DANSE | SPECTACLE

Mire

16 Fév - 17 Fév 2018

Entre dispositif, performance et spectacle chorégraphique, Mire, de la chorégraphe Jasmine Morand, arbore une forme atypique. Pièce pour douze danseurs, Mire oscille entre kaléidoscope et peep-show. Pour une expérience où les spectateurs peuvent se déplacer et choisir leur point de vue.

Dans le paysage de la danse contemporaine, Mire est un objet atypique. Si la danse est un art du mouvement, à la façon d’un prisme, la chorégraphe suisse Jasmine Morand (Cie Prototype Status) en démultiplie les facettes. Sa création Mire est une installation performative et chorégraphique pour douze danseurs. Dispositif de monstration et de perception, Mire démultiplie les points de vue pour les spectateurs. Au centre de l’espace scénique, une structure circulaire. En réalité, une sorte de zootrope géant, l’un de ces dispositifs précurseurs du cinéma. Le fonctionnement du zootrope est simple : une séquence d’images fixes tapisse le bord interne d’une roue, et lorsqu’elle tourne, les images semblent ne plus former qu’une seule image, continue et animée. Avec Mire, la structure ne tourne pas, mais les douze danseurs (six femmes et six hommes) y évoluent à l’horizontale, pour former une composition séquentielle. Une danse à plat, lente et serpentine.

Mire de Jasmine Morand : une installation performative et chorégraphique

Le spectacle Mire fonctionne comme un kaléidoscope. Il inclut deux modes de vision. D’une part, un vaste miroir est placé au dessus de la structure circulaire, pour permettre aux spectateurs d’embrasser l’image global par l’intermédiaire du spéculaire. Se trouvant ainsi face à une sorte de peinture kaléidoscopique, couleur chair, où le rôle des formes géométriques et symétriques est tenu par le corps organique et nu des danseurs. D’autre part, les parois de la structure circulaire sont percées de fentes, tout autour, permettant ainsi aux spectateurs de glisser un regard à l’intérieur du dispositif, pour capturer, directement, un fragment de l’ensemble. Aux spectateurs revient la possibilité de passer de l’un à l’autre et de se déplacer autour de la structure. Tandis que le jeu des lumières modifie les volumes, avec tour à tour des éclairages écrasants ou modelants les reliefs.

Danse, entre kaléidoscope, peep-show et miroir : une question de point de vue

Ainsi, tantôt la lumière gomme les reliefs des corps pour les changer en surface planes. Tantôt elle creuse les reliefs, recomposant les corps en topographies complexes. La pulsion scopique parcourt comme un frisson l’échine de Mire et des spectateurs. La pulsion scopique, c’est cette pulsion du voir, ce désir voyeuriste. L’artiste Marcel Duchamp en avait d’ailleurs conçu une installation : Étant donnés : 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage… Un dispositif où le regardeur devait glisser son œil dans la fente pour apercevoir une partie de l’œuvre. Jouant sur cette curiosité érotique, Mire, de Jasmine Morand, en déplace les termes. Le miroir, qui offre une perspective aérienne inversée, permet d’embrasser l’ensemble à distance, du point de vue esthétique. Et passant à l’envi du peep-show au miroir, les spectateurs réinventent ainsi la distanciation. Danse, esthétique, voir, mouvement… La performance chorégraphique Mire s’empare des notions pour mieux les transformer en expériences sensibles.