logo
160520ArtAbordable
  AGENDA CRITIQUES  
RECHERCHER


ART | CRITIQUES

Cliquer pour Agrandir l'image
Jan Fabre
Les Messagers de la mort décapités
19 janv.-24 fév. 2007
Paris 3e. Galerie Daniel Templon
Dans cette exposition, il est question de chiens morts, de larmes, de tablées et de hiboux emplumés… Jan Fabre met à mal les codes de l'expression artistique en faisant fusionner avec aisance les disciplines créatives et les inspirations.
fleche suivante1/1
Par Léa Bismuth

On est tout d'abord fortement impressionné par l'installation Le Carnaval des chiens errants morts. Dans une salle aux murs et au sol recouverts d'une étouffante moquette noire, la table est dressée, celle d'un goûter d'anniversaire, la table en bois est maculée de confettis et de chapeaux coniques de toutes les couleurs. Des serpentins tombent du plafond et structurent visuellement l'espace.

Mais la mort est dans la fête: c'est à une fête décadente et mortelle que nous invite l'artiste, comme en attestent la présence théâtrale et proprement surréaliste (cette fois le terme n'est pas mal à propos!) de chiens morts.
Il y en a plusieurs, cinq ou six voire plus, l'un d'eux semble trôner suspendu au centre de la pièce au-dessus de la table, plusieurs sont allongés par terre. Ils apparaissent comme des dormeurs paisibles. L'élément dramatique réside dans la mise en place de mottes de beurre devant le museau de chaque chien mort. Ont-ils été séduits et amenés à dévorer le beurre par un individu malintentionné?
Cette installation déconcerte parce qu'il est difficile de dire si elle est porteuse d'une violence inouïe ou si elle est plutôt révélatrice d'une distance ironique. Peut-être que c'est l'idée de carnaval qui est ici travaillée: les chiens morts ont remplacé les enfants rieurs et bien vivants et les valeurs ont été renversées, laissant le grotesque régner en maître.

En avançant dans l'exposition, on se retrouve face à des «dessins de larmes». Le but de ces dessins-performances est dans l'effusion des larmes de leur auteur, que ce soit des «larmes d'irritation» provoquées par les oignons, la fumée ou le manque de sommeil, ou des «larmes d'émotion» provoquées par une relation amoureuse difficile par exemple.
Ce sont donc des sortes d'autoportraits de larmes qui voient le jour sur fond de châteaux maladroitement dessinés au crayon à papier. L'idée des larmes s'éclaire pour qui connaît un peu le travail de chorégraphe et de metteur en scène de Jan Fabre. En effet, selon lui, les sécrétions humaines, que ce soit des larmes, de l'urine ou du sang, ont une valeur expressive très forte.
Pensons à la création de Je suis sang (conte de fées médiéval) au Festival d'Avignon en 2001, ou encore à son Histoire des larmes, également à Avignon en 2005.

Un système de sens énigmatique se met néanmoins en place dans l'exposition : carnaval, inversion des valeurs, chiens morts, larmes et sang, couteaux et grands verres dans les «sculptures de larmes», châteaux (médiévaux?)…

Il semble d'ailleurs que le réseau de signes se tisse autour de l'idée de banquet mortel, puisque l'œuvre qui donne son titre à l'exposition retient en elle tous les indices.
En effet, dans une salle aux murs blancs cette fois, sur une grande table recouverte d'une nappe immaculée et brodée, cinq «messagers de la mort décapités» (autant dire des têtes de hiboux emplumés aux yeux de verre) sont alignés et regardent tous fixement dans le même sens, vers un mur vide. Le regard est fixe, les têtes ont surgi de la table et attendent un rite funèbre, les messagers n'ont plus rien à nous dire.
Aux murs de cette même salle, deux autoportraits de l'artiste en apiculteur. Encore une fois, la tablée, la mort, l'autoportrait et quelque chose d'indéfinissable planent partout: le conte de fée est devenu violent, le rêve se rapproche de la folie.

