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INTERVIEWS

<br><br> Marcel Duchamp
Bernard Marcadé. Marcel Duchamp, La vie à crédit
15 juin 2007
Marcel Duchamp a fait de sa vie une œuvre d'art. Cette conclusion est le point de départ de la biographie que lui consacre Bernard Marcadé. Chaque pièce s'ancre dans un quotidien et un rapport aux autres. Loin de l'indifférence proclamée cet essai explique comment la vie domestique de l'artiste est un geste politique.
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Par Pierre-Évariste Douaire

Interview
De Bernard Marcadé
par Pierre-Evariste Douaire

Pourquoi ce portrait de Marcel Duchamp en couverture? Il est de dos avec les cheveux ras et il porte, en signe de tonsure, une étoile filante sur le crâne.
Bernard Marcadé. Sans l'avoir prémédité Duchamp a fait de sa vie une œuvre d'art. C'est seulement deux ans avant sa mort qu'il accepte cette évidence. Cette idée s'est forgée tout au long de son parcours, elle n'a jamais été programmatique pour lui. Il n'a jamais rien décrété. Cette photographie permet de comprendre qu'il est un individu qui a décidé sans le savoir mais en le faisant, de faire de sa vie une œuvre avant que d'être un artiste au sens traditionnel du terme.

Peut-on extrapoler et en déduire que tout au long de sa vie, il a été une étoile filante dans le monde de l'art?
Bernard Marcadé. Votre déduction ne peut se faire que rétrospectivement. Cette tonsure a une histoire. Duchamp se rase la tête pour rendre hommage à la blessure d'Apollinaire reçue pendant la grande guerre. Le cliché de Man Ray date de 1919. Il est atypique car Duchamp a toujours été une personne réservée. Cette marque, plus qu'une lubie, est attachée indéfectiblement à sa personne.

Pourquoi avoir tenté le pari d'expliquer les œuvres de Duchamp à partir de sa biographie?
Bernard Marcadé. C'est un stratagème que j'ai trouvé pour parler de son travail. La clef de son œuvre se trouve dans l'explication de sa vie. Je partage cette hypothèse avec son meilleur ami: Henri-Pierre Roché, l'auteur de Jules et Jim. Il est le premier à dire que “la meilleure œuvre de Duchamp c'est l'emploi de son temps”. Je l'ai pris au mot et j'ai développé cette logique jusqu'au bout.

Cette méthode de travail permet de tordre le coup à beaucoup d'idées fausses.
Bernard Marcadé. Avant tout, il fallait établir les faits et rien que les faits. Comme Duchamp était silencieux, dissimulant et flou, il fallait au contraire être précis à l'excès. Cette biographie est une vérification. Elle ordonne les faits, les uns après les autres. Cela n'a jamais été entrepris alors qu'il existe une inflation théorique, interprétative très forte sur le personnage. Je ne voulais pas en remettre une couche. Il était plus pertinent de dresser une chronologie minutieuse.

Cette chronologie est-elle éclairante?
Bernard Marcadé. Très rapidement je me suis aperçu que toutes les œuvres de Duchamp sont complètement liées à sa vie. Elles sont inscrites dans son mode de vie, jusque dans les moindres détails de sa vie quotidienne. Il n'existe pas une œuvre qui ne lui soit pas directement chevillée au corps.

Pourquoi ne pas s'appuyer sur les études critiques existantes ?
Bernard Marcadé. Accéder à l'œuvre par le biais de la biographie évitait de mentionner toutes ces lectures. Ce choix était délibéré. En revanche j'ai été obligé d'indiquer les analyses successives qui ont contribuées à forger le mythe Duchamp. Petit à petit un système se met en place. Ce mythe se forge avec lui mais surtout en dehors de lui. Duchamp était très affable, très poli, il ne contredisait jamais son interlocuteur, ce qui explique la prolifération des interprétations successives.

Contrairement aux légendes, il n'est pas l'artiste programmatique, isolé de tous que l'on décrit généralement.
Bernard Marcadé. Mis à part le Grand verre qu'il met huit ans à réaliser et Étant donnés qui dure vingt ans, il est loin d'être un artiste coupé du monde. Mais en réalité, à y regarder de plus près, la construction du Grand verre est liée à ses errances, à une rencontre avec une broyeuse de chocolat à Rouen.

Vous mettez en avant que le Grand verre et Étant donnés sont liées à deux femmes.
Gabrielle Buffet représente la Mariée, la femme de Picabia à l'époque. La deuxième est Maria Martins qui représente l'autre versant de son amour passion de la fin de sa vie.

Pour vous Gabrielle Picabia représente l'amour platonique.
Bernard Marcadé. Le Grand verre s'inscrit dans le registre de l'amour courtois. C'est un amour que l'on chérie en l'absence de l'être aimé. C'est un amour impossible. Mais les mémoires de Gabrielle révèlent qu'elle a déniaisé sentimentalement le jeune homme, comme Picabia a déniaisé artistiquement le jeune artiste. Il était issu d'un milieu confit.
Ses frères, pourtant cubistes, étaient emmurés dans un rigorisme étouffant. Il se sentait à ...

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Robert Mapplethorpe, Lisa Lyon, 1982. Tirage argentique.
Dove Allouche, Les soleils de la Mer Noire (Odessa_Odessa), 2011. Graphite sur papier.



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