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Alain Baczynsky, 23 septembre 1980. Photomaton couleur reproduit dans l&rsquo;ouvrage Regardez, il va peut-être se passer quelque chose...., paru en février 2012 aux Editions Textuel.<br><br>© Centre Pompidou &ndash; Musée national d&rsquo;art moderne, Paris. Alain Baczynsky
Alain Baczynsky: Regardez, il va peut-être se passer quelque chose
12 avril 2012
En 1979, l'artiste israélien d'origine belge Alain Baczynsky entame une psychanalyse. Après chaque séance, il se réfugie dans la cabine photomaton située à quelques pas de chez son analyste. Devant l'objectif, Alain Baczynsky immortalise ses émotions, puis griffonne – à la hâte – quelques mots très personnels... Retour sur une expérience singulière et novatrice.
carre_rouge  Par Julie Aminthe

Julie Aminthe. A l'âge de 26 ans, vous avez entrepris une psychanalyse. Et pendant 30 mois, de février 1979 à juillet 1981, vous vous êtes pris en photographie dans une cabine de photomaton à la suite de chaque séance. D'où vous est venue cette idée? Et pourquoi en avez-vous ressenti la nécessité?
Alain Baczynsky. Je n'ai pas pensé ce projet en amont. J'ai commencé mon analyse et, dès la deuxième séance, j'ai voulu en garder des traces. Beaucoup de gens, au cours d'une psychanalyse, prennent des notes. Un tel exercice demande de la discipline, et je ne m'en croyais pas capable sur le long terme. En prenant le métro à la station Jussieu, j'ai vu une cabine de photomaton et l'idée m'est venue, soudainement: me prendre en photo après chaque séance et inscrire au dos ce qui me vient à l'esprit, tout en précisant la date, à chaque fois. La démarche était donc spontanée, vraiment.

A l'époque, connaissiez-vous l'intérêt suscité par le photomaton depuis sa création en 1928. Notamment chez les surréalistes?
Alain Baczynsky. Ayant étudié l'art, j'avais effectivement connaissance de cet attrait. Mais cela ne m'intéressait pas beaucoup. Les surréalistes utilisaient le photomaton comme une sorte de «défouloir» amusant. Mais aucun véritable mouvement artistique n'est apparu alors. En réalité, quand j'ai commencé mon expérience autour du photomaton, en 1979, personne ne s'y intéressait encore – artistiquement parlant je veux dire.

Quand avez-vous pris conscience de la valeur créative de vos autoportraits? Immédiatement, ou seulement après le temps du recul?
Alain Baczynsky. Dès le début, j'ai eu envie de faire quelque chose qui n'avait jamais été fait avant. Je n'étais évidemment pas certain de la nouveauté de ma démarche, Internet n'existant pas à l'époque. Mais déjà je me disais qu'on pourrait peut-être en faire un livre. Après quelques séances, cette ambition s'est néanmoins évaporée. J'étais en quelque sorte pris par l'expérience que je vivais. C'est devenu une nécessité, qui m'a fait «redescendre sur terre», et à laquelle je ne pouvais plus échapper.

En mettant ainsi en scène votre image, s'agissait-il pour vous de palier aux insuffisances du langage parlé?
Alain Baczynsky. Je pense que c'est lié, oui. Les autoportraits prolongeaient parfois la séance. D'autres fois ils la remplaçaient, ou, à l'inverse, en étaient le pur reflet. Dit autrement, les autoportraits répondaient à différents motifs, toujours inscrits dans l'immédiateté de l'instant. Je ne savais jamais à l'avance ce qui allait se passer dans la cabine du photomaton, situé à trois minutes à peine du cabinet de mon psychanalyste. Je n'avais pas le temps de souffler, les autoportraits étaient toujours pris sur le vif.
Mais je pensais, c'est vrai, que les images pouvaient dire des choses autres – des choses que le langage n'était pas en mesure d'exprimer – bien que la parole ait pris de plus en plus de place au cours de ce travail autour du photomaton de Jussieu. L'image est en effet devenue de moins en moins présente, jusqu'à ce que je disparaisse complètement. Mais sur le coup, je n'avais pas encore conscience de ce processus, tellement j'étais immergé dedans.

Sur le dos d'une image datant du 5 novembre 1980, vous écrivez: «Le cours irrégulier que j'impulse à l'analyse, mes absences soudaines dues à un travail, est-ce une arme nouvelle pour prendre le contrôle de l'analyse, pour l'empêcher de se développer, un garde-fou me permettant de sauver les apparences»? Outre vos absences répétées aux séances de psychanalyse, vous prendre en photo était-il également un moyen de «sauver les apparences» – comme vous dites, ou du moins d'essayer?
Alain Baczynsky. Je ne sais pas. C'est une question qui restera sans réponse, comme bien d'autres. Mon expérience autour du photomaton remonte à très loin, il est donc difficile de se rappeler de ce qui m'animait alors. De plus, à l'époque, rien n'était planifié. Ma démarche, je le répète, était vraiment spontanée. Beaucoup de choses m'échappaient, et m'échappent encore, même avec plus de 30 ans de recul. D'autant qu'une fois la photo prise, je la glissais dans mon sac et elle rejoignait toutes les autres, sans que je revienne jamais dessus. Ces autoportraits, une fois réalisés, je ne les regardais plus, je les oubliais. Pour moi, le travail était terminé. Ils sont restés des décennies dans un vieux sac plastique Fnac, rangé dans un placard loin des regards.

Comment ces photos sont-elles sorties de l'ombre?
Alain Baczynsky. Durant ...


Créateurs :
puce rouge Alain Baczynsky




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