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INTERVIEWS

<br><br> Thomas Hirschhorn
Thomas Hirschhorn
21 mai 2007

Exceptionnellement, cet Entretien sur l'art ne se portera pas sur tout le travail de Thomas Hirschhorn mais sur une seule de ses expositions: Concretion Re. Cette installation rassemblait une multitude d'images de guerre et de corps mutilés offrant un spectacle à la limite du supportable.

carre_rouge  Par Catherine Francblin

Catherine Francblin. Thomas Hirschhorn, merci d'avoir accepté de venir t'exprimer dans le cadre de ces Entretiens sur l'art à propos de ton exposition Concretion-Re de février dernier à la Galerie Chantal Crousel. Il n'est pas habituel, dans ces Entretiens, de donner la parole à un artiste au sujet d'une seule exposition. La formule habituelle consiste à inviter un artiste à présenter l'ensemble de son travail dont il commente les moments les plus significatifs.
La rencontre de ce soir est donc tout à fait exceptionnelle puisque nous la consacrons entièrement à l'exposition Concretion-Re. Comme beaucoup de gens j'ai été très impressionnée par cette exposition.

Je suis le travail de Thomas Hirschhorn pratiquement depuis ses débuts. J'ai vu beaucoup de pièces et je me souviens de la plupart comme d'œuvres extrêmement fortes, qui sont pour moi ce que l'art contemporain offre de plus intéressant. Je citerais: Worl Airport (Biennale de Venise, 1999), Monument à Deleuze (Avignon, 2000), Swiss-Swiss Democratie (Centre Culturel Suisse, 2005).

Dans Concretion-Re, on retrouvait Thomas Hirschhorn tel qu'on le connaissait. Son style offensif, son vocabulaire, fait de collages d'images accumulées, de photocopies, de pages de livres, ses installations volontairement chaotiques dans lesquelles s'entassent des constructions branlantes en carton, en bois et papier scotch.

Mais il y avait quand même dans cette installation quelque chose qui me semblait «nouveau» ou qui méritait qu'on ne passe pas directement à autre chose, comme on le fait généralement après avoir vu une exposition.
La nouveauté était constituée d'une part d'un élément formel: les mannequins criblés de clous plantés dans la chair et d'autre part, un passage à la vitesse supérieure, un peu comme une «reprise», quand on change de vitesse en voiture.
Et surtout, tout en trouvant cette exposition «incontournable» et formidablement courageuse, je ne pouvais pas m'empêcher de la trouver «problématique» au sens où j'entendais certaines personnes en parler autour de moi, de manière critique.

Voilà pourquoi j'ai convié Thomas Hirschhorn à cet entretien, à la fois pour lui dire mon admiration, mais aussi pour me faire l'écho du dérangement et du rejet que cette exposition a créé chez un certain nombre de gens et enfin pour lui demander de s'expliquer sur ce travail.

Thomas Hirschhorn. Je n'ai rien à expliquer, à communiquer, et surtout, je n'ai pas à vous convaincre. Je vais essayer en revanche de parler de ma logique d'artiste que vous ne devez même pas comprendre, ni partager. Je veux simplement vous en parler.
J'ai voulu que l'exposition Concretion-Re soit dense et chargée comme l'est généralement mon travail. J'ai souhaité travailler dans un sentiment d'urgence, de nécessité absolue et dans un esprit de l'universalité. J'ai voulu, comme toujours, faire un travail qui n'exclut personne et soit ambitieux.

Durant l'été 2006, j'ai fait l'exposition Concretion, au Creux de l'Enfer, à Thiers. J'ai souhaité travailler dans l'architecture spécifique du Creux de l'Enfer et non contre elle. Le lieu étant très grand, j'ai effectué vingt travaux indépendants, dont deux  spécifiques.
La thématique de cette exposition était le durcissement du monde dans lequel je me trouve, car tout est de plus en plus difficile dans ce monde.
Comme cette exposition s'est déroulée aux Creux de l'Enfer, j'ai souhaité évoquer le durcissement naturel, géologique mais aussi celui du coeur en faisant allusion à la tumeur, une forme d'excroissance médicale et humaine.

Pour Concretion-Re à la Galerie Chantal Crousel, j'ai décidé de «re- faire» l'exposition du Creux de l'Enfer, mais à plus petite échelle. «Re» signifie répétition, revoir, remontrer, ré-insister, être non-réconcilié et non-résigné.

J'ai monté cette exposition avec trois éléments plastiques. Le premier est l'habillage des murs et du sol, non dans le but de transformer l'espace de la galerie, mais dans celui de montrer mon travail dans les meilleures conditions.
Le deuxième nouvel élément est la vitrine. J'en ai constitué de nombreuses pour expliquer mon travail, et pour faire comprendre que tout le monde est dans une vitrine. Cela explique la présence de vitrines murales et au sol.
J'ai également incorporé des «vidéos intégrées». En plus de l'habillage et des vitrines, j'ai montré au total six éléments dans cette exposition.

Lors de la préparation de Concretion-Re, ...


Créateurs :
puce rouge Thomas Hirschhorn



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