PHOTO

Gravures récentes

Pg_Labanque16MounirFatmi08bParadox
@12 Jan 2008

Peintre et sculpteur, Georg Baselitz n’a cessé d’alterner l’art confidentiel du dessin et de l’empreinte à celui, plus monumental, de la peinture gestuelle grand-format. Cette exposition de gravures en est l’efficace démonstration.

De Georg Baselitz, le grand public a toujours gardé l’image du peintre qui peint des personnages la tête en bas. Bien sûr, il n’y a pas que ça. Peintre et sculpteur, Baselitz a aussi beaucoup écrit (dès 1961 et 1962 il rédige ses Manifestes pandémoniques) et gravé. Depuis ses premières eaux-fortes de 1964, en passant par l’illustration de Beckett ou encore de Lautréamont, il n’a cessé d’alterner l’art confidentiel du dessin et de l’empreinte à celui, plus monumental, de la peinture gestuelle (mais toujours figurative) grand-format. Cette exposition de gravures  » récentes  » en est l’efficace démonstration.

Sa dernière série, Fluss und Shrift (Écoulement et écriture), assume pleinement le rapport à l’écrit que peut avoir la gravure qui, rappelons-le, présente l’avantage de pouvoir se reproduire en série. La technique de l’eau-forte permet au trait d’être précis et incisif, bien que toujours et encore gestuel. La couleur se fait monochrome, ici et là, les nombreuses taches et ratures rappellent qu’un peintre, certes minutieux mais non moins fougueux, est à l’œuvre.

Si nous n’étions pas dans le contexte marchand de la galerie, nous pourrions presque croire que les trois gravures sur bois sont exposées à des fins didactiques. Par exemple, comprendre la différence formelle entre une eau-forte tout en finesse et une gravure sur bois, plus rude ; appréhender une certaine évolution stylistique entre Heuler (Pleureur) de 1985 et la série des Schlafende Hunde (Chiens endormis) de 1998-1999. C’est principalement dans les gravures sur bois que l’on sent le lien qu’entretient le néo-expressionnisme avec l’art primitif, populaire ou encore avec l’art des fous.

Der Berg (la montagne) ou Mann und Frau und Tannenbaum (Homme et femme et sapin) évoquent aussi bien par leurs thèmes que leur facture les univers naturalistes et populaires  » enracinés ». Ce serait pourtant commettre une erreur que d’affirmer qu’il n’y a dans ces gravures que primitivisme et langage gestuel. Baselitz a beaucoup regardé la peinture italienne et plus particulièrement le Maniérisme, tout comme ses confrères italiens de la Trans-avant-garde (ou « Maniérisme hyper-citationniste ») qui revendiquent une certaine pittura colta. Et c’est sans doute dans la série des Chiens endormis que cette dimension se révèle. Six panneaux montrent une figure de chien allongé, tête en haut, tête en bas en alternance. Malgré l’aspect répétitif de cette pirouette tout baselitzienne, le sujet n’arrive pas totalement à se faire motif, comme c’est le cas pour d’autres gravures de l’artiste allemand. D’une certaine manière, cette série résiste à la tentation décorative, c’est Le Chien de Goya, plus que le motif aborigène qui en émane, et ce n’est pas plus mal pour une œuvre qui, pour rester dans la métaphore canine, a du chien et de la gueule.

— Der Berg, 1991. Gravure sur bois. 104,5 x 76,5 cm.
— Mann und Frau und Tannenbaum, 1986. Gravure sur bois. 98 x 66 cm.
— Heuler, 1985. Gravure sur bois. 86 x 61 cm.
— 16 pièces de la série Fluss und Schrift, 2001. Eaux-fortes et aquatintes. 77,5 x 56 cm.
— 6 pièces de la série Shlafende Hunde, 1998–1999. Eaux –fortes, aquatintes et pointes sèches. 20, 85 x 63,5 cm.

AUTRES EVENEMENTS PHOTO