DESIGN | OBJET

Freeform

Les luminaires du designer américain John Procario fascinent par leurs boucles étranges. Contrepoint au tube fluorescent (ou néon) rectiligne, sa collection Freeform transforme le bois en lampes ondoyantes. Dans une sensualité qui flirte avec la rupture, sans jamais y basculer.

De son père menuisier, le designer américain John Procario a hérité le goût du bois. Puis, par extension, celui des circonvolutions. Entre sculpture et design, il crée des luminaires sinueux, où la matière serpente. Comme une mue, une écorce, ou d’infinis anneaux de Moebius. Sculptures de lumière, mobilier, bois, métal… Le travail de John Procario cultive ondulations, circuits, boucles étranges. Tout en finesse, ses sculptures lumineuses, de la collection Freeform (2012-en cours) par exemple, explorent la souplesse et l’ouverture. Comme des gousses de vanille pleines de lumière. Mais comme il l’explique, à la base de son travail, il y a l’idée du bois comme métaphore du corps. Avec cette possibilité de le plier jusqu’à un certain point : celui de la rupture. Et juste avant que la tension ne devienne éclatement, les pièces de John Procario cherchent à aller au bout de l’ondulation.

Collection de luminaires Freeform, de John Procario : des boucles de lumière

Comme des os ou des muscles : la recherche de l’étirement maximal donne aux œuvres de John Procario une certaine familiarité. Celle de l’organique, conjuguant tension, précarité, et plasticité. Dans son travail de designer, John Procario n’aspire par à asservir complètement le bois. Chaque pièce est unique car chaque forme suit en quelque sorte le penchant de la matière. Le bois serpente et se courbe, se tord, en suivant ses propres caractéristiques. Ce faisant, John Procario opte pour un travail conjoint entre le bois et lui. Et c’est probablement ce qui fait la force de son travail : le fait de reconnaître que chaque point de rupture est radicalement unique. Que chaque morceau de bois requiert une attention particulière. Là où plaquer un modèle ne donnera pas nécessairement des résultats stimulants. Et de ce corps à corps physique avec le bois, la collection Freeform garde ainsi une sorte d’élan sensuel.

Entre design et sculpture lumineuse : le bois comme métaphore du corps

Au sein de la collection Freeform, la série de luminaires (ou sculptures lumineuses) Freeform II se distingue par sa ‘simplexité’. Ce néologisme servant à décrire ce qui est à la fois simple, voire minimaliste, et pourtant complexe. Le bois de frêne utilisé est blanchi et pressé à froid. Comme maquette préparatoire, John Procario utilise d’abord des rubans de papier (en cellulose, comme le bois) qu’il laisse onduler et tord. Entre bolduc [ruban à papier cadeau] et gousses végétales, Freeform II réussit à se tenir entre le naturel et l’artificiel. Entre ce qui semble venir des propriétés du bois seul, et ce qui porte la trace d’une intervention humaine. Pour rectifier la croissance des arbres désordonnés, il est d’usage de recourir aux tuteurs. Ici, la contrainte semble avoir été appliquée de façon à pouvoir faire ressortir ce que le bois a de plus singulier. Pour une collection, Freeform [Forme libre], qui laissent ainsi l’imaginaire vagabonder à l’infini.