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INTERVIEWS

<br><br> Camille Henrot
Camille Henrot
25 mai 2005
A 26 ans, Camille Henrot, formée à l'Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, s'impose comme l'une des jeunes figures françaises émergentes du dessin et de l'animation dans le domaine de l'art contemporain. Utilisant des procédés artisanaux en rupture avec son matériau de prédilection, le cinéma, elle réinvente un univers poétique et sensible faisant appel à la mémoire et au rêve.
carre_rouge  Par Anne-Lou Vicente

Interview réalisée par Anne-Lou Vicente

Anne-Lou Vicente: En tant que jeune artiste «émergente», comment te positionnes-tu dans le champ de la création contemporaine?
Camille Henrot: Pour l'instant, je ne cherche pas vraiment à me «positionner» car je ne voudrais pas que cela m'empêche d'avancer librement. Cependant, on peut dire que le dessin est à la base de mon travail, c'est pour cela que j'ai participé en 2005 aux expositions «I Still Believe in Miracles» au Musée d'Art moderne et «J'en rêve» à la Fondation Cartier, aux côtés d'autres jeunes artistes qui utilisent le dessin et ont une démarche influencée autant par l'histoire de l'art que par la culture populaire, celle de la bande dessinée, du dessin animé ou de la musique.

Les expositions collectives, la plupart du temps organisées selon un thème, un genre, influencent forcément le regard du spectateur sur les œuvres...
Oui, l'idéal serait qu'une œuvre ne soit pas toujours utilisée pour illustrer le même propos mais qu'elle puisse participer à des argumentations très différentes. De même, il est parfois nécessaire de replacer les œuvres dans leur contexte original. A l'exposition «J'en rêve» à la Fondation Cartier, je présentais Hey Bonus !, un vidéo-clip conçu pour le groupe Octet. On en a souvent parlé en oubliant de préciser que c'était un vidéo-clip. Or cela a toute son importance: c'est parce que c'est un vidéo-clip que le film fait trois minutes, que les images «collent» au son, que les plans font en moyenne trois secondes...
Le clip place le spectateur dans une position contemplative, détaché du souci de vraisemblance ou de narration.
Lors de mon exposition «Room Movies» à la galerie Dominique Fiat en 2005, le film Deep Inside inversait le concept du vidéo-clip: j'ai demandé à Benjamin Morando du groupe Octet pour qui j'avais réalisé Hey bonus! de composer une chanson pour le film. Je voulais inciter le spectateur à se situer différemment face a une œuvre vidéo: il fallait qu'il sorte de la dialectique divertissement ou démonstration. Il me semble que le public, qu'il soit averti ou non, appréhende de manière plus fraîche les installations, la peinture ou la sculpture que la vidéo.

La vidéo est très médiatisée mais elle n'est pas encore très populaire. Un certain public semble encore craindre ce médium qui peut s'avérer particulièrement hermétique ...
Je pense que cela vient essentiellement du fait que la perception du spectateur est conditionnée par la télévision et le cinéma. Le «grand public» est habitué à une relation à l'image animée fondée sur le plaisir et le «public averti» aspire trop souvent à un bénéfice intellectuel, une compréhension qui doit être formulée par des mots alors que le propre du film est justement d'être un langage en soi. Ces deux comportements que je caricature ici finissent par revenir au même: une lecture faussée de l'image animée.
On retrouve ce problème avec la production musicale: le fossé s' accentue entre la musique «commerciale» et celle dite «contemporaine» ou «pointue». Le contexte de diffusion et le ciblage du public a construit un système où la création musicale a du mal à se faire entendre, et donc à survivre.
Cette séparation est une réalité inévitable mais problématique si elle est exclusive et ne laisse pas de place à la diversité. Elle conduit alors à un appauvrissement dans tous les domaines de création, quand le succès vient surtout de la capacité de chacun à cerner un public, à rester dans son camp. C'est une réalité que j'essaie de contourner dans mon travail.

Ton travail apparaît comme une mise en abîme de la création et de la fiction…
Oui, je m'en rends compte au fur et à mesure. Le rapport entre l'œuvre et le public, son contexte, la transformation de l'œuvre par la perception du spectateur sont récurrents dans mon travail.

Tu as recours à des procédés simples, artisanaux, comme le dessin ou le grattage sur pellicule, qui contrastent fortement avec le caractère industriel du cinéma.
Ce ne sont pas des procédés nouveaux, ils appartiennent à l'histoire du cinéma expérimental des années 50-60. Mais ce sont des techniques d'animation classiques au même titre que la pixellisation, le papier découpé... J'ai choisi le travail sur pellicule pour certains de mes films (Deep Inside, Courage mon amour...) parce qu'il a la particularité d'être complètement artisanal, économique et qu'il n'autorise pas la rectification.
L'enjeu de ces films n'est pas le processus technique, mais plutôt la relation entre cette ...


Créateurs :
puce rouge Camille Henrot




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