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INTERVIEWS

Taroop & Glabel, <em>Le Beuglephone électrique</em>. 2007<br><br>Courtesy Sémoise galerie-éditions. © Taroop & Glabel
Emilie Pitoiset
Émilie Pitoiset
06 juin 2009
Rencontre avec Émilie Pitoiset à l'occasion de son exposition-bilan L'Ordinaire de la multitude à la galerie Lucile Corty. Rencontre avec un travail qui explore les limites entre équilibre et déséquilibre, entre loi et transgression, entre rire noir et rire jaune. Rencontre avec une artiste funambule.
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Par Lison Noël

Lison Noël. Peux-tu tout nous parler de ton exposition à la galerie Lucile Corty? Quels en étaient les enjeux?   
Émilie Pitoiset. Cette exposition est assez importante pour moi, elle vient à la suite de deux autres expositions personnelles, au Casino à Luxembourg et au Confort Moderne à Poitiers. Elle intervient à un moment-charnière, c'est une sorte de bilan. Je voulais aborder plus précisément et de manière plus directe ce que je traitais déjà.

J'ai curieusement eu l'impression contraire, je trouvais tes œuvres précédentes plus littérales. La réaction des spectateurs semble plus évidente devant un cheval empaillé (Ordinary Experience, 2008) que devant des plaques de métal fendues par exemple.
Émilie Pitoiset. Le cheval empaillé se situe aux prémisses de cette exposition parce que c'est la première fois que je traitais de la chute. Jusque là j'ai plutôt traité des déséquilibres, de l'équilibre précaire ou de situations qui peuvent potentiellement basculer.
Le cheval a été une décision forte parce qu'en me réappropriant le documentaire de Georges Franju, il m'a fallu accepter de procéder au geste autoritaire d'utiliser l'œuvre d'un auteur. La réception de Ordinary Experience semble a priori plus évidente, parce que le spectateur ne se doute pas que le cheval est dans la position de la mort. On pense dans un premier temps que l'animal est en état de sommeil ou encore de soumission. La recevabilité de mes pièces peut parfois paraître littérale, finalement elles apportent des points de fiction a priori erronée.

Peux-tu expliquer Possibilité de relations réciproques qui consiste en trois plaques de métal fendues?
Émilie Pitoiset. Possibilité de relations réciproques fait écho à une pièce que j'ai réalisée l'année dernière inttulée Sur les pointes en équilibre. Elle était aussi constituée de plaques d'acier très fines qui tenaient en équilibre par un système d'encoches sans soudures.
Possibilité de relations réciproques fonctionne sur le même principe d'équilibre, mais cette fois avec un système d'incision à l'intérieur même des plaques. J'ai voulu ne pas activer la pièce, la laisser en «réserve». Comme un corps sur une scène qui aurait la possibilité de s'animer, mais qui serait là sans bouger. Je suis très influencée, et depuis très longtemps, par la danse contemporaine et notamment par le vocabulaire de la danse dont je tire des abstractions. Il existe donc une combinaison dans cette pièce: si on assemble les plaques d'une certaine manière, elles tiennent avec un jeu de contrepoids, en équilibre sur leurs pointes.

D'où viennent les photos encadrées que tu t'es réappropriées (I have already seen that before, Marathon #1, Marathon #2, Sans titre, Liebe ist kälter ald der Tod #1 et #2, 2009) et pourquoi  les vitres sont-elles barrées de lignes noires ?
Émilie Pitoiset. Je collectionne depuis pas mal de temps des images de corps dans des positions compliquées. On ne sait pas s'ils sont morts, assoupis, soumis, un peu comme le cheval finalement, qui est dans la position, trompeuse, du sommeil ou de la mort.
Il y a deux images qui proviennent du film Liebe ist Kälter als den Tod de Fassbinder, des photos de marathons de danse, ou encore une photo qui a été prise par la police italienne d'une scène de crime perpétré par la mafia. Certaines sont fictionnelles, d'autres appartiennent au domaine de l'archive. Il y a aussi des photos anonymes prises dans des fêtes foraines. La traçabilité m'importe peu. Elle existe inévitablement, je ne la cache pas, mais l'origine de ces photos ne m'intéresse pas. La vérité m'importe peu.
Les lignes noires s'inscrivent dans une lubie: je collectionne des livres sur la grille, je suis aussi très influencée par le Bauhaus, les structures très géométriques. Je suis partie d'un postulat géométrique, j'ai tracé une ligne qui figure le poids du corps et une autre qui désigne sa direction. En plaçant ces deux lignes-là, on est dans un système d'équilibre, elles fonctionnent comme des tuteurs.

Par le fait que les pièces de cette exposition sont moins littérales que tes œuvres précédentes, le jeu sur la cruauté, la violence ou l'absurde semble moins présent. Est-ce qu'il l'est malgré tout, malgré le fait qu'il apparaît avec moins d'évidence?
Émilie Pitoiset. Les personnages des photos sont dans des positions absurdes, difficiles à adopter, ils se tiennent sur des points d'appuis assez étranges. Les personnes qui se sont faites tuer sont également dans des positions étranges. Comme la position du cheval, qui ...

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