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INTERVIEWS

<br><br> Eric Corne
Eric Corne
10 janv. 2008
Artiste, commissaire d'expositions, fondateur et ex-directeur du centre d'art contemporain Le Plateau, Eric Corne poursuit sans relâche sa lutte en faveur de la démocratie. Un engagement social, politique, artistique qui - à rebours des institutions – tente de briser les carcans et d'ébranler l'immobilisme.
carre_rouge  Par Caroline Lebrun

Interview
Par Caroline Lebrun

Inauguré en janvier 2002, à l'issue d'une bataille de sept ans avec le groupe Bouygues et les pouvoirs publics, le Plateau est sans doute devenu sa victoire la plus célèbre. Mais, il ne gardera pas longtemps la reconnaissance de lauriers si difficilement remportés.
Aujourd'hui, Eric Corne s'investit activement dans de nouveaux projets. Candidat à la nouvelle direction du Palais de Tokyo avec Gaël Charbau, directeur de Particules, leur projet est arrivé en seconde place. Il revient sur son parcours, et nous livre son point de vue acéré sur la situation actuelle de la scène artistique française.

Pouvez-vous nous rappeler brièvement l'histoire du Plateau?
Ce projet a débuté en 1995, date à laquelle une association de Riverains des Buttes Chaumont a commencé à s'inquiéter du devenir de l'ancien site de la Société Française de Production (SFP) racheté par Bouygues. Le promoteur prévoyait la construction de 713 logements de dix étages dans un espace totalement clos, sans aucun service public. Et ce, dans un quartier dévolu pendant plus d'un siècle au cinéma. Avant sa fermeture, la SFP représentait environ 2000 personnes. Par intérêt pour cette démocratie et pour ce quartier que j'aime, je suis devenu président de l'association. Nous nous sommes alors battus avec nos moyens contre le groupe Bouygues qui avait acheté le site, procédé aux démolitions et monté un projet immobilier. Nous avons bloqué le chantier physiquement et nous sommes parvenus à mobiliser 400 adhérents au sein de l'association. Nous avons également payé de grands avocats. A la même époque, un changement politique a eu lieu à la Mairie et a permis d'organiser un référendum sur la question. Résultat : 90% des habitants ont répondu non au projet de Bouygues. Cela nous a encouragé pour continuer notre lutte. Après de nombreuses négociations, nous avons obtenu, entre autres, que la moitié des logements soient sociaux, que la halte garderie soit agrandie et devienne une crèche de cinquante berceaux au lieu de quinze, que deux rues soient ouvertes dans le projet, que le nombre de logements soit réduit à 500 et les bâtiments limités à sept étages… Enfin, que 600 m2 soient dévolus à la construction d'un centre d'art contemporain.

L'implantation d'un centre d'art contemporain au cœur d'un quartier populaire du XIXème arrondissement était un choix audacieux, comment l'avez-vous défendu?
La ville doit être un maillage entre les habitations, les lieux publiques de proximité, les activités économiques et culturelles. Nous voulions à tout pris éviter le syndrome de la ville qui n'est que logements. Nous avons, par exemple, veillé à ce que le quartier reste un centre d'activité économique en y implantant un îlot «Pierres et vacances». Selon moi, un quartier n'a de sens que s'il trouve ses lignes de fuite vers la ville, puis vers la région et le pays. D'où l'importance de la création d'un centre d'art. Les habitants l'avaient bien compris. Et c'est la première fois en France qu'une association gagnait contre un promoteur privé. La première fois également que l'Etat avait la chance que des habitants se prononcent à l'unanimité en faveur de la création d'un centre d'art contemporain. Je ne sais si il l'a bien compris…

Quels étaient les différents partenaires financiers du projet?
Fin 1998, nous avons fondé une autre association «Centre d'art des Buttes Chaumont» (CABC) en vue de porter le projet et trouver des financements. Dans notre protocole d'accord, Bouygues devait prendre les frais pour rémunérer les architectes pour l'aménagement. Ensuite, il a fallu des mois et des mois de négociations. Nous avons sollicité de l'aide auprès de la Mairie de Paris, de l'Etat et de la région Ile-de-France. Le maire de l'époque ne voulait ni le Plateau, ni la crèche. Le Ministère de la Culture ne souhaitait pas s'engager non plus, trop absorbé par le Palais de Tokyo. Finalement, seule la région Ile-de-France a accepté de s'engager dans le cadre d'une association avec le FRAC Ile de France. Mais, au moment où nous obtenions une somme globale de soutien de cent quatre-vingt mille euros, nous avons subi un autre revers de fortune. La droite parisienne s'est liée à l'extrême-droite pour refuser le projet. Nous avons donc été contraints de présenter une nouvelle fois le projet. Et, coup de grâce : le Plateau ne pouvait exister qu'à condition que le bail soit cédé au FRAC Ile-de-France ! C'était cela ou rien. Nous avons finalement accepté, une question de responsabilité. Puis avec la victoire de Bertrand Delanoë, nous avons eu d'autres partenaires. Je me souviens d'un dimanche où Christophe Girard venait d'être élu comme maire adjoint à la culture et m'a appelé pour m'annoncer que ...


Créateurs :
puce rouge Eric Corne




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