DANSE | SPECTACLE

The Generosity of Dorcas

16 Jan - 31 Jan 2019

Que serait l'art sans ce léger parfum de scandale ? Le chorégraphe Jan Fabre (Cie Troubleyn) fait partie de ces artistes qui perpétuent la tradition de la transgression. Avec The Generosity of Dorcas, il livre un solo extatique, interprété par le danseur Matteo Sedda. Plongée hypnotique dans l'univers troublé de Troubleyn.

Sulfureux et polémique, Jan Fabre l’est sans aucun doute. Autant comme plasticien que comme chorégraphe et metteur en scène. Jan Fabre a notamment marqué les esprits avec ses gigantesques sculptures recouvertes d’élytres irisés de coléoptères. Des millions de scarabées tués pour la beauté et l’art : voilà qui ressemble à une approche rescapée du XIXe siècle. Mais le résultat est sidérant et captive les foules. À l’instar, par exemple, de son installation Le Bousier (2001), notamment exposée au Louvre en 2008. Côté danse, Jan Fabre (Cie Troubleyn) n’est pas moins tiède. Sa pièce The Generosity of Dorcas (2018) réalise ainsi sa tournée avec un parfum de scandale. Sous-titrée « Solo de danse pour Matteo Sedda », The Generosity of Dorcas [La Générosité de Dorcas] rend hommage à la fidélité du danseur italien Matteo Sedda. Avec qui le chorégraphe belge Jan Fabre travaille depuis 2015.

The Generosity of Dorcas de Jan Fabre : Solo de danse pour Matteo Sedda

En 2015, Jan Fabre entame le projet Mount Olympus To Glorify the Cult of Tragedy. Soit une performance de vingt-quatre heures, interprétée par Matteo Sedda. Depuis lors, la performance tourne à l’international, toujours interprétée par Matteo Sedda. Figure biblique, Dorcas (alias Tabitha) est une chrétienne mentionnée dans les Actes des Apôtres. Chaleureuse et généreuse, prompte à aider les pauvres, elle est dite avoir été ressuscitée par l’Apôtre Pierre. Dévouement extrême, extase, martyre… La pièce de Jan Fabre, The Generosity of Dorcas, explore ce phénomène physique d’exaltation. Et dans un espace sombre, sur une scène noire, Matteo Sedda glisse lentement dans l’exultation. Une sorte de transe chorégraphique, portée par la musique de Dag Taeldeman. Répétition des gestes, rituel transgressif… Au rythme des tambours, des voix et soli de guitare basse, la danse de Matteo Sedda se fait sensuelle et tourbillonnaire. Tandis que des aiguilles pendent au-dessus de sa tête.

Jan Fabre : un plasticien et chorégraphe à la radicalité sulfureuse et assumée

Suspendues à des fils de laine colorés, de grandes aiguilles menacent la scène. Couronnes d’épines, épées de Damoclès… Les interprétations affluent. Tandis que Matteo Sedda, souriant et virevoltant, laisse aux publics le privilège de l’inquiétude. Nul besoin est de passer sous silence ce qui est reproché au chorégraphe. Une lettre ouverte (2018), signée par vingt danseur.se.s ex-salarié.e.s de la compagnie Troubleyn (dont Tabitha Cholet), l’accuse notamment d’humiliations, de chantage et harcèlement sexuels. Ce qui ne fait que renforcer la certitude de ce que Jan Fabre n’est pas un caractère de la mesure. En l’absence de démarche juridique, libre à chacun.e de se fabriquer une opinion, comme réponse aux éléments glanés, avérés ou non. En somme, un jeu de pouvoir et crédibilité qui, pour le meilleur comme le pire, sied bien à la démarche de Jan Fabre. Habile à embarquer interprètes et spectateurs dans sa radicalité.