Enfin, la dernière œuvre, La Table de la résistance reprend le motif du banquet dont les convives sont absents ou morts. De quelle résistance s'agit-il ? Les convives, les chiens ou les hiboux décapités, ont-ils été sacrifiés? On ne sait.
La seule chose que l'on puisse dire c'est que l'idée de festin médiéval et mortifère hante l'artiste, qui d'ailleurs se transforme peut-être parfois en Marquis de Sade des temps modernes, en ordonnateur de rites secrets, en instaurateur d'une nouvelle mythologie.

Jan Fabre
Le Carnaval des chiens errants morts, 2006. Installation: chiens empaillés, confettis, rubans, table et beurre. Dimensions variables.
Sculpture de larmes I et II, 2006. Technique mixte (plâtre, verre, couteaux). 200 x 100 x 100 cm.
La Table de la résistance, 2006. Verre et encre bic. 400 x 150 x 100 cm.
Les Messagers de la mort décapités, 2006. Plumes et yeux artificiels, nappe en dentelle de Bruges. 450 x 150 x 100 cm.


fleche suivante1/1



ANNONCES


160513Abordable
ÉDITORIAL fleche_rouge
Editos, et d'autres choses, à venir
J'ai depuis plusieurs mois suspendu la rédaction de mes éditos hebdomadaires. Pour deux raisons: 1° la rédaction d'un livre qui me tient à cœur; 2° la refonte totale du site que vous découvrirez dans les prochaines semaines. J'ai hâte de reprendre la publication des éditos pour interroger et partager avec vous les mouvements et soubresauts des arts, des images et de la culture. Merci de votre fidélité à parisART.
A bientôt. 
André Rouillé

fleche Lire la suite
160517Le104impatience
160525CoteCourt300
160510MitterrandMcCollum


La Renaissance et le rêve, l’abandon du corps
Comment représenter l'état de sommeil qui permet d'accéder au rêve? Eléments de réponse avec l'exposition «La Renaissance et le rêve» au musée du Luxembourg, où il est question de corps, d'abandon et de visions.
fleche Lire la suite
ÉCHOS fleche_rouge
puce rouge  Bilan de la Nuit européenne des musées 2016
puce rouge  Le Musée départemental Matisse, au Cateau-Cambrésis élu palme d’or du palmarès des musées de France par Le Journal des Arts.
puce rouge  Air shark: le requin monumental de l’aéroport Côte d’azur
puce rouge  Les 15 finalistes du Prix Levallois 2016
puce rouge  Valérie Mouroux rejoint l’Institut français
puce rouge  Disparition de l'artiste François Morellet
puce rouge  Patrimoines vivants dans un Moyen-Orient en conflit
puce rouge  Les collections des musées de la Ville de Paris en ligne.
puce rouge  Les lauréats du 61e Salon de Montrouge ont été annoncés.
puce rouge  L’école Camondo ouvre dès la rentrée 2016 10 % de places gratuites.
puce rouge  La galerie Templon fête ses 50 ans en 2016
puce rouge  Les nouveaux membres du conseil d’administration du Centre Pompidou
DIAPORAMA

Takashi Murakami, MCRST, 1962-2011, 2011. Acrylique sur toile montée sur bois. 92 x 72 cm
William Kentridge, Sobriety, Obesity and Growing Old, 1991. Vidéo 16mm.
Natalie Czech, A poem by repetition by Aram Saroyan (CD), 2016. Impression. 101 x 65 cm.
Bryan Little, The African Cypher, 2012. Film.



pub pub

Art culture paris - art culture France - evenement culturel - agenda culturel paris - actualité art culture - photo art - agenda design - exposition design - éditeur design - spectacle danse - spectacle danse contemporaine - festival danse - marché art - exposition art contemporain - galerie photo - exposition video - art numerique - livre sur l’art - catalogue art - galerie art contemporain paris - musee art moderne contemporain - centre d'art contemporain - frac - drac - cnap - fiac - festival danse paris - festival danse montpellier - interview artiste - art virtuel - graff - foire art

parisART  |  Partenaires  |  Contact  |  Équipe  |  Publicité  |  Mentions légales