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Catherine Francblin. Accompagnés de Sébastien Pluot, nous allons parler du travail de Renaud Auguste Dormeuil sous le titre Images sous contrôle.
Renaud Auguste Dormeuil est né en 1968, nous avons remarqué son travail récemment au Palais de Tokyo avec une série d'œuvres intitulées The Day Before Star System qui figurent des vues du ciel la veille de grands bombardements comme ceux de Guernica, Londres, ou Bagdad. Ces vues n'ont rien de spectaculaire, elles sont d'une sérénité absolue, pourtant elles produisent un choc car elles évoquent sans les montrer des bombardements de population.
Nous avons également remarqué le travail de Renaud Auguste Dormeuil dans l'exposition Ah les belles images, conçue par Hélène Chouteau avec d'autres œuvres qui traitent de la guerre de Joanna Hadjitomas et Kalil Joreige et Walid Raad, à la galerie in situ de Fabienne Leclerc.
On retrouve dans la série de cartes de Renaud Auguste Dormeuil des thèmes récurrents de son travail, comme la paranoïa et la guerre.
The Day Before est un travail qu'on ne peut pas regarder sans se représenter une image absente, celle du Day after after bombing. Cette image de l'après que l'on imagine est celle que les militaires connaissaient au moment où ils ont lâché la bombe. La vision que nous avons du ciel est une partition entre «ceux qui savent» et «ceux qui ne savent pas» ce qui va se passer.
C'est aussi une partition entre deux moments du temps qui se touchent: un avant et un après le bombardement, mais qui, en même temps, sont extrêmement éloignés. Le travail de Renaud Auguste Dormeuil se déplace souvent ainsi entre deux moments du temps: un moment ante-traumatique, et un moment post-traumatique qui n'est pas représenté, qui reste de l'ordre de l'invisible, de la projection mentale.
C'est un travail qui interroge ce que pourrait être un art politique, mais qui n'enferme pas la représentation dans l'image, dont on peut toujours dire, comme le rappelait J. Rancière qu'elle est fausse ou qu'elle ment. Renaud Auguste Dormeuil joue d'un paradoxe, dans une société abreuvée d'images, il montre plutôt une absence d'image, comme dans le film Fin de représentation que nous venons de voir. L'un des points communs entre The Day Before et ce film est cette absence d'images des corps bombardés et l'absence du corps de cette femme recherchée par la police à l'origine du film. C'est la question de la disparition de l'image qui est posée.
D'où vient ton intérêt pour cette question de la disparition?
Renaud Auguste Dormeuil. Dans Fin de représentation, l'idée était de partir non pas d'une image existante mais d'une histoire. À ce moment là, j'ai commencé à travailler sur l'histoire de la vidéo-surveillance et sur l'histoire de la présence de la surveillance.
J'ai découvert l'histoire d'une terroriste de l'ancienne Allemagne de l'Est qui avait décidé d'entrer dans la clandestinité. Pour cela, elle avait récupéré chez ses proches et amis, toutes les photos récentes d'elle, afin de rendre impossible toute recherche de la police à partir de ses photos.
Partant de cette idée, j'ai choisi une jeune fille du même âge, 27 ans, mais aujourd'hui et j'ai retrouvé toutes ses photos depuis sa naissance jusqu'à maintenant, ses photos de classes, celles prises dans sa famille, chez ses anciens petits copains. Grâce à un logiciel de création d'images j'ai simplement dessiné une silhouette noire au-dessus de cette jeune fille et je l'ai montée en vidéo. La séquence très courte, 3 secondes, permet d'éviter la perception des détails sociologiques de cette personne et de s'attacher uniquement à sa silhouette pour tenter de comprendre pourquoi on décide de disparaître dans un monde où, au contraire, beaucoup de gens cherchent à se mettre en scène avec des images comme celles qui prolifèrent sur des sites comme You tube. L'idée de ce projet était de travailler à faire disparaître les gens.
Lorsque j'étais encore étudiant à l'école des Beaux-Arts, je ne pouvais sortir de chez moi sans passer devant une caméra de surveillance. L'idée du projet sur la vidéo surveillance est d'aller chercher l'information là où tout le monde peut la trouver.
En effet, l'un des principes de mon travail est que l'on peut travailler avec des documents et des informations accessibles à tous, sans jouer du côté secret et interdit. L'un des premiers projets sur lequel j'ai travaillé est le recensement de toutes les caméras de vidéo surveillance de mon quartier et des quartiers voisins pour constituer un fichier assez important des caméras de vidéo surveillance installées ... |