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ART | CRITIQUES

Cliquer pour Agrandir l'image Anselm Kiefer
Monumenta 2007. Chute d’étoiles
30 mai-08 juil. 2007
Paris 8e. Grand Palais
La première édition de Monumenta, dont la volonté déclarée est de «faire rayonner l'art et la création dans le monder entier», accueille un ensemble d'œuvres de l'Allemand Anselm Kiefer, auteur d'une œuvre de mémoire et de douleur.
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Par Magali Lesauvage

Un an après «La Force de l'Art», le ministère de la Culture, soucieux de diffuser de la manière la plus large possible la création contemporaine, a décidé de consacrer chaque année une exposition à un grand créateur actuel, reconnu et célébré de part le monde. L'honneur d'inaugurer cette série d'expositions, intitulée «Monumenta» (référence sans équivoque à la fameuse «Documenta» de Kassel qui débute actuellement), revient à l'artiste allemand Anselm Kiefer, peintre archi-célébré pour son œuvre que d'aucuns qualifient d'«universelle».
Suivront l'an prochain Richard Serra, l'un des plus grands sculpteurs vivants, puis, en 2009, Christian Boltanski, sans doute l'artiste français le plus reconnu internationalement aujourd'hui. Par «accès de tous à la création contemporaine», le ministère de la Culture entend donc en premier lieu favoriser l'«accès de tous à l'œuvre de quelques-uns», jugés les meilleurs de leur génération.

L'écrin somptueux du Grand Palais est un véritable défi muséographique. Anselm Kiefer, principalement peintre, assume cette architecture grâce à l'ingénieuse mise en place d'immenses blocs de béton et de tôles, dénommés «maisons», mais qui ressemblent plus à des bunkers géants qu'à des lieux chaleureux d'intimité. Entre ces maisons se dressent des tours de béton armé paradoxalement fragiles, dont l'une s'est effondrée (Verunglükte Hoffnung, Espoir accidenté, 2007). Dès son arrivée sous l'immense nef de verre et d'acier du Grand Palais, le spectateur est saisi par cette vision de ruines, référence visible à l'Allemagne effondrée dans laquelle grandit Kiefer, né en 1945.

Dans les «maisons» sont exposées des toiles récentes de l'artiste. La plupart sont des hommages à de grandes figures littéraires du XXe siècle ayant placé la terreur de la guerre au centre de leur œuvre. Comme Paul Celan, Louis-Ferdinand Céline (dont Voyage au bout de la nuit est évoqué par un bateau de bois assez anecdotique flottant sur la matière picturale) et Ingeborg Bachmann, Kiefer fait de son œuvre un champ d'action, un travail mémoriel. Mais celui-ci n'est pas mélancolique car le travail de deuil (après la «chute d'étoiles») est passé. Seules en restent des traces.

Kiefer dit ne pas vouloir faire de monument, pourtant chaque ensemble de toiles constitue une sorte de monument mémoriel. Les thèmes de ses séries, plus ou moins explicites, ont pour vocation l'universalité. Nebelland (Pays de brouillard), citant un poème de Bachmann, évoque les paysages dévastés de l'horreur vécue par les prisonniers du «Nacht und Nebel»; le cœur doré qui pend au centre de la toile immense joue sur le registre du symbolisme, cher à la sensibilité allemande qui inventa le romantisme. La matière épaisse est celle de la sédimentation de la mémoire.
On retrouve cette manière d'appliquer largement la peinture au couteau dans toutes les œuvres de Kiefer. Associé au thème de la nature, elle permet à l'artiste de former un monumental herbier (Geheminis der Farne, Secret des fougères), ou d'évoquer l'immensité du cosmos, thème cher au peintre (La Voie lactée). Le peintre ainsi matérialise des thèmes historiques et universels, de l'histoire intime à la grande Histoire commune.

L'œuvre la plus marquante de l'exposition pourtant n'est pas une peinture. Sternenfall (Chute d'étoiles), qui donne son nom à l'exposition, est une gigantesque bibliothèque constituée de livres en métal (le plomb provient du faîte de la cathédrale de Cologne récemment restaurée), entre lesquels sont insérées des plaques de verres à peine scellées menaçant de se briser au sol. La mémoire, fragile comme ces livres qui semblent carbonisés, est synonyme de danger, une fois le travail de deuil achevé.
Si Anselm Kiefer récuse l'idée d'«esthétique de ruines» accolée à son œuvre, c'est pour revendiquer la construction d'une nouvelle mémoire et de nouvelles mythologies.

Anselm Kiefer
Sternenfall, 2007. Plomb. Béton. Dimensions variables.
Verunglükte Hoffnung, Espoir accidenté, 2007. Béton. Dimensions variables.
Nebelland (Pays de brouillard), 2007. Béton. Dimensions variables.
Geheminis der Farne, (Secret des fougères), 2007. Béton. Dimensions variables.


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