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ART | CRITIQUES

Cliquer pour Agrandir l'image Frédéric Claquin
J’ai oublié mon parapluie
18 oct.-30 nov. 2007
Paris 6e. Galerie Kamel Mennour
Démonstration à la galerie Kamel Mennour sous le prisme d'Alfred Hitchcock, maître incontesté du 7° art, mais également des séries TV. Du pareil au même au presque semblable, les frontières sont floues. Mais belles et bien présentes.
carre_rouge  Par Maud de La Forterie

Entre documentaire et fiction, l'artiste belge Johan Grimonprez déploie une narration à la fois filmique, photographique et textuelle basée sur le détournement et la subversion du sens de lecture.
L'entremêlement des genres qui en résulte contribue à la mise en place d'une véritable esthétique de la confusion, pointant du doigt les relations complices et non moins perverses entre le monde, l'histoire et leurs respectives représentations.

Démonstration à la galerie Kamel Mennour sous le prisme d'Alfred Hitchcock, maître incontesté du 7° art, mais également des séries TV. Du pareil au même au presque semblable, les frontières sont floues. Mais belles et bien présentes.

Un rébus sans fin aux résonances surréalistes. L'exposition «J'ai oublié mon parapluie» flirte au pays des égarements savamment orchestrés, là où les lapsus ne sont plus tant révélateurs et où l'inconscient, disséqué dans sa plus grande intimité, se découvre sous un jour inusité.
Si les œuvres montrées, ensemble cohérent envisagé comme la miniature d'une des salles de la rétrospective de l'artiste à Munich, se jouent des codes établis de la société de l'image contemporaine, c'est pour mieux en décrypter son essence : la confusion identitaire.

L'œil critique de Johan Grimonprez lorgne un paysage visuel étendu où les doubles et les copies sont de légion, réévaluant ainsi notre rapport au monde et à sa mise en scène. En 1997, « Dial H-I-S-T-O-R-Y », dont on peut apercevoir ici timide clin d'œil, livrait sans détours une histoire revisitée des détournements d'avions. Par le biais d'images d'archives mêlés à de multiples séquences autobiographiques et autres citations littéraires, cette œuvre prolixe, ultime prémonition des attentats du 11 septembre, témoignait de la culture de la catastrophe en arpentant l'imagerie officieuse de sa représentation cathodique.
Singulière réflexion sur les mass medias, elle se déversait sans jamais se tarir dans toute une série de projets liés aux phénomènes de terrorisme et de piratage rassemblés au sein du magazine Inflight (2000).

Brouillage des pistes, juxtaposition et fertiles allers-retours semblent constituer l'ossature du travail de Johan Grimonprez qui pour son deuxième volet filmique Double Take emploie ces mêmes méthodes de zapping et de copié-collé. Cœur du propos de l'exposition, Double Take rend hommage à Hitchcock en arpentant les chemins épars de la culture de l'imitation au moyen de références ouvertes à Magritte et à Borges, qui tous deux anticipent les questions de doublures et de copies.
Dressant un portrait original du maître du suspens, Johan Grimonprez articule prises de vue réelle, dessins, collages et textes pour abolir les frontières entre la réalité et la fiction, entre le vrai et le faux. Cheminement d'autant plus pertinent que l'exposition «J'ai oublié mon parapluie» documente la recherche du sosie parfait de ce cinéaste qui se plaisait à multiplier les apparitions au fil de ses réalisations.
C'est d'ailleurs à Londres que Grimonprez a rencontré Ron Burrage, «Wrong man» idéal, double professionnel d'Hitchcock jusqu'au bout de l'âme et axe rotatif du nouveau projet de l'artiste.

Nourrie et accompagnée du livre Looking For Alfred, cette furtive exposition s'appréhende comme une pensée en œuvre où le projet et le commentaire du projet se font face dans une projection démultipliée à l'infini, soulignant ainsi la trame narrative de l'artiste belge qui se parfait dans une tendre ironie, au-delà des ressorts métaphoriques largement perceptibles.
Car en toile de fond, c'est bel et bien l'histoire des liens ténus entre le cinéma et son double, la télévision, qui nous est ici contée. Mais également celle d'une réalité dévisagée. Celle d'une perception pervertie.

Johan Grimonprez
Ron Burrage, Hitchcock Look-alike, Looking for Alfred, 2004.
I've decided not to be some one else after all..., 2007. Dessin.



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