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ART | CRITIQUES

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Gary Hill, Julije Knifer
Maquis
19 sept.-24 nov. 2002
Paris 19e. Frac Ile-de-France. Le Plateau
Maquis : une zone incertaine, un désert irrégulier, un espace de déambulations plurivoques et de passages entre les œuvres de Gary Hill, Julije Knifer, Fiorenza Menini, Yvan Salomone, Paola Yacoub et Michel Lasserre.
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Par Anne

En passant de l'autre côté des grandes baies vitrées qui constituent la devanture du Plateau on pénètre dans une zone incertaine, un désert irrégulier, un espace qui oscille en prenant la forme d'un labyrinthe : nous sommes dans le Maquis. Il faut désormais avoir présent à l'esprit que nous errons dans un lieu de résistance fait pour s'y cacher et non pour s'y installer.
C'est donc dans un espace de déambulations plurivoques, indéfinies et de traces de passages que l'exposition Maquis réunit Gary Hill, Julije Knifer, Fiorenza Menini, Yvan Salomone, Paola Yacoub et Michel Lasserre.

La première salle sert la notion de méandre qui habite l'œuvre de Julije Knifer. En effet, l'architecture souligne l'idée du détour en nous donnant le temps de dessiner une forme dans l'espace avant de rejoindre la deuxième salle. Ainsi, en passant dans cette salle nous ne progressons pas dans l'espace, nous prenons le temps d'un méandre. La peinture de Julije Knifer (Peinture murale n°30, 2002) est réalisée à même le mur en noir en blanc laissant la présence d'une série de créneaux noirs sur fond blanc.
La notion de série vient alors se conjuguer avec celle du temps et nous plonge dans un univers de la dissemblance et de l'infinie variété car, bien entendu, les méandres se suivent mais ne se répètent jamais: ils sont la trace de l'expérience du temps éprouvé par le peintre et rendu par des moyens formellement abstraits. Il s'agit pour le regardeur de parcourir la surface blanche perturbée par les injonctions de la surface noire et par là même d'entrer dans une lecture entrechoquée, coupée et séquencée de l'espace pictural-architectural.

La deuxième salle est un mur de couleur constitué par une série de vingt-deux aquarelles de Yvan Salomone. Son protocole de création : peindre à l'aquarelle des paysages de même format (104 x 145 cm) à raison d'une aquarelle par semaine. Ce choix de Yvan Salomone l'inscrit dans un souci de rendre compte du temps qui passe et de laisser de ce passage des traces d'équivalences : une aquarelle en vaut une autre. Elles sont toutes différentes (aucune ne fait allusion au même lieu) en même temps qu'elles sont identiques (toutes sont l'écho d'une semaine écoulée).
Ces peintures, en occupant toute la longueur du mur, créent une fresque sur le thème de la zone, de l'espace en chantier (ports, sacs de ciment, usines). L'utilisation de l'aquarelle par Yvan Salomone donne une existence diluée et fragile à ces lieux en leur ôtant l'épaisseur du temps : ces lieux sont en suspens.

Trois supports différents de projections d'images transforment la salle consacrée au travail de Paola Yacoub et Michel Lasserre en zone frontalière, de conflit. En effet, un écran de projection (Frontières, 2002), une projection murale (Les Routes, 2002) et un moniteur (Sohmor, Yohmor, 2002) exposent des photos du Sud Liban sur la mutation de ce territoire et son changement d'aspect.
Faut-il entendre «aspect» au sens d'un état tangible et matériel de l'image. Ce travail d'enquête sur un lieu d'incertitude nous met dans une situation d'attente à la fois de parole et de perspectives nouvelles espérées par les routes photographiées. Mais rien n'arrive, l'homme est là par omission. C'est le sens du silence qui se laisse entendre.

Dans l'obscurité de la grande salle où est présenté Accordions, de Gary Hill, le visiteur est confronté à cinq images de tailles égales projetées à même le mur. Il s'agit alors d'accorder son regard à l'apparition immédiate et choquée des visages en gros plan qui se superposent et de saisir au passage les sons qui se glissent entre elles. On peut reconnaître trois types de vues: des visages et les corps photographiés dans les rues du quartier Belsunce de Marseille, des groupes de musiciens, et des photos sur fond noir réalisées en studio.
La scansion des images sous la forme de flashes laisse des impressions rétiniennes sans susciter la pensée car ce qui est à retenir n'est déjà plus. Ce flux de chocs rappelle le fonctionnement de la mémoire : retenir puis faire jaillir des fragments de réceptions sensorielles. Il est impossible de se saisir d'une image, d'un visage, d'une suite de notes de musique: la fugacité du défilé l'emporte. On a l'impression d'un zapping poussé à son comble dont il ne reste plus que l'attente de l'image et le choc de sa réception.
Cette expérience du regard révèle un double isolement: les personnages, qui pourtant vivent ensemble, sont totalement coupés les uns des autres, et le regardeur ne peut rien saisir d'essentiel. Reste la mémoire comme lien que Gary Hill semble placer au cœur de son entreprise.

Dans une autre salle, la projection de la vidéo Crossing Fade ( 2001), de Fiorenza Menini, place le spectateur en situation ...

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