logo
140719Pareidolie
  AGENDA CRITIQUES  
parisART recherche un-e REDACTEUR-ice COMPETENT-e
RECHERCHER


ART | CRITIQUES

Cliquer pour Agrandir l'image Nedko Solakov
Mirrors
20 janv.-01 mars 2003
Paris 6e. Galerie G.-Ph & N Vallois
En faisant parler les miroirs, Nedko Solakov retourne les rapports entre le visiteur et l'objet d'art. On ne contemple plus, on est placé sous le regard de l'objet, questionné et jugé par lui. Une manière d'interroger l'art et d'ébranler des certitudes.
fleche suivante1/1
Par Katrin Gattinger

« Miroir, gentil miroir, dis moi… » Ce que la reine dans Blanche Neige nomme gentillesse est plus exactement l'honnêteté du miroir, son impossibilité à lui mentir. Ce qui d'abord la rassure, l'inquiète quand le miroir ne répond plus exactement ce qu'elle attend, quand il proclame qu'une femme plus belle qu'elle existe hors du royaume, au-delà des monts. Ce miroir voit la vérité hors cadre !

Les miroirs de l'artiste bulgare Nedko Solakov sont autrement plus déconcertants. Sept miroirs, placés dans d'opulents cadres dorés, disposés en vis-à-vis dans la galerie, ne reflètent que la blancheur des murs. En s'approchant, on peut cependant apercevoir quelques mots inscrits en anglais sur le bord intérieur du cadre : « Puis-je voir votre dos, s'il vous plaît ? Je suis un miroir très sophistiqué et je suis fermement opposé à servir votre visage ordinaire. Néanmoins restez dans le coin au cas où je changerais d'avis. »
Comme le « gentil miroir » qui trahit Blanche-Neige un peu malgré lui, ceux-ci ne reflètent pas de visages sans émettre de commentaire. Loin de complimenter ou rassurer, ils irritent ou parfois injurient. Plus encore, les textes écrits à la main sur chaque cadre invitent le visiteur à faire des grimaces : « Ouvrez votre bouche ! Plus… plus… un peu plus encore. Plus ! Restez ainsi aussi longtemps que possible et tout va s'arranger. » Comme si le miroir voulait intervenir sur la réalité qu'il est censé seulement refléter.

D'un miroir à l'autre, sont en fait interrogées les notions de visible, vision, visibilité, reflet, réalité et vérité. Il apparaît ainsi tour à tour que la Vérité n'est pas dans le reflet (« Vous êtes tellement moche ! Heureusement ce miroir est suffisamment poli pour ne pas vous dire la vérité »), et que la vision ne prouve rien (« Fermez vos yeux, s'il vous plaît. Votre reflet sur mon visage sera toujours là. Quel heureux miroir, suis-je. »). Dans leur toute puissance, deux miroirs prétendent même être pourvus d'odorat (« Vos pieds puent, n'est-ce pas ? ») et connaître d'autres espaces-temps.

En faisant parler les miroirs, Nedko Solakov retourne les rapports entre le visiteur et l'objet d'art. Le visiteur ne contemple plus, il est placé sous le regard de l'objet, questionné et jugé par lui : « Vous aimez-vous ? Hein ? Et si oui, pourquoi ? », demande Mirror n° 2.

L'œuvre de Nedko Solakov prend largement l'univers de l'art comme thème : The Collector of Art (1992), Mr Curator, please… (1994), The Thief of Art (1994-1996). En 1999, il a été à l'initiative de la participation de la Bulgarie à la Biennale de Venise en envoyant quinze mille exemplaires d'une carte postale qui annonçait justement cette participation : Announcement désignait la situation de l'art contemporain en Bulgarie et révélait les stratégies utilisées par les artistes bulgares, dix ans après la fin du totalitarisme.

