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Interview réalisée par Pierre Douaire
Traduction : Natascha Dariz
Pierre Douaire : A l'occasion de la «Nuit blanche», vous travaillez dans la rue. C'est une première ?
Erwin Wurm : Non, j'ai déjà exposé dans la rue. Pour les One Minute Sculpture, je demandais à des volontaires de tenir le rôle de mannequin. A l'aide d'annonces dans la presse, je me retrouvais à la tête d'un groupe de personnes aux profils et aux motivations très différentes. Chacun avait des instructions, des consignes à respecter pour devenir une sculpture. Les connaître apportait un supplément à l'oeuvre. Il était important de raconter leur histoire. Le choix du lieu était par conséquent tout autant primordial. Les actions se déroulaient dans leur quartier. Un lien incontournable s'installait ainsi entre eux et leur environnement quotidien.
Pourquoi avoir renoncé à faire une One Minute Sculpture pour la «Nuit Blanche» ?
Je commence à faire le tour des One Minute Sculpture. Cela fait plusieurs années que je travaille sur ce mode de participation. L'art doit se renouveler. Je n'ai pas envie de me répéter. L'occasion parisienne permettait de sortir des chemins balisés.
C'est la fin des One Minute Sculpture ?
Oui, c'est la fin de cette série. Quand j'étais étudiant, je n'ai pas pu accéder à la classe de peinture que je visais. Je me suis retrouvé un peu par hasard dans un atelier de sculpture. Actuellement, je me sens sculpteur et c'est tout naturellement que je me pose la question de savoir ce qu'est une sculpture.
Qu'est-ce qu'une sculpture pour vous alors ?
Mes questionnements m'ont porté à résoudre le problème qui consiste à passer de la 2D à la 3D. De là, l'idée a germé de savoir si une action pouvait devenir une sculpture ? Une action est-elle une sculpture ? Les One Minute Sculpture sont la conclusion logique de ces réflexions. En mettant en scène des personnages, la notion de durée est entrée en jeu dans la composition sculpturale. A partir de ce moment, l'œuvre avait un début et une fin. C'est pour cette raison que les actions se déploient dans un laps de temps très court. La question du coût des matériaux s'est posée très vite. Il fallait qu'ils soient très bon marché. La solution des matériaux jetables s'est très vite imposée.
Le mur de la Goutte d'or, sur lequel sont fixés des meubles, ressemble beaucoup aux sculptures que vous réalisez dans les hôtels, quand vous superposez des lits, dérangez le mobilier pour créer des sculptures incongrues.
Oui, vous avez peut-être raison. Mais vous savez, au bout d'un moment les œuvres du passé reviennent sous une autre forme, d'une autre manière. Il s'agit d'un cercle. Vous commencez un nouveau travail et l'ombre du précédent revient sur le tapis. C'est ainsi et j'en suis conscient.
Home est-il le début d'une nouvelle série ?
Je ne sais pas encore. Mon exposition actuelle à la galerie Anne de Villepoix est, par exemple, très différente de ce que je propose ce soir pour la «Nuit blanche». Je travaille très vite et je n'ai pas forcément beaucoup de recul. Je ne suis pas exactement la personne la mieux placée pour répondre à cette question curieusement.
Une chose est sûre, c'est que j'avais envie d'inscrire cette pièce dans son contexte. Les deux façades où j'expose des salons, à même les murs, n'est pas très loin de l'Église Saint Bernard qui a cristallisé en France les tensions de l'immigration. Elle a abrité des sans abris et des sans papiers. Même si j'ai l'habitude de court-cicuiter les espaces, de travestir l'intérieur et l'extérieur, j'ai voulu ici redonner aux gens ce qu'ils avaient perdu. C'est une sculpture pour ceux qui ont été jetés dehors. Pour moi le contexte est toujours très important. De voir des chaises, des tables, des fauteuils, des canapés et des lits suspendus dans un quartier où il y a des sans logis était très important pour moi.
C'est presque une sculpture pour sans abris ?
Oui, presque. C'est donner au public ce qui lui a été retiré.
Tout à l'heure, quand nous vous attendions dans la rue, des gens nous disaient spontanément qu'ils allaient repasser ce soir, dormir dans ces matelas suspendus. C'est important d'avoir un impact direct dans le lieu investit ?
Oui, c'est important d'entretenir un lien avec le lieu.
Oui c'est toujours mieux. Ici, cela apporte-t-il un plus ?
Oui, mais cela ne marche pas toujours et ce n'est pas toujours évident. Mais à mes yeux c'est très important d'entretenir un lien. La plupart du temps, j'essaie de créer des conditions pour qu'un échange se produise. Je peux aussi bien travailler sur le lieu précisément, ... |