|
Elisa Fedeli. Dans quel contexte avez-vous découvert et étudié la photographie? Pourquoi avoir fait de ce médium votre support d'expression privilégié?
Patrick Tosani. Dès l'adolescence, j'ai expérimenté la photographie en amateur plus ou moins averti. A partir de 1973, j'ai opté pour des études d'architecture. A cette époque, il n'était pas possible d'étudier la photographie en écoles d'art, celles-ci étant entièrement dévolues aux pratiques traditionnelles que sont la peinture, la sculpture et le dessin.
Dans le contexte de ces études d'architecture, c'est le rapport à l'image qui m'intéressait avec des questionnements liés à l'espace et à l'échelle. Je développais en parallèle mes propres recherches photographiques, jusqu'à ce qu'elles soient assez abouties pour que je m'y consacre entièrement.
On a toujours réduit la photographie à des standards, directement liés à sa fonction dans le domaine du livre, de l'archivage et du reportage. Mais, pour moi, elle est un champ totalement libre et absolument légitime.
Très tôt, je me suis éloigné des questionnements véhiculés par la photographie de l'époque, qui tournaient principalement autour des notions de document et de fiction. Ce qui m'intéressait davantage était de réfléchir d'un point de vue analytique sur le médium lui-même, dans son interaction avec le réel.
Tout au long de votre parcours, quels sont les artistes qui vous ont influencé et nourri durablement?
Patrick Tosani. Le Quattrocento italien, Kasimir Malevitch, Brancusi, Barnett Newman, Robert Ryman, Robert Smithson, Carl Andre, Gordon Matta-Clark, Klaus Rinke, Giuseppe Penone, Jan Dibbets…
L'essentiel de votre travail se passe dans l'atelier, où vous élaborez des constructions statiques à partir d'objets. Comment en êtes-vous arrivé à privilégier ce type de sujet?
Patrick Tosani. L'idée de l'objet m'est venue très progressivement, après un long travail d'expérimentation sur la réalité extérieure. La ville et le paysage ont été mes premiers terrains de recherche sur le phénomène photographique. La question de l'enregistrement y était déjà présente.
Plus tard, je me suis concentré sur un travail d'atelier et mon intérêt s'est resserré sur le champ de l'objet en tant que tel. Celui-ci m'a conduit à des réflexions autour de l'idée d'amplification de l'image, devenant signifiant d'une interrogation sur le monde à différents niveaux.
J'estime que l'image photographique doit restituer dans son espace de monstration tout ce qui se concentre dans l'appareil. Cela explique mon attention pour la question du format. La photographie étant un effet de captation et de concentration du réel, elle doit être abordée avec une liberté et une curiosité d'investigation.
Vous considérez que «La photographie est un médium très réducteur et très pauvre». En quoi cette pauvreté du médium vous intéresse-t-elle?
Patrick Tosani. Je suis fasciné par la relation de la photographie au réel. L'enregistrement photographique est d'une certaine façon un mimétisme du réel, en ce sens qu'il en donne un rendu très fidèle. En même temps, il opère un aplatissement bi-dimensionnel du réel. C'est un médium pauvre, si on le compare à la peinture ou à la sculpture: les textures, les odeurs et l'épaisseur en sont abolies. C'est pourquoi l'espace photographique doit complètement être réinventé et reconstruit.
La sécheresse de la photographie m'intéresse car elle m'invite à la construction d'une nouvelle appréhension. D'où l'importance que j'attache au tirage, au format et à l'accrochage.
Quels appareils photographiques utilisez-vous?
Patrick Tosani. J'utilise des moyens formats, qui répondent pour moi à deux exigences: la précision et la mobilité. Contrairement à ce que l'aspect posé de mes constructions laisse croire, je me permets une certaine mobilité et une certaine rapidité. C'est évident dans les images qui font appel à des liquides et à la peinture.
La prise de vue n'est pas un simple moment d'exécution. Elle demande une extrême réflexion. Je ne suis pas dans un schéma de réalisation où les choses seraient absolument décidées à l'avance. L'essentiel de mon travail d'atelier consiste en des réglages techniques mais surtout de la pensée. Je fais de nombreuses expérimentations, jusqu'à ce qu'une série se profile et finisse par s'installer.
Au moment de la prise de vue, y a-t-il une place dans votre travail pour le hasard?
Patrick ... |