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ART | CRITIQUES

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Huma Bhabha
Huma Bhabha
18 avril-30 mai 2009
Paris 4e. Galerie Nathalie Obadia, Cloître Saint-Merri
Les matières, les couleurs jouent de contrastes étonnants, le sacré pénètre le profane, la réalité s'enivre d'imaginaire. L'œuvre de l'artiste pakistano américaine, formellement (trop?) référencée, injecte dans le contemporain une dose de spirituel, entre archaïsme et fictions futuristes. 
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Par Céline Piettre

Dans le travail d'Huma Bhabha, la terre est une matrice funèbre. Ocre, rocailleuse et aride, elle règne en reine stérile sur les paysages photographiques de son pays natal, le Pakistan. Ailleurs, comme noircie par un feu sacré, brûlante et brûlée, elle compose des corps géométriques, fétiches, totems immolés, masques de prière ou de torture. De la glaise, elle n'en a souvent que l'apparence, remplacée en réalité par du liège, celui avec lequel on fait les bouchons. Mais, toujours, chez l'artiste, la terre nourricière — ou son substitut de pacotille — a la mélancolie des sépultures. 

Les œuvres exposées dans la galerie semblent avoir subi des actes de vandalisme. L'inachèvement de certaines sculptures, ouvertes sur des viscères de bois et de métal, fait écho à l'aspect détérioré, carbonisé des autres — et là encore, la combustion n'est qu'un leurre pour celui qui observe avec attention et découvre une fallacieuse peinture.
Les photographies, elles, sont menacées dans leur intégrité documentaire par un encrage coloré, graffitis fantomatiques venant diluer le paysage ou l'habiter d‘architectures imaginaires, futuristes, de fragments de corps (pieds de colosses translucides) et de présences spectrales, aqueuses. Une énigme que renforce l'absence systématique de titres.

Vestiges d'une civilisation perdue ou anticipation des catastrophes à venir : nucléaires, écologiques, éthiques? Symboles des destructions en germe ou «monuments» conjuratoires? Les œuvres de madame Bhabha rôdent dans le territoire de la science-fiction, mais au sens où Jorge Luis Borges paraît l'entendre, dans cet entre-deux qui mêle inextricablement fictionnel et réalité, passé et futur dans un «présent indéfini».
Un dôme extra-terrestre vient coiffer de bleu les ruines d'un site archéologique, voûte céleste ouvrant sur une autre dimension, tracé invisible d'une spiritualité déjà contenue dans la forme même des sculptures — totémiques et rituelles, léchées par un feu sacrificiel.

D'essence votive, à croisée d'influences esthétiques et historiques diverses — arts premiers, art moderne — le travail de l'artiste pourrait être qualifié de syncrétique — le mot étant parfaitement approprié ici car faisant souvent référence à un éclectisme d'ordre religieux. On peut même en conclure à une certaine proximité avec Giacometti ou Brancusi pour la synthèse des formes et avec Rauschenberg, dans cette prédilection pour les matériaux pauvres, plastiques et l'utilisation poétique du rebut. Du coup, on ne peut s'empêcher de ressentir une agaçante sensation de déjà-vu, heureusement contrebalancée par la portée contemporaine du regard d'Huma Bhabha. Incomplète, décharnée, famélique, Bumps in the Road claudique sur des béquilles de fortune, confrontant sa propre infirmité à celle du (tiers) monde.

Huma Bhabha
Untitled, 2008 (sculpture). Technique mixte. 86 x 31 x 31 cm
Sans titre (HB 124), 2008. Encre et peinture sur photographie. 53, 5 x 70 cm encadré
Sans titre (HB 122), 2008. Encre et peinture sur photographie. 53, 5 x 70 cm encadré
Untitled, 2008. Encre, pastel et graphite sur papier. 51 x 61 cm
Sans titre (HB114), 2008. Encre et peinture sur photographie. 53, 5 x 70 cm encadré
Bumps in the Road, 2008 (sculpture). Technique mixte. 153,7 x 168,3 x 203,8 cm


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Guillaume Linard-Osorio, Sans titre, 2014.



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