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ART | CRITIQUES

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Gardar Eide Einarsson
I Caused Dreams Which Caused Death. This is my Crime
09 sept.-07 nov. 2009
Paris 19e. Galerie Bugada et Cargnel
Côté remise, le garage de l'Équerre montre quelques échantillons de ses poulains habituels (Pierre Bismuth, Iris Van Dongen, Nick Devreux, etc.). Côté mise, l'ex-Cosmic galerie vernit la première exposition bellevilloise du peintre norvégien basé à New York, Gardar Eide Einarsson.
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Par Nicolas Villodre

Attention: peinture fraîche! Il s'agit en effet d'œuvres récentes, réalisées par le jeune artiste norvégien Gardar Eide Einarsson sur divers médiums ou media —peinture, photographie, sculpture— dans un style sobre, techniquement très au point, exclusivement en noir et blanc.

C'est un parti pris, disons, pour aller vite, «minimaliste», renforcé sans aucun doute par la rigueur conceptuelle du tout et de sa partie —chaque pièce suit en effet un thème particulier mais la série dans son ensemble illustre les mêmes questions: celles de l'autorité, du pouvoir et de la violence d'état.

Un peu à la manière d'un adolescent idéaliste, pour ne pas dire attardé, Gardar Eide Einarsson décrit, dépeint et condamne (peut-on penser) les brutalités de nos sociétés occidentales en général et celles de l'américaine en particulier.
L'univers, paranoïaque, de la police omniprésente n'est que le revers de la romance du banditisme, qui a toujours célébré Billy the Kid ou Bonnie and Clyde. Le peintre semble fasciné par les signes et les manifestations de cette férocité. Sa peinture est plus proche du Pop américain (pas de celui de ses inventeurs anglais) que de la Figuration narrative qui eut ses heures de gloire en France et qui était politiquement engagée, autrement dit, de gauche.

Le risque de tout flirt naïf, poli et policé, avec les représentations sadiennes est de tomber dans la complaisance morbide. Les tableaux de Gardar Eide Einarsson ont beau être sages comme des mirages, ils traitent de nos pulsions obscures. Or, de nos jours, vu le degré de saturation où nous sommes arrivés après la banalisation du «trash» par son exploitation spectaculaire, pouvons-nous encore être sensibles, comme si de rien n'était, aux images pieuses ?

Formellement parlant, on est là pour ça, les œuvres sont pour la plupart des reflets, des projections, des grossissements de clichés extraits de magazines, d'ouvrages sub-littéraires ou, au contraire, savants. Plus personne ne peint d'après nature –cela n'a probablement jamais été le cas.

Un ectoplasme blanc sur fond noir fait penser au résultat d'un test du Dr Hermann Rorschach, ou à une tête de nœud ou bien encore à un morceau en forme de poire, comme disait Satie, car il rappelle la fameuse caricature louis-philipparde. Mais faut-il voir de la représentation et du sens partout? Pas sûr.

En trois dimensions, on a, au milieu de la salle, un chaudron noir ressemblant, de loin, à une machine à vapeur de Papin ou de Watt et qui s'avère être un barbecue curieusement orné du drapeau sudiste. Si même la cuisine devient politique... Un tableau lettriste, en blanc sur noir, ce blanc sur noir étant lui-même couché sur un fond blanc plus vaste, joue avec la typo du mot «Kaligula» —il s'agit en fait de l'agrandissement de la jaquette de l'édition tchèque de la pièce éponyme d'Albert Camus. On a pu remarquer aussi deux petits formats représentent des photomatons (= photos prises par des matons?), démesurément pixélisés, de malfrats nordiques.

Des clichés en grand format et fortement tramés sont disposés en diptyques, l'un, horizontal —un flic pointe son arme en direction du spectateur, comme le hors-la-loi dans la scène finale du premier grand western de l'histoire du cinéma, The Great Train Robbery (1903) d'Edwin S. Porter, ou dans Pistol (1964) de Roy Lichtenstein; un autre, vertical, est tiré d'un manuel de la police —il montre comment ouvrir une porte en toute sécurité.
Le mot énigmatique écrit en lettres gothiques «héritage» est peint à même le mur de gauche de la galerie, comme s'il s'agissait de la signature de l'artiste.

La peinture est bien tournée, rien à dire de ce côté-là, et les coulures coquettement laissées sur la toile, comme pour signifier, par ce geste, qu'on y est, précisément, dans le geste —dans le mouvement, la décharge ou la dépense—, dans la geste également —dans la chansonnette vantant les hauts faits des hommes de loi ou de leurs doubles en négatif, les outlaws.


Gardar Eide Einarsson
Kaligula (Caligula), 2009. Acrylique et crayon sur toile. 120 x 160 cm.
Nada (1985), 2009. Acrylique et crayon sur toile. 122 x 152 cm.
Towards a Quaker View of Sex, 2009. Acrylique et crayon sur toile. 183 x 214 cm.
A Manifesto for Philosophy, 2009. Acrylique et crayon sur toile. Diamètre: 185 cm.
Untitled (Void), 2009. Inkjet sur papier. Diptyque. 133 x 88 cm.


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Alain Buffard, Tout va bien!, 2010. Pièce pour 8 interprètes. En collaboration avec Fanny de Chaillé.
Mathieu Lehanneur, L’Âge du monde, 2009. Argile émaillé noir. Jarre.



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