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ART | CRITIQUES

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Léo Delarue
Léo Delarue
04 sept.-29 sept. 2004
Paris 3e. Galerie Zürcher
La sculpteur Léo Delarue a une prédilection pour les matières malléables comme le silicone, le latex ou la résine ; pour les formes hybrides maintenues à un degré d'inachèvement ; pour cette façon de faire respirer ou se rétracter la matière comme un animal s'agitant en frétillements obscènes, évoquant un univers amorphe en pleine mutation.
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Par Marguerite Pilven

Les sculptures de Léo Delarue investissent actuellement de leur présence organique la galerie Zürcher.
Détour évoque par son titre les mouvements contradictoires de la matière. Des tuyaux de douche recouverts d'aluminium serpentent sur le sol, étouffant entre leurs anneaux une masse informe et plâtreuse. Au lieu de se déployer du centre vers la périphérie, comme c'est le cas pour une conception classique de la sculpture, l'œuvre se ramasse au contraire sur elle-même en une étreinte violente.

Non loin de celle-ci, faite de semblables matériaux, une autre sculpture oppose à la première son rayonnement vers l'extérieur et sa cadence régulière, animée de pleins et de vides, dessine une structure plus aérienne, que maintiennent des membranes en plastique transparent terminées par des ventouses.

Un vocabulaire plus physique, plus organique encore est à l'œuvre dans la vingtaine de petites sculptures en terre posées côte à côte, directement sur le sol, évoquant tour à tour des viscères, des animaux marins ou des étrons pondus par un animal étrange. Ces formes anti-sculpturales contiennent quelque chose de primaire et de régressif. Composés de fins boudins de terre tressés, ourlés, enroulés, les volumes de terre se contorsionnent à nos pieds, évoquant avec autant de force des formes naissantes ou agonisantes.

Une autre sculpture intitulée Impatiences est toute en protubérances et boursouflures, comme prête à éclater. Sa surface animée de mouvements ondulatoires est brillante et rouge, attrapant ça et là la lumière. Obscène comme une langue épaisse, elle est traversée de tuyaux en plastique renvoyant autant à des organes respiratoires que digestifs. Dressée péniblement sur quatre petites pattes, cette masse informe prend une allure grotesque et mal dégrossie.

Le vocabulaire de Léo Delarue, multiple et protéiforme, se développe avec inventivité. Sa prédilection pour les matières malléables comme le silicone, le latex ou la résine la conduit à réaliser des formes hybrides qu'elle maintient à un degré d'inachèvement, dans l'opacité et les désordres de la matière.
Un humour traverse également tous ces travaux, notamment par la façon dont ces œuvres tiennent parfois sur un équilibre fragile et dont la matière respire ou se rétracte comme un animal, s'agite en frétillements obscènes, évoquant un univers amorphe en pleine mutation.

Détours, 2004. Plâtre, résine, plastique, scotch aluminium. 155 x 137 x 30 cm.
Points à la ligne, 2004. Plâtre, plastique, scotch aluminium. 95 x 56 x 18 cm.
Présences virtuelles, 2004. Fil de fer, latex, plastique, étain, scotch aluminium. 88 x 140 x 165 cm.
Sans titre, 2003-2004. Terre cuite. Dimensions variables.
Impatiences, 2004. Structure métallique, résine, plastique. 100 x 170 x 194 cm.


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