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ART | CRITIQUES

Elodie Seguin, Plan sur plan, 2010. Silkscreen ink, enduit. Ton sur trou, 2010.  Paper, silkscreen ink. Variable size. Plein, 2010. Plastic, wood, tag, sponge, paper. Sans titre, 2010. Cardboard, wood, silkscreen ink.<br><br>© Elodie Seguin, Courtesy Galerie Jocelyn Wolff Elodie Seguin
Rien est impossible
30 janv.-10 fév. 2010
Paris 20e. Galerie Jocelyn Wolff
Pour Élodie Seguin, l'enjeu n'est pas de créer ou de produire, mais d'intervenir et de contextualiser. Elle n'invente pas d'œuvres, elle choisit des objets, les déplace et les détourne parfois, afin de former des ensembles signifiants.
carre_rouge  Par Elisa Rigoulet

Sur une invitation de Guillaume Leblon, la galerie Jocelyn Wolff présente le travail d'une très jeune artiste, Élodie Seguin, tout juste diplômée de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. «Rien est impossible» n'est pas une exposition au sens traditionnel du terme. Munie d'un matériel méticuleusement choisi, l'artiste a travaillé pendant dix jours dans l'espace de la galerie comme dans son atelier.
Au premier abord, l'exposition ressemble à un chantier. L'espace est encombré de planches, panneaux, bouts de bois et matériaux divers. Il s'agit d'un work in progress, d'un travail en suspens que l'artiste a choisi d'arrêter, considérant que les ensembles constitués fonctionnent et font sens. Il ne s'agit donc pas ici de montrer un achèvement, mais un état.

Élodie Seguin propose une réflexion sur la peinture: comment fuir l'unicité du tableau? Construire des ensembles d'objets dont la signification est tributaire du contexte lui permet de dépasser les formes de représentations traditionnelles de la peinture et l'unicité du tableau.

Rien d'étonnant à ce qu'Élodie Seguin se réfère à Barnett Newman. Dès les années 40, le peintre américain a développé une série de tableaux appelés «zips», qui se caractérisaient par des surfaces de couleurs séparées par de fines lignes verticales. Par cette démarche, il s'affranchissait de la tradition picturale et des contraintes du cadre. Les «fermetures éclairs» ouvraient une porte dans cette architecture close.

Les objets qu'Élodie Seguin utilise sont des restes, des morceaux de carton, de planches, et de bois, le plus souvent ramassés dans la rue, puis déplacés, replacés, accrochés ou superposés. C'est la juxtaposition d'un élément avec un autre, la confrontation, qui produit l'œuvre et ses significations — relatives plutôt qu'immanentes.

Le lieu de la galerie est façonné par la mémoire des œuvres d'autres artistes. Utiliser les restes de ce qui s'est déjà passé fait partie de la démarche d'Élodie Seguin qui, par exemple, exploite une fente précédemment creusée par Katinka Bock pour en faire jaillir une case du Damier.
Le travail d'Élodie Seguin relève de l'expérimentation, d'une recherche. Or, si la question de l'unicité du tableau semble résolue, l'expérience se heurte à d'autres formes d'unicité: celles de l'espace architectural de la galerie, et de sa dimension institutionnelle.

Élodie Seguin intervient plus qu'elle ne crée. Parfois de façon calculée, comme avec la peinture Plan sur plan peinte directement sur le mur. La peinture figure une simple barre verticale en négatif, qui fonctionne avec Vitre au mur, une bande d'adhésif bleu qui isole un des murs de l'espace. Souvent de manière arbitraire: Voilà est une planche de bois ramassée dans la rue.
Qu'il s'agisse de déplacer un objet, de lui faire rencontrer une autre forme, de le coupler avec un autre matériau, ou de lui faire subir un changement (le peindre, le tailler, le couper), l'artiste n'est pas ici un fabricateur d'objets mais un inventeur de sens.

Ce sont souvent de placements fortuits, gouvernés par le regard de l'artiste, que jaillissent les sens les plus étonnants. En assistant aux déplacements et aux confrontations d'objets, ou en les provoquant, Élodie Seguin révèle des sens. Selon Marcel Duchamp, «c'est le regardeur qui fait l'œuvre», l'artiste elle-même prend la place du regardeur pour faire jaillir d'objets insignifiants des faisceaux de sens contextuels.

Les ensembles présentés ne sont que des propositions de sens parmi une infinité d'autres possibles. Le processus est momentanément suspendu durant l'exposition. Mais il pourra se poursuivre ou non, selon le choix de l'artiste...


Liste des œuvres
— Élodie Seguin, Germinal, 2010. Bois, Sérigraphie à l'encre, bande, plastique, mousse. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Triangel, 2010. Papier, bois, sérigraphie à l'encre, bande, plastique, mousse. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Sans titre, 2010. Carton, bois, sérigraphie à l'encre. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Plein, 2010. Plastique, bois, ruban, éponge, papier. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Plan sur plan, 2010. Sérigraphie à l'encre, enduit. Pièce in-situ.
— Élodie Seguin, Vitre au mur, 2010. Coton, bande. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Ton sur trou, 2010. Papier, sérigraphie à l'encre. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Damier, 2010. Bois, toile, sérigraphie à l'encre. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Déplie, 2010. Différentes sortes de bois. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, n, 2010. Carton, plexiglas, papier. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, N, 2010. Carton, plexiglas, papier. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Rockh, 2010. Encre, papier. Pièce in-situ.
— Élodie Seguin, Voilà, 2010. Bois, clous rouillés. 187,8 x 17 x 8cm.
— Élodie Seguin, Petite colonne, 2010. Bande. 7,8 x 7cm.
— Élodie Seguin, Espace de réflexion, 2010. Bois, coton, bande, papier. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Industrie, 2010. Mousse, bande, carton. Dimensions variables.
— Élodie Seguin, Niveau, 2010. Sérigraphie à l'encre. Dimensions variables.





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