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INTERVIEWS

Portrait de François Morellet<br><br>Photo: Pierre Douaire François Morellet
François Morellet
18 juin 2011
François Morellet revient sur sa rétrospective à Beaubourg. Ses installations révèlent la force d'un anticipateur. Ses néons et ses oeuvres cinétiques font de lui un artiste majeur du XXe siècle. Espiègle et drôle, il ne se prend toujours pas au sérieux.
carre_rouge  Par Pierre-Évariste Douaire

Pierre Douaire. Pourquoi avoir réalisé au Centre Pompidou une exposition de vos installations?
François Morellet. Je ne voulais pas d'une rétrospective classique qui aurait inclu mes travaux depuis 1950. Cela m'ennuyait. Ça ne m'amusait pas du tout d'aller chercher encore une fois des pièces à droite et à gauche. Et puis, aussi, l'espace n'était pas assez grand pour une très grande rétrospective. Nous avons décidé, avec mon fils, de faire les choses autrement et de proposer une rétrospective de mes installations.

Pourquoi les installations?
François Morellet. La définition d'une installation est assez imprécise. Ce sont pour moi des mises en place éphémères d'éléments légers, disposés différemment selon l'architecture de chaque lieu d'exposition. C'est souvent réalisé deux ou trois jours avant le vernissage, et j'ai pris moi-même beaucoup de plaisir à réaliser sans doute une centaine de ces installations éphémères dont souvent il ne reste plus rien, sinon un souvenir. Il m'a semblé intéressant d'essayer de montrer un choix de cinquante pièces qui irait de 1963 à 2010. Les délais d'impression sont tels qu'il est encore aujourd'hui impossible d'imprimer les photos des installations en cours dans le catalogue. Il faut se contenter des mises en situation antérieures, comme nous l'avons fait pour l'exposition actuelle au Centre Pompidou.

A chaque fois, vous êtes attiré par l'architecture: la cathédrale de Chartres, l'Alhambra de Grenade.
François Morellet. En fait, je ne suis pas un passionné d'architecture et j'ai toujours été plus attiré par des choses plus discrètes. Les cathédrales et les pyramides ne m'ont pas vraiment excité. J'ai souvent regretté d'exposer dans des architectures prestigieuses de musées d'art moderne, où des architectes géniaux avaient créé des espaces qui pouvaient être très beaux mais qui n'étaient pas vraiment faits pour mettre en valeur les œuvres exposées.

Vous préférez les motifs qui se collent à l'architecture, plutôt que l'architecture elle-même?
François Morellet. Oui, j'aime les vitraux de la cathédrale de Chartres ou les murs de l'Alhambra de Grenade, où se développent des entrelacs de somptueuses arabesques. Un autre amour pour des œuvres non liées à l'architecture a été ces Tapas océaniens réalisés en feutre d'écorce d'arbre: leurs motifs sont répartis all over, comme ceux de l'Alhambra, et semblent se prolonger à l'infini.

Le jazz, que vous aimez, vous a-t-il influencé?
François Morellet. Pas vraiment. J'avais le même préjugé favorable pour le jazz que pour les arts premiers. Ils avaient l'avantage de ne pas avoir été appréciés ou connus, même par la génération de mes parents. Cela me permettait de découvrir des formes d'art qui me semblaient nouvelles, à contre-pied du goût de l'époque. J'avais le parti pris, un peu bête, de ne pas aimer ce qui était enseigné par mes professeurs et, plus généralement, ce qui était considéré alors comme des valeurs.

Votre métier d'industriel vous a-t-il aidé dans votre production?
François Morellet. Ma production, comme vous dîtes, n'aurait pas pu exister si je n'avais pas eu un autre métier et si je m'étais consacré entièrement à mon activité artistique. C'est triste à dire mais beaucoup des artistes qui, jeunes, se sont embarqués dans des gestes radicaux avaient soit un second métier, soit une fortune personnelle. Ils pouvaient se permettre de vivre sans vendre leur «production» comme, entre autres, Cézanne, Caillebotte, Duchamp ou Picabia. Cinq jours de la semaine étaient pour l'usine familiale et les week-ends à la campagne sans télé étaient pour mon «passe-temps» de peintre amateur radical flirtant avec le vide. Je fabriquais ainsi des œuvres qui ont attendu plus de vingt ans pour trouver un acheteur. D'un côté, j'ai peu de mérite car je ne crevais pas la faim. De l'autre, j'ai quand même eu le mérite d'être obstiné.

Le travail en usine vous a-t-il apporté des solutions techniques?
François Morellet. Les néons, les rubans adhésifs, les moteurs et la Joconde qui se trémousse, je ne les ai pas trouvés à la fabrique. Par contre, l'acier inoxydable, le tire-ligne à roulette qui permettait de tracer des traits parfaits à la peinture, j'ai pris ça chez moi. Si j'avais fait une école d'art, peut-être que des solutions auraient pu m'être apportées pour certains travaux, mais je n'en suis pas persuadé.

Vous semblez proche de l'esprit ...




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