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Lanx et Obvie

Dans un gymnase drapé de noir, la scénographie de Lanx apparaît comme extravagante de sobriété: trois murs sombres parcourus de lignes brisées par le sol, de largeur et d’intensité différentes. Enveloppée par l’univers sonore de Mika Vaino, la chorégraphe suisse interprète le premier solo. Avec le «corps comme force de proposition», ainsi qu’elle aime à le rappeler, Cindy Van Acker emplit le plateau des vibrations infinies de sa danse pareille à un monologue corporel sans adresse précise. Au plus près du sol, elle explore cette remise en question primordiale de la posture: une horizontalité d’avant la mise sur pieds. Un flux ininterrompu circule entre les effets géométriques et le corps qui prend appui sur chaque parcelle de sa face pour trouver un envol invisible.

En équilibre au-dessus d’un vide créé par des bandes d’illusions qui tremblent et perdent leur force de cadre au fil de la pièce, le corps semble peu à peu se libérer de l’emprise mathématique du décor, soutenu par la lumière et le ronflement des moteurs ou des ventilateurs qui en accompagne ses déploiements, équilibres et mise en tension. Le minimalisme formel de ce solo contient toute la force d’un langage. Plongés dans un espace-temps commun, une u-chronie vivifiante, interprète et public partagent la conscience d’un continuum de mouvement qui ouvre l’espace jusqu’à le rendre infini entre ses murs.

Lorsque Tamara Bacci entre en scène pour Obvie, elle souligne l’étrange immatérialité du plateau simplement couvert d’un revêtement blanc. Dans cet espace parfaitement dépouillé, les mouvements s’agencent et forment des boucles, obligeant la danseuse à revenir sans cesse à sa position initiale. Par delà la virtuosité, l’extrême lenteur laisse place à une rapidité proche de la glisse et dévoile un mouvement d’une sensibilité aiguë. L’œil se fait le témoin de l’origine de chaque geste, la finesse des chaînes parcourues afin d’arriver à la tension de chaque membre. Flux continu, le mouvement mute en toute discrétion sous l’influence d’infimes variations et accompagne la chute d’un corps céleste tantôt précieusement maîtrisé, tantôt laissé à l’abandon. Un abandon salutaire qui demeure lorsque, parvenue à la verticale, la danseuse quitte la scène et se glisse dans le drapé qui entoure la salle. L’interprétation de Tamara Bacci est étonnante, tant son appropriation du langage de la chorégraphe est précise et dévoile son identité.

Dans le travail de Cindy Van Acker, le mouvement s’infiltre jusqu’au spectateur attentif. Pris dans un triangle dont les deux autres points sont la lumière et le son, le corps de ces soli défend avec force l’inquiétude et la fragilité, une possible posture de résistance poétique.

— Chorégraphie: Cindy Van Acker
— Création sonore: Mika Vaino (Lanx), Denis Rollet (Obvie)
— Lumière: Luc Gendroz (Lanx), Denis Rollet (Obvie)
— Scénographie: Cindy Van Acker, Line Fontana
— Costume: Aline Courvoisier
— Avec: Cindy Van Acker, Tamara Bacci