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Le premier volet de cette recherche Les intermittences du cœur a été créé les 21 et 22 janvier 2010 à l'Institut français de Barcelone.
Cette proposition est le fait d'un solo de Germana Civera «avec les autres». Mais ces autres sont cachés tout en étant acteurs de cette pièce chorégraphique où l'image, et notamment l'image photographique avec sa nature ambivalente d'apparition-disparition, d'être et de paraître est au centre du dispositif mis en place dans l'espace de représentation. Espace de représentation bien particulier qui s'offre dans une obscurité partielle ou miroirs, éclairs, polaroids sont les acteurs en partage avec l'image de la danseuse, danseuse qui elle-même partage l'image avec un dispositif photographique actionné par Frédéric Naucyziel, autour d'une dramaturgie signifiante articulée par Roberto Fratini.
Germana, est-ce que vous pouvez nous préciser le dispositif photographique de votre pièce chorégraphique Splendeur inespérée? Quel est-il, en quoi consiste-t-il ?
Germanan Civera: Tout d'abord, je souhaiterais vous parler de ma démarche et de l'origine de ma recherche. En tant que personne, femme et artiste, je m'y sens émetteur et catalyseur à la fois. Je me pense en tant qu'un lieu, aussi, un appareil. Un lieu vivant, ayant comme enveloppe la peau. Paul Valéry disait: «Le plus profond c'est la peau». Je travaille le corps, sa danse et sa représentation, dans un constant esprit d'expérimentation.
Dans ma traversée, à caractère migratoire, je tisse un maillage où le corps, toujours présent, regarde, écoute et s'exerce dans la meilleure disponibilité à s'approcher d'une connaissance de sa propre enveloppe, de l'humain, du monde et de son expression dans une vision à la fois globale et particulière, dans chaque contexte historique, social et politique. Au démarrage de l'ouvrage, je propose des partages d'espaces sensibles, toujours dans l'exigence d'interroger le corps, sa danse et sa représentation au travers d'un positionnement que je nommerai «de chercheuse poétique» en grande porosité avec l'histoire de la représentation du corps, de la philosophie et de la neurophysiologie.
J'interroge et je développe des actes esthétiques polymorphes configurations de l'expérience qui font exister différentes modalités du ressenti et induisent différentes formes de subjectivité politique.
Sans cesse à l'ouvrage, sans cesse à l'essai , je tâche de devenir un media. Il est toujours question d'aiguiser et d'interroger ma perception dans une triangulaire implacable: espace présence temps.
Je capte, je recueille, je ne cesse de regarder, re-regarder de loin, d'écouter, d'entendre, de près, de différents endroits. J'interroge mon écoute et mon regard et je les mets en question, je tente de désarmer les yeux, faire tomber les remparts que l'idée préalable - le préjugé - interpose entre l'œil et la chose; je vois, je revois, je lis, je relis, je démonte et remonte ce que j'ai vu avec ce que j'ai lu. Je m'adonne à un apprentissage tactile des choses. Je tâte, j'ausculte, je retouche, j'ajuste, je propose sans cesse de m'exposer à l'erreur. Le prix de mon affinité avec le corps, la danse, la parole, les images, cette «expérience intellectuelle ouverte» est l'absence d'une certitude considérée comme acquise. C'est dans l'avancée des essais, des répétitions et de la construction que les choses peuvent devenir peu à peu lisibles, quand toutes les images de pensée sont présentées de façon qu'elles se portent les unes les autres. La lisibilité advient dans le montage: le montage considéré comme forme et essai. À savoir, une forme patiemment élaborée mais non-recluse dans sa certitude.
J'essaye. Mon exigence se règle sur la conscience dont ce que je vois ne m'appartient pas, et ce que je pense - car il me semble qu'il faut bien penser pour voir, pour organiser ce que l'on voit procède de ce qui m'a précédé. Voilà pourquoi mon travail est en dialogue constant avec le travail des autres, en fonction de contextes chaque fois différents et au regard de nuances singulières que le contexte fonde dans chaque cas particulier.
Pour Splendeur inespérée (Lieu d'apparitions) il a été question d'un de mes mouvements fondamentaux: «le réveil».
J'habite dans un port de mer, Sète. Chaque jour mes yeux s'ouvrent presque à la fin de la nuit: je me lève juste avant le lever du soleil. De mon balcon, j'ai une vue et une écoute imprenables: la nuit, la mer et l'horizon devant moi. Chaque matin, je regarde le soleil se lever inlassablement, il s'agit d'accueillir et de laisser la lumière se glisser au travers de la peau, des paupières. Il est question de comment le regarder, dans quelle qualité ... |


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