier, lui a laissé les clefs de son espace. Échange de bons procédés qui pourront se poursuivre si l'opération se trouve rentable.

Dana Schutz est la nouvelle coqueluche des médias outre-atlantique. Elle est considérée comme totalement branchée. Elle est peintre et ne s'excuse pas de l'être. Elle peint d'une façon très énergique, sans aplats, sans à-coups, sans touches, mais avec des bandes de peintures. Sa touche est nerveuse, la jeune femme est ambitieuse. La toile n'est pas un tract, encore moins un manifeste, mais une manifestation de couleurs et d'énergies. Alors que les fossoyeurs de l'art contemporain parlent depuis vingt ans de la mort de la peinture — une ineptie — Dana Schutz du haut de ses vingt-huit ans produit frénétiquement une œuvre au rouleau compresseur.

L'énergie et le dynamisme se retrouvent dans ces hachures de couleur. A l'opposé d'une peinture gestuelle gratuite, ou d'une "bad painting" désuète, cette jeune artiste, diplômée en 2002, trace sa propre voie. Sans être nouvelle, ni révolutionnaire, l'avantage des pièces exposées se trouve dans l'effervescence ambiante.

Les toiles ne sont pas léchées, le souci du détail en est exclu, mais la brosse du pinceau vient strier la surface comme un râteau. Les figures, les personnages peints sont peignés de couleurs: le résultat final se donne comme une coiffure afro déglinguée, ou une permanente lissée et grasse, version grunge.

Cette manifestation d'énergie n'est pas un manifeste pour la peinture, mais la démonstration d'une soif de peindre. Le but est de faire voir la peinture, de la montrer telle qu'elle est, de l'exposer dans sa vérité nue. La chair de la peinture est un tube non rebouché. Le liquide se répand dans un petit filet qui vient permanenter les coiffures des personnages. Les traits de peinture peuve t-être brossés, hâchés, ou déposés à la main, l'essentiel est de marquer une présence. La toile n'est pas biffée mais paraphée par le geste de l'artiste.
Cette énergie, cette soif de peinture, à quelque chose de primitif. Comme un rituel paganiste, le châssis sert d'autel à toutes les offrandes. Pris entre Nolde et De Kooning, Dana Schutz distille une peinture matée d'essence primitive.
Locomotive d'une avant-scène en quête de reconnaissance, modèle d'une peinture sans tabou ni limite, elle apparaît sur l'avant-scène artistique comme une start-up nouvellement introduite en bourse: les paillettes, le champagne et les strass sont au rendez-vous, espérons qu'elle ne subisse pas un krach artistique.

Dana Schutz
Selfeater, 2003. Huile sur toile. 90 x 81 cm.
Big Arms r, 2003. Huile sur toile. 230 x 170 cm.
Console r, 2003. Huile sur toile. 167 x 152 cm.
E.S.G. r, 2003. Huile sur toile. 167 x 152 cm.
New legs r, 2003. Huile sur toile. 167 x 152 cm.


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Shimabuku, Kaki and Tomato, 2008. Tirage de type C collé sur aluminium, cadre.
Apichatpong Weerasethakul, My mother’s Garden, 2007. Vidéo. 7’.



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