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INTERVIEWS

Claude Lévêque, The Diamond Sea, 2010. Installation.<br><br>Courtesy Crac LR /©  Crac LR /Photo: Marc Domage
Claude Lévêque
Casanova forever. The Diamond Sea
16 juil. 2010
Dans le cadre du projet Casanova forever, Claude Lévêque revient sur le monde chimérique qu'il a installé au Crac de Sète, The Diamond Sea, abordant la mer comme surface miroitante et évoquant Casanova, ce personnage trouble, imposteur et séducteur.
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Par Timothée Chaillou

Le Cavalier de l'Apocalypse

«Le ciel, la terre et la mer étaient encore plongés dans la blancheur spectrale de l'heure indécise; une étoile pâlissante flottait encore dans la vague immensité.»
Thomas Mann, La Mort à Venise

Timothée Chaillou. Avec le titre de ton exposition, «The Diamond Sea», tu évoques la mer comme surface scintillante, l'eau comme miroir, et ce double que sont ciel et mer.
Claude Lévêque. The Diamond Sea est un monde chimérique, impliquant, en effet, la mer comme surface miroitante. J'évoque ici Casanova, ce personnage
trouble, imposteur et séducteur. Mon travail se développe autour d'éléments liés aux reflets, aux effets de miroir, aux dédoublements et à toutes formes d'affectation des sens. J'utilise ce qui va de l'aveuglement au scintillement: le jeu de l'éblouissement est un jeu de l'aveuglement. Je capte la réalité et le monde qui m'entoure, je m'en sers. En même temps c'est un monde qui m'aveugle.

Dans certaines légendes, voir son double porte malchance, il est associé à la mort. Les miroirs reflètent des silhouettes en morceaux, coupées et éclatées. Dans une inquiétante étrangeté, notre reflet est différent de nous bien qu'il nous ressemble.
Claude Lévêque. Le miroir est un abîme. C'est un objet qui attire et propose une révélation, une illumination en même temps qu'une autodestruction par rapport à cet abîme. Dans le parcours de l'exposition, dans deux espaces différents, sont suspendues une carabine et une licorne éclairées par des stroboscopes. Ce sont des surfaces miroitantes et des éléments tranchants, d'aspect menaçant, qui évoquent la lame d'un rasoir. C'est de la séduction et de la répulsion, on est entre les deux — sur le fil du rasoir.
Seppuku est une lame miroitante dont les extrémités sont éclairées de rouge. Les gens circulent, dans un espace étroit sous cette lame, en entendant le son d'un fouettement d'air. Cette lame est courbée pour que les visiteurs s'y reflètent déformés. Tous ces éléments troublent la rétine. Je joue ici beaucoup avec l'idée d'apparition. Comme dans cet espace rempli de filets de pêche dans lesquels on se perd, on est pris au piège, avec au-dessus de nos têtes une boule à facettes qui permet d'obtenir du mouvement par fragmentation de la lumière. C'est une forêt, un passage, un abysse.
Dans l'espace suivant, un cerclage de métal en mouvement, transpercé de flèches, est suspendu, comme la vision d'une planète ou d'un soleil énergisant — une
idée du cosmos. Puis, le visiteur se retrouve dans une salle noire, des haut-parleurs diffusent un extrait du poème Oceano Nox de Victor Hugo, lu par un enfant.
J'aime ce texte qui évoque les ténèbres et le naufrage. C'est à la fois léger et sombre.

Dans ce parcours, les miroirs renvoient notre regard et nous engagent dans ce processus. «L'oeil est l'organe d'expression du sentiment», dit Novalis, et Lacan ajoute que «quand, dans l'amour, je demande un regard, ce qu'il y a de foncièrement insatisfaisant et de toujours manqué, c'est que — jamais tu ne me regardes là d'où je te vois».
Claude Lévêque. Oui, tout à fait. Le miroir reflète et crée de la métamorphose. Il permet le dédoublement et l'anamorphose qui peuvent être des trahisons de la réalité — il y a déformation. Je l'utilise aussi pour son aspect coupant. Comme un boomerang il permet un renvoi du regard, de soi à soi. Dans Le Crépuscule du Jaguar (2007), en filmant les yeux qui ne clignent pas d'un petit garçon autiste, je voulais enregistrer un regard qui ne transmet rien, qui n'échange rien.

Comme un regard voilé.

Claude Lévêque. Oui, regardant le néant.

Tu as été énormément influencé par la peinture vénitienne pendant ton séjour à Venise. Le cerclage que tu présentes à Sète est aussi une couronne
d'épines. Il y a dans cette exposition un élan religieux.

Claude Lévêque. J'ai une connaissance pauvre en histoire de la religion. En étant cartésien, je ne peux matériellement croire en Dieu. Mais, je reste fasciné par l'univers religieux, par son récit, son architecture, son édifice. J'aime cette capacité d'adoration. J'ai évoqué cela dans mes premières pièces: Grand Hôtel (1982) ou La Nuit (1984). J'aime les aspects de la relique, des rituels du corps (le corps sacrifié, magnifié) et des Éléments (le vent, le feu, l'air, l'eau, la lumière).

Tu disais: «Ce qui m'intéresse dans le cercle, c'est qu'il matérialise ...

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