À la Biennale de Venise en 2001, Nedko Solakov a fait repeindre par deux hommes les murs d'un espace en noir et en blanc : l'un peignant au rouleau sur la peinture de l'autre. On pouvait croire que la salle n'était pas prête, toujours en chantier. Durant la durée de la Biennale, les murs n'ont jamais été entièrement d'une seule couleur. Ni en noir, ni en blanc. Il s'agissait d'éviter la vision unique, de briser le manichéisme du bien et du mal, d'ébranler les certitudes et les attentes.
Une démarche qui se poursuit dans Mirrors, avec le brouillage des rôles convenus entre les choses et leurs reflets…

Nedko Solakov
Mirror # 4, 2003. Bois, feuille d'or, miroir, encre permanente : « Bye ! bye ! May I see your back please (…) ». 62,50 x 42 x 6 cm.
Mirror # 5, 2003. Bois, feuille d'or, miroir, encre permanente : « Open your mouth ! More… more… a little bit more ! Stay like that as long as you can and everything will be okay. » 56 x 49 x 4 cm.
Mirror # 3, 2003. Bois, feuille d'or, miroir, encre permanente : "Your feet smell, don't they ? Don't worry — I still like you ». 88,50 x 52,50 x 10,50 cm.
Mirror # 1, 2003. Bois, feuille d'or, miroir, encre permanente : « Close your eyes, please. Your reflection on my face will still be there. What a lucky mirror I am. » 60,50 x 44,50 x 6 cm.
Mirror # 7, 2003. Bois, feuille d'or, miroir, encre permanente : « You are so fucking ugly. Luckily this mirror is polite enough not to tell you the truth. » 60,50 x 44 x 6 cm.
Mirror #2, 2003. Bois, feuille d'or, miroir, encre permanente : « Do you like yourself ? Do you ? and if you do — why  ? » 100 x 62 x 10 cm.
Mirror # 6, 2003. Bois, feuille d'or, miroir, encre permanente : « Look at your face ! Shame on you ! Why do you secretly drop a tiny fart about an hour ago ? » 59,50 x 39,50 x 4 cm.


fleche suivante1/1



ANNONCES


ÉDITORIAL fleche_rouge
Esthétiques photographiques de l'attention
La frénésie de la vie et du monde d'aujourd'hui, les tensions et les bouleversements qui agitent tous les secteurs de la société, ainsi que les pressions permanentes exercées par l'hypertrophie des communications, suscitent le sentiment qu'est menacé un bien des plus précieux et des plus fragiles de l'homme: son attention. Tout allant trop vite, on ne peut plus accorder aux choses l'attention qu'elles méritent. Dans le flux incessant des marchandises et des informations, l'attention se fait...
fleche Lire la suite
140625VilletteOrta.gif
140707LyonBiennaleDanse


La Renaissance et le rêve, l’abandon du corps
Comment représenter l'état de sommeil qui permet d'accéder au rêve? Eléments de réponse avec l'exposition «La Renaissance et le rêve» au musée du Luxembourg, où il est question de corps, d'abandon et de visions.
fleche Lire la suite
ÉCHOS fleche_rouge
puce rouge  Lauréats du 15e Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main: Nathanaël Le Berre, Gérard Borde et Marc Aurel, Yann Grienenberger
puce rouge  Fin 2014, la galerie Yvon Lambert tire sa révérence
puce rouge  Le Festival d’Avignon aura bien lieu mais la CGT Spectacle appelle à une grève massive pour l’ouverture
puce rouge  L’artiste Huang Yong Ping prend les commandes de la Monumenta 2016
puce rouge  Un chemin de «Grande Randonnée Artistique» pour la Nuit blanche à Paris
puce rouge  Rapport sur le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en France
puce rouge  Le 27 octobre 2014, ouverture de la Fondation Louis Vuitton
puce rouge  CoordinatiIntermittents et Précaires: «Ce que nous défendons nous le défendons pour tous!»
puce rouge  Nicolas Bourriaud entre confiance et vigilance du ministère de la Culture
puce rouge  Menace sur les festivals d’été, le conflit s’envenime entre les intermittents et le gouvernement
puce rouge  Ensba, le bras de fer continue entre Nicolas Bourriaud et les étudiants
puce rouge  Laurent Le Bon nouveau président du musée national Picasso
DIAPORAMA

Giulia Andreani, Les histoires d’amour finissent mal...en général, 2011. Acrylique sur toile, 146 x 144 cm. Collection privée, Paris



pub pub

Art culture paris - art culture France - evenement culturel - agenda culturel paris - actualité art culture - photo art - agenda design - exposition design - éditeur design - spectacle danse - spectacle danse contemporaine - festival danse - marché art - exposition art contemporain - galerie photo - exposition video - art numerique - livre sur l’art - catalogue art - galerie art contemporain paris - musee art moderne contemporain - centre d'art contemporain - frac - drac - cnap - fiac - festival danse paris - festival danse montpellier - interview artiste - art virtuel - graff - foire art

parisART  |  Partenaires  |  Contact  |  Équipe  |  Publicité  |  Mentions légales