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Julie Aminthe. Le gouvernement Sarkozy veut appliquer une baisse des crédits de 34,1 millions d'euros pour la mission culture. Malgré la désapprobation du Sénat, le monde de la création risque fort d'être l'un des premiers touchés par la politique d'austérité défendue par l'actuel président. Quel est votre regard à ce propos?
Philippe Poutou. Les baisses des crédits de la mission culture est symptomatique de la volonté délibérée de l'Etat libéral de se désengager de ses responsabilités pour les transférer au système marchand. La culture au sens large est appréhendée comme n'ayant pas de rentabilité directe. C'est pourquoi l'éducation artistique, l'entretien du patrimoine, l'art vivant sont négligés, alors que le divertissement culturel est transféré au privé – les musées étant privatisés.
Seules des opérations extrêmement médiatiques ou à haute visibilité politique comme les grands projets de chacun des présidents successifs bénéficient de budgets quasi illimités: Opéra Bastille, Musée des Arts Premiers etc.
Le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) a réagi immédiatement à l'annonce du refus du dégel des crédits 2012 – moins 6%, à savoir moins 47 millions consacrés à la création – alors même que Nicolas Sarkozy l'avait promis lors de ses voeux à la culture. Comment interprétez-vous un tel désengagement du pouvoir? Et comment s'y opposer?
Philippe Poutou. L'Etat refuse d'honorer ses engagements de 47 millions consacrés à la création alors qu'il trouve rapidement des centaines de millions pour sauver les banques responsables de la crise. Ce refus n'est qu'une preuve supplémentaire d'un choix délibéré de faire payer la crise à ceux qui en sont les victimes. La baisse des budgets ne stigmatise pas que la création mais entretient la précarisation des travailleurs de la culture – pour la plupart intermittents.
Pendant que les salaires des patrons du CAC 40 augmentent de 35 %, les budgets de la santé, de l'éducation, de la culture s'effondrent; 8 millions de pauvres ne se demandent même plus comment accéder à la culture car ils n'ont même plus de logements décents et ne peuvent plus se soigner.
On voit bien qu'il n'y a pas de moyens pour lutter à l'intérieur du système actuel: il faut en changer. Ce n'est qu'en chassant Sarkozy aux élections et en organisant dès le lendemain les luttes qu'un véritable changement peut être espéré.
La défense de la culture, de l'éducation à la pratique artistique, est très inaudible dans le programme de François hollande, et il est douteux qu'il opère un changement drastique sur ce terrain. Dans tous les cas, les luttes vont être indispensables.
Selon vous, pourquoi l'accord anti-contrefaçon Acta représente une menace sérieuse pesant sur les créateurs (outre le fait qu'il révèle un scandale pharmaceutique terrifiant de cynisme)?
Philippe Poutou. L'Acta a trouvé son origine dans la volonté de lutter contre le développement exponentiel de la contrefaçon industrielle et intellectuelle. Mais, encore une fois, le système libéral essaie de se battre contre les symptômes de la maladie qu'il a créée lui-même au lieu de s'en prendre aux causes. Toute création étant devenue marchande – même le vivant pouvant être breveté , donc privatisé, comme c'est le cas dans le domaine pharmaceutique – le système libéral cherche à protéger ce qu'il a volé.
Dans le cas des créateurs culturels, la création naît d'un échange, de la circulation, de la mise à disposition du public de biens aussi nécessaires à l'être humain que la nourriture. Toute création va pouvoir être contestée comme copie, plagiat, au nom des droits liés à la propriété intellectuelle dont les arbitres seront les états dans le système libéral. Toute création se devra d'être enregistrée légalement, encadrée, marchandisée sous couvert d'être protégée.
Le public va perdre le libre accès aux œuvres, notamment celles accessibles sur Internet, mais les créateurs vont être emprisonnés dans un système où leur lien avec le public et les autres créateurs sera obligatoirement médiatisé par la loi et l'argent, et donc dévoyé. C'est la porte ouverte au salariat des créateurs dans le cadre de l'industrie culturelle, terme paradoxal s'il en est, et la mort du créateur libre.
Quel est votre positionnement sur la loi Hadopi?
Philippe Poutou. Les changements de pratique et d'accès à la culture, par les nouvelles technologies sont aujourd'hui une réalité. ... |