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ART | CRITIQUES

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Stéphane Couturier
Landscaping
08 nov.-28 déc. 2002
Paris 3e. Galerie Polaris
Après les lignes verticales de la série Monuments, les paysages urbains de Stéphane Couturier s'étalent dans une longueur panoramique. L'envie d'espace est redoublée par les diptyques qui font se déployer les paysages. Ses visions cinémascopiques donne des images abstraites et construites à la fois.
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Par Pierre-Évariste Douaire

Les nouveaux paysages de Stéphane Couturier sont une vraie surprise. L'urbain est toujours au cœur de ses compositions, les tirages sont toujours aussi grands (sans tomber dans la démesure), mais un vrai changement apparaît. Ses Landscaping (2002) sont des photographies panoramiques, qui n'hésitent pas à s'exposer en diptyques, et à romprent avec les tirages verticaux de la série Monuments (1999-2000).
Ce basculement est loin d'être anodin. Il n'est pas à prendre comme un truc, ou juste comme un exercice de style. Renonçant à une énième déclinaison de ses cathédrales de béton en construction (Moscou, Séoul, Paris-La Défense, etc.), loin de toute facilité, le photographe se risque à se renouveler. Il y parvient tout en reprenant ses thèmes favoris, en retravaillant sur la ville.

Couturier remet tout à plat et s'éloigne de sa grille de construction orthonormée. En posant son viseur sur la ligne d'horizon, il donne à voir de larges bandes horizontales qui viennent strier le cadre. Après des compositions étouffantes, cadrées au plus près, de la façon la plus serrée, après ces immeubles façon mots-croisés, l'espace reprend son souffle. La nature vient redonner un peu d'horizon.

Les strates désormais sont horizontales. Deux compositions témoignent bien de ce changement. San Diego. Rancho del Ray et San Diego. Olympic Parkway n° 1 sont impressionnantes tant elles recèlent de détails. A l'opposé de toute facilité, ces constructions photographiques sont mûrement réfléchies. Le soin du cadrage et le repérage du site révèlent un souci extrême de perfection. Le résultat ressemble à une peinture géométrique abstraite, seuls les formes, les lignes, les points et les couleurs subsistent. Le décor photographié est gommé.

Effacer pour mieux recommencer est la méthode de Stéphane Couturier. Son travail oscille entre art paysager et nature morte. Les fruits, les objets de ces tableaux de genre, il les trouve dans les paysages vernaculaires des grandes métropoles. Les tours de béton sont pour lui des carafes de cristal, les pavillons de banlieues font offices de poissons ruisselants. Il photographie comme d'autres dressent la table.

Photographe-géomètre, il construit ses images comme d'autres dressent des plans. Chez lui, la précision des compositions omet l'homme, les villes frappent d'ostracisme l'humain et la nature. Quelques plates-bandes viennent maintenant donner la réplique aux constructions: une apparition discrète mais concrète, et pleine de sens.
La référence paysagère dans les travaux de Couturier renvoie moins aux Italiens qu'aux Allemands. Son Olympic Parkway ressemble en effet au Moine au bord de la mer(1808) de Friedrich, où la composition s'étend entre la grève, la mer et le ciel. Pour ménager une entrée dans l'image, Couturier a laissé une mince bande de terre qui guide l'œil du spectateur. La technique est chère au panthéiste allemand qui, comme dans Côtes rocheuses à Rügen (1818), construit souvent ses tableaux à l'aide d'une composition en gouffre.

Toutefois, on ne s'engouffre pas dans les tableaux de Couturier. On est maintenu à distance par une conjonction de planéité et de frontalité. Ce qui n'empêche pas que le regard peut se perdre dans ces horizons dressés et plantés.
Si son travail peut évoquer un peintre romantique allemand comme Friedrich, autant qu'un photographe contemporain comme Gursky, également allemand, Stéphane Couturier ne déploie pas moins une démarche personnelle dont la cohérence ne souffre d'aucune comparaison. 

Stéphane Couturier :
San Diego. Vista Grande Road, 2002. Cibachrome. 173 x 125 cm.
San Diego. Olympic Parkway n° 1, 2002. C print. 122 x 228 cm.
San Diego. Rancho Del Rey, 2002. Cibachrome. 86 x 200 cm.
Tijuana. Playas n° 2, 2002. Cibachrome. 125 x 200 cm.
San Diego. Eastiake Greens, 2002. Cibachrome. 110 x 140 cm.
Tijuana. Villanar, 2002. Cibachrome. 110 x 140 cm.


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Bruno Peinado, Sans titre, Who’s Afraid Of Red, White And Blue, After Kintera, 2010. Résine, peinture. 220 x 150 x 140 cm
Louis Soutter, Le héros, 1937 1941. 61 x 42cm



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