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ART | CRITIQUES

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Jonathan Monk
20 mai-18 juin 2005
Paris 3e. Galerie Yvon Lambert
Jonathan Monk fait écho à l'œuvre de Daniel Buren «retirée» en 1971 du musée du Guggenheim de New York, juste avant le vernissage sur l'intervention d'artistes. In Place and Out of Place met en scène le souvenir de ce décrochage obligé et l'idée de la censure.
carre_rouge  Par Isabelle Soubaigné

Pour sa cinquième exposition, Jonathan Monk nous invite à effectuer un voyage dans le temps. Hommage à Daniel Buren, écho à l'œuvre de l'artiste français “retirée” en 1971 au musée du Guggenheim de New York. In Place and Out of Place met en scène le souvenir d'une intervention écourtée mais matérialise aussi l'idée de la censure et de la réflexion au sens propre comme au sens figuré. Il nous faut porter alors un regard différent sur cette mise en abîme temporelle et sur ses réminiscences.

On entre dans la première salle. Trois miroirs circulaires attirent notre regard. Suspendus au plafond à différentes hauteurs, ils tournent lentement au rythme du passage des visiteurs.
Une des faces renvoie momentanément l'image tronquée de la pièce. The Moment Before you Realise you are not Lost nous parle du passé. L'instant révolu, capturé par ce cercle en mouvement n'est déjà plus qu'un souvenir. Apparition, disparition, alternance de moments fugitifs. Nous sommes inscrits dans l'installation de manière aléatoire et sporadique.
L'autre face emprisonne les éléments. Ils semblent lutter pour être visibles. Le reflet est atténué, assourdi, par la pellicule blanche qui la recouvre.

Les trois œuvres portent le même titre et s'annoncent comme un soulagement: "You are not lost". Mais elles désignent aussi un laps de temps particulier. Jonathan Monk saisit l'espace du spectateur, l'interpelle et lui donne un repère. Plus le diamètre de ces "médaillons" démesurés est important, plus ils se rapprochent du sol. Narration implicite, cheminement ? Nous avançons dans la galerie de plus en plus présents dans l'environnement à parcourir.

Premier aspect de la réflexion : changement de direction d'ondes lumineuses tombant sur une surface réfléchissante. Regard sur soi, sur l'autre, mais aussi sur l'avant et l'après. Que se passe-t-il de l'autre côté du miroir ou sur sa tranche ? Où est l'interstice, le moment évoqué par l'artiste durant lequel nous réalisons que nous sommes bien là ? Réside-t-il dans ces portions d'images ? Ou bien se concentre-t-il dans le champ de l'objet lui-même ?
Le passage d'un reflet objectif à l'effacement presque total de la figure lors des rotations de ces trois éléments giratoires est peut-être déjà une réponse à ces interrogations.

La lumière laisse la place à la pénombre. Remerbering (in situ) nous accueille et se transforme en machine à remonter le temps.
Trois projections de films super 8 transférées en 16 mm présentent Daniel Buren dans différentes postures, dans et autour du Guggenheim. Deux filins tendus en diagonale de part et d'autre de la salle soutiennent quatre tentures qui se déploient jusqu'au sol. L'accrochage rappelle la toile aux bandes bleues et blanches exposée dans la rotonde du musée new-yorkais. Visible des deux côtés, trop peut-être, au goût d'autres artistes, elle fut enlevée juste avant le vernissage de la Sixième Internationale.

La mise en espace orchestrée ici par Jonathan Monk souligne une fois encore son intention de transmettre des souvenirs sans en avoir de traces matérielles. Les objets deviennent synonymes. Pastiche lointain d'une réalité disparue : l'environnement de la galerie Yvon Lambert révèle autrement les faits d'un épisode vécu par quelqu'un d'autre. Il fait appel à notre imagination. Il nous incite à revisiter le passé.

Nous sommes juge et partie de faits retracés par procuration. Comment exprimer au plus juste les ressentiments d'une autre personne ? Comment ne pas trahir leur intensité ? Ces écrans de cinéma éphémères deviennent les supports muets d'une histoire sans parole. L'absence de son ne fait qu'accentuer le désarroi de Daniel Buren. Debout, vêtu d'un grand manteau noir, il semble perdu dans ses pensées et dans le tissu urbain qui l'entoure. La réflexion est abordée ici comme un retour en arrière, une introspection. Plus de trente ans après, il se souvient mais ne livre aucun commentaire. Le silence exalte l'acte de censure opéré à l'époque. Le bruit de la bande qui défile restitue les traces d'une aventure terminée sans nous dévoiler d'informations supplémentaires.

On contourne ces images, on cherche à être au plus près des émotions emprisonnées dans ce mutisme contraint. Puis on sort de la pièce, avec la sensation d'avoir partagé un moment privilégié, mais avec la certitude aussi, qu'il nous sera impossible de restituer cette expérience de mémoire, sans en perdre petit à petit la substance qui la constitue.

Jonathan Monk
We see how to see through Me, 2005. Pentagone en aluminium. 177,5 cm de côté.
I see through You see through We see through Me, 2004. Triangle en aluminium. 177,5 cm de côté.
I see through You see through They see through Me, 2004. Carré en aluminum. 177,5 cm de côté.
Remembering (in situ), 2005. 3 Films 16 mm. 9 minutes.
The Moment before You realise You are not lost, 2005. Sculpture. Miroirs et moteurs. Diamètres : 80 cm, 100 cm et 120 cm.






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