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Pierre-Évariste Douaire. Vos années de formation sont importantes dans votre démarche.
Et n'est-ce*. En 1976, à l'exposition de fin d'année des Beaux-Arts, nous n'étions pas aguerris aux demandes du marché. Les acheteurs intéressés nous demandaient les prix. Nous étions incapables de fournir le début d'une estimation. L'essentiel était ailleurs pour nous. À la fin, nous n'avons vendu aucune sculpture.
César, votre professeur aux Beaux-Arts de Paris, a joué un grand rôle dans votre carrière.
Et n'est-ce*. C'est dans son cours que j'ai été récompensé. C'est lui qui a sélectionné mes sculptures pour les félicitations. C'est dans son atelier, à Montparnasse, que j'ai rencontré tous ses assistants. C'était une ruche où tout le monde travaillait beaucoup. Lui, ne faisait que passer. En observant la scène, beaucoup de choses devenaient claires. Il était mondain, il croisait beaucoup de monde. Cette vie de représentation s'ancrait dans une réalité cachée et laborieuse. C'est grâce à lui que j'ai commencé à travailler. J'ai accroché une exposition. Petit à petit, j'ai prêté main forte au milieu de l'art contemporain.
Ce microcosme parisien était situé à Saint-Germain-des-Prés. La rue Bonaparte, la rue de Seine et celle de l'Échaudée étaient les rares endroits où il était possible de découvrir l'art minimal et conceptuel. C'est auprès de Daniel Templon que j'ai commencé à gagner ma vie. Le travail était simple et surtout très bien payé.
L'avantage était de pouvoir côtoyer l'avant-garde de l'époque. L'enseignement des Beaux-Arts était poussiéreux. Tout d'un coup il y avait la possibilité de croiser des artistes, des mécènes, d'apprendre énormément. Cette opportunité financière était le meilleur moyen de poursuivre ma formation artistique. J'ai plus appris ici que durant toutes mes années de formation. J'ai découvert des hommes et des œuvres. Le mécanisme de la création m'apparaissait. La trinité artiste, galeriste, collectionneur permettait à l'œuvre d'accoucher, d'apparaître et de circuler. C'est à ce moment-là que j'ai découvert l'effervescence conceptuelle des années 1970.
Comment avez-vous traduit plastiquement cette révélation ?
Et n'est-ce*. J'ai quitté peu à peu l'objet. Je me suis éloigné du Nouveau réalisme, de César. Je me suis rapproché de Richard Serra. J'ai entrepris de réaliser des choses que l'on ne peut pas faire tout seul.
Bonjour (Shalom) est ma première sculpture qui va dans ce sens. C'est également une sculpture qui a une forme propre, à l'image de Falls (Maguen David) qui résulte d'une chute. Elle est l'expérience et le résultat d'une poignée de main. L'acte, le moment, se substitue à la sculpture. L'intérêt de ce geste est qu'il nécessite la présence et la coopération d'un tiers. L'artiste est obligé de composer avec quelqu'un d'autre. Le plâtre qui coule entre les deux mains et qui chauffe les paumes permet ce changement de statut.
Not For Sale prolonge l'idée de faire travailler les autres.
Et n'est-ce*. Effectivement, en m'éloignant de l'objet, j'ai décidé d'arrêter d'intervenir directement. Depuis trente ans, je demande aux gens que je rencontre de me dessiner un arbre. Bertrand Lavier avait demandé aux caricaturistes de la place du Tertre, à Montmartre, de dresser le portrait de sa femme. Leur accumulation avait donné lieu à une exposition. Les dessins d'arbre, dessinés par d'autres, au fil du temps sont devenus une série, une suite de photographies captant des choses insaisissables. Comme Bonjour (Shalom), Not For Sale est une pièce intime. Elle implique un rapport contractuel et nécessite la présence d'une personne se substituant à l'artiste. Elle demande l'aide de l'autre. Le Pop art, en déléguant la fabrication de l'œuvre, a été important dans ma réflexion. Warhol et son fameux «faire faire», a servi de base à ce projet.
Les gens avaient des réticences à dessiner ?
Et n'est-ce*. À l'époque, cette demande était autant polémique que politique. La querelle opposait l'art conceptuel à l'art figuratif. Le dessin était considéré comme un académisme. Dessiner, c'est conceptualiser le monde. Un dessin est une chose éminemment conceptuelle à mes yeux, c'est de la pensée. Dessiner permet de présenter une idée. ... |