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ART | CRITIQUES

Cliquer pour Agrandir l'image Katinka Bock
A sculpture for two different ways of doing two different things
14 nov.-09 janv. 2010
Paris 20e. Galerie Jocelyn Wolff
Katinka Bock reprend dans cette exposition des notions déjà présentes dans son œuvre précédente : l'idée de nature, d'espace, de mesure. Elle interroge également la duplicité de chacune de ses œuvres en jouant sur des oppositions : la verticalité et la diagonale, la trace et son absence, l'ouverture et la fermeture enfin l'extérieur et l'intérieur. Elle affirme que le caractère fondamental d'une œuvre est d'être double et invite ainsi le visiteur à parcourir un univers réversible qui appelle à la mélancolie.
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Par Agathe Cancellieri

En entrant dans la galerie, on se heurte à une œuvre en forme d'obstacle qui empêche de pénétrer. L'œuvre intitulée Einsicht est constituée d'une planche en bois faisant office de porte. Entrouverte, elle est bloquée au sol par une pierre. Dans cette œuvre de Katinka Bock, la porte suggère simultanément le passage et l'impossibilité de la franchir.
Dans l'exposition, chaque œuvre évoque ainsi un objet et son contraire comme l'indique le titre énigmatique «A Sculpture For Two Different Ways Of Doing Two Different Things».

En entrant par une ouverture située sur le côté de la galerie, on est confronté à un lieu du quotidien qui s'avère être une chambre à coucher. L'œuvre Le Lit est une planche faite de plâtre et de bois adossée au mur en position verticale et non pas horizontale comme pourrait le suggérer son titre.

Correspondances présente une peau de cuir disposée dans une fente creusée dans le mur. Le cuir est retourné de façon à faire voire à la fois son recto et son verso.
Katinka Bock suggère ainsi que toute œuvre est double. La matière brute s'oppose à la matière lisse du cuir travaillé. Le Lit interroge également cette dualité en laissant dépasser une branche d'arbre de la planche en bois. Un objet usuel de l'espace domestique se double ainsi d'un objet végétal de la nature brute.

Katinka Bock crée une nouvelle opposition en installant en face du Lit l'œuvre intitulée Die Zone (Boden) constituée d'un fil de fer accroché à une colonne de la galerie et attiré au sol par un aimant. Cette installation minimale, qui forme une diagonale, est dans une tension avec la verticalité du Lit qui interroge la présentation des œuvres.

Au sol, Sculpture du soir, une sculpture d'argile en forme d'oreiller, est posée délicatement sur un tissu indigo qui rappelle la couleur de la nuit. Au-dessus d'elle, sur une colonne de la galerie, un morceau de bois a été introduit de façon à attirer l'attention sur l'architecture de la galerie, et à tisser des correspondances entre l'espace et les œuvres.

Autre œuvre, Die Zirkel: au bas d'une porte entrouverte, qui semble répondre à la première porte (Einsicht), est placé un crayon à papier. Au sol, le crayon a tracé un demi cercle qui matérialise l'ouverture de la porte.
Mais une fois de plus, on ne peut pas franchir la porte et circuler librement. Il y a eu un passage qui ne se répétera plus.

Séparer, partager est la seule œuvre qui invite à une ouverture, en méngeant un lien entre l'extérieur et l'intérieur de la galerie. Il s'agit d'une impression digitale réalisée d'après une œuvre antérieure, Patron, pour laquelle Katinka Bock avait frotté le trottoir situé devant la Synagogue de Berlin. Découpée en plusieurs morceaux qui sont ensuite affichés dans la rue, cette œuvre invite à sortir de la galerie et à circuler dans le quartier qui devient lui-même un espace d'exposition.

Les thèmes de la mélancolie et de la trace se confirment chez Katinka Bock avec Schiffsbruch qui semble émerger du sol. Cette sculpture en terre cuite placée sur du ciment blanc, comme si elle venait d'être déterrée, a la forme d'une dalle striée, comme griffée. Sorte d'objet archéologique, elle est de l'ordre de la trace, du passage, du temps qui passe.
Schiffsbruch répond à l'aspect brut du sol et des piliers de la galerie. Comme Die Zirkel, l'œuvre s'inscrit dans un échange avec l'espace, dans lequel l'une et l'autre se valorisent esthétiquement.

Au-dessus de Schiffsbruch sont assemblés des morceaux de bois récoltés après une tempête pour constituer Partition en automne en forme de ligne qui court sur le mur, et qui se poursuivra avec le temps jusqu'à s'emparer de la galerie…

L'aquarelle Farben der Augen meiner Freunde est la seule œuvre en couleur. Reprenant la couleur des yeux des amis de l'artiste, elle décline la problématique de l'enregistrement et de la mélancolie qui traverse toute l'exposition.


Liste des oeuvres
— Katinka Bock, Le lit, 2009. Bois, plâtre. 200 x 15 x 7 cm.
— Katinka Bock, Partition en automne, 2009. Bois. Longueur approximative : 5, 8 m.
— Katinka Bock, Farben der Augen meiner Freunde, 2009. aquarelle sur papier. 27,5 x 20,5 cm.
— Katinka Bock, Die Zone (Boden), 2009. Aimants, fil de fer.
— Katinka Bock, Ein Ort, 2009. Coton, bois. Dimensions variables.
— Katinka Bock, Schiffsbruch, 2009. terre cuite, plâtre. Incrusté dans une zone de 37 x 25 x 6 cm. Terre cuite : 28 x 18 cm.
— Katinka Bock, Correspondances, 2009. Cuir. 68 x 48 cm.
— Katinka Bock, Sculpture du soir, 2009. Terre cuite, coton teint. 30 x 26 x 15 cm.
— Katinka Bock, Die Zirkel, 2009. Crayon de papier, métal. Dimensions variables.
— Katinka Bock, Einsicht, 2009. Pierre, bois, plâtre, tissu. Porte : 215 x 82 x 2 cm. Pierre : 48 x30 x 20 cm.
— Katinka Bock, Séparer, partager, 2009. Impressions digitales sur papier. 42 x 30 cm.


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