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ART | CRITIQUES

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Daniel Firman
Push-Pull
07 avril-28 mai 2005
Gennevilliers. Galerie Edouard Manet
Daniel Firman nous plonge dans un univers où chaque chose n'a de sens que reliée, où les références se mêlent et s'entremêlent. Il travaille nos repères, nos références, les remettant en cause dans un jeu de push-pull dont on ne ressort pas indemne…
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Par Caroline Pillet

L'exposition de Daniel Firman, Push-Pull, n'a rien, apparemment, d'un jeu de piste. Pourtant, au travers des cinq œuvres présentées, des éléments se retrouvent, se renvoient les uns aux autres, s'attirent et se repoussent pour générer une réflexion originale sur notre société actuelle. Loin des grands poncifs sur la société de consommation comme des discours moralisateurs sur la perte des repères, Daniel Firman invite le spectateur à un parcours individuel, tant différentes lectures de ses œuvres sont possibles.

L'intérêt de cette exposition, outre les œuvres présentées, est la mise en espace de celle-ci, conçue par l'artiste lui-même. Rien n'est laissé au hasard dans ce lieu qui n'est absolument pas un white cube. Les murs sont peints, les cimaises utilisées, etc. Tout participe à la réflexion de Firman.
Par exemple, les murs peints, le sont par des couleurs issues des palettes de couleurs créées par Le Corbusier qui voulait tout maîtriser et harmoniser le décor avec la nature.
Dans une des salles, les quatre murs sont entièrement recouverts de cette inscription en gros caractère (typographie Helvetia, ce qui, nous le verrons, a son importance) : « Did you do it?». Cette question en forme d'appel au spectateur renvoie au slogan de la marque Nike: «Just do it!».

L'appel est accentué par la sculpture placée au centre de la salle, K2F. Celle-ci est une représentation du K2, un des monts réputé les plus inaccessibles. La sculpture est constituée de grands panneaux pliés dans lesquels on peut se voir. Pour la réalisation des matériaux de cette œuvre, Firman a travaillé avec l'ONERA (l'Organisme National d'Études et de Recherches Aérospatiales), qui a lui-même observé que le mont K2 était relativement invisible, indétectable depuis l'espace tant ses courbes et pointes étaient furtives.
C'est pourquoi Firman a conçu sa sculpture avec des plaques réfléchissantes dans lesquelles notre reflet disparaît et réapparaît selon certains endroits. Cette minuscule montagne —en comparaison des lettres du « Did you do it?» qui la surplombe et l'écrase— est très difficile à gravir, son ascension est considérée comme une des plus grandes performances pour l'homme.
As-tu gravi la montagne? semblent dire les deux œuvres mises en parallèle. Ou plus exactement, est-ce que toi aussi tu fais partie de cette société de la performance, de la compétition?

Les lettres immenses de la question nous surplombent et nous étouffent comme pour mieux nous inviter à prendre de la distance: car de trop près on ne peut lire le slogan en entier, car, aussi, la question est une critique à peine voilée de notre société du «toujours plus».

Firman élabore un parcours complexe parsemé de références. Les lettres en typologie Helvétia, c'est-à-dire la Suisse, renvoient à deux autres œuvres présentées. L'une, Color Safe, est un rassemblement d'objets divers, et l'autre, Sans titre (Monte Verita), est une photographie du Mont Vérita, à la frontière entre la Suisse et l'Italie.

Dans Color Safe, Firman a rassemblé des objets de la vie quotidienne (boîte de lessive, pneu, sac, etc.) trouvés dans les rues de Brooklyn, et les a disposés en équilibre sur un mannequin moulé à partir de son propre corps. La tête du mannequin est donc invisible et la sculpture ressemble à Atlas qui porterait sur son dos, au lieu du globe terrestre, un monceau de détritus de notre société du prêt-à-consommer. Quant aux pieds du mannequin, ils sont bien ancrés dans le sol.

La deuxième œuvre, Sans titre (Monte Verita), représente un mont séparant deux pays, un haut lieu de la contre-culture où vécurent de nombreuses communautés idéalistes, et où Rudolf Von Laban créa une des premières écoles de danse expérimentale. Lieu situé en pleine nature, devenu un centre de séminaires pour entreprises.

La dernière œuvre, MA-MJ, est composée des initiales de Marie-Agnès, une amie de Firman, et de Mickael Jackson. Cette amie danseuse a prêté son corps au moulage d'un geste que l'artiste lui a demandé de reproduire: celui, légendaire, de Mickael Jackson qui s'attrape les parties génitales. Ce geste, qui était à l'origine associé à la danse, a été galvaudé et vidé de son sens à force d'avoir été repris. Deux mannequins sont présentés afin de montrer le caractère devenu sériel du geste.

Daniel Firman nous plonge dans un univers où chaque chose n'a de sens que reliée, où les références se mêlent et s'entremêlent : un geste de danseur devient un produit de consommation, un lieu utopique devient une salle de séminaire, une ascension humaine à la découverte ...

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