DANSE | SPECTACLE

Étrange Cargo | Embrase-moi

30 Mar - 31 Mar 2018

C'est le printemps, ce qui reste d'oiseaux chante, le soleil brille... Un peu de grivoiserie ne fera pas de mal à l'affaire. Avec Embrase-moi, les chorégraphes et danseurs Kaori Ito et Théo Touvet livrent une performance qui dévoile, sans fard, la fabrique du désir amoureux. Un spectacle sensuel, charnel, à la lisière d'une morsure sur le réel.

S’il est un domaine difficile à décrire et analyser, c’est celui du désir amoureux. Là où la pornographie n’a rien de rare, le sentiment amoureux réciproque, avec sa composante charnelle, recèle encore une part de trouble. Tandis que la pornographie relèverait plutôt du quantifiable objectif, le sentiment amoureux graviterait, pour sa part, dans la sphère du qualitatif subjectif. Avec Embrase-moi, la chorégraphe Kaori Ito plonge pourtant, physiquement, dans cet univers presque confiné au métaphysique. Pour un spectacle de danse à deux, hautement sensuel, qui s’inscrit dans une trilogie de l’intime. À savoir Je danse parce que je me méfie des mots (avec son père) ; la pièce Embrase-moi (avec son compagnon, Théo Touvet) et Robot, l’amour éternel (en solo).

Embrase-moi de Kaori Ito et Théo Touvet : la complexité des parades nuptiales humaines

Articulé autour de la rencontre amoureuse, Embrase-moi explore sans fausse pudeur la palette des émotions s’emparant de deux personnes en amour l’une pour l’autre. Des ramifications d’autant plus profondes qu’aucun des deux protagonistes n’est vierge. S’apprivoiser, se découvrir, accepter de repasser le film des histoires et expériences précédentes… Avec une légèreté encline à se jouer de la gravité, esquivant la lourdeur, Kaori Ito et Théo Touvet se dévoilent. Une expérience qui passe par l’exploration des tabous, des cicatrices et blessures, au plus proche de la sincérité. Relire, redire, revivre les promesses faites à des ex, les reproches, les serments trahis… Se mettre d’accord sur un degré d’illusion acceptable… Tandis que les premiers temps de la rencontre conjuguent inévitablement attraction et agôn [lutte]. Décrivant la danse nuptiale des poissons épinoches, le naturaliste Konrad Lorenz parlait d’une danse mêlée d’agressivité, en zig-zag. Le zig pour s’approcher, le zag pour se fuir.

Le désir amoureux : une écriture intime et singulière, une chorégraphie universelle

Cultivant d’autres mœurs que celles des épinoches, Kaori Ito et Théo Touvet mettent à nu d’autres processus. Leur pièce Embrase-moi scrute ainsi la singularité du rituel qu’ils s’inventent pour pouvoir vivre leur rencontre. Avec l’implication progressive des corps, dans l’écriture d’une histoire commune. Tel un parcours du combattant, où les deux amants, par l’art et la danse, s’octroient une part d’intimité sensuelle. Une intimité dévoilée, sur scène, pour mieux, peut-être, par le jeu des limites, se constituer une légitimité personnelle. Expérience spéculative, la tension n’épargne pas non plus les spectateurs. Peut-être parce qu’il y a plus que le simple contact charnelle des corps. Peut-être parce qu’Embrase-moi dévoile une sensualité où se mêle le vertige de la perte. Performance chorégraphique de haut vol, Embrase-moi joue avec le feu. Pour une pièce où l’intensité côtoie la beauté, douloureuse, des amours fusionnelles. Mais non sans cette pointe d’humour indispensable à toute tragédie.