ART | CRITIQUE

Göttingen Songs

PStéphanie Courty
@05 Juin 2009

Cinq toiles disposées en demi-cercle: elles représentent toutes un immense cœur rempli de couleurs. Combinant huile, acrylique et sable, ces cœurs illustrent l’intimité de l’artiste. Jim Dine parvient-il avec cet unique  symbole à évoquer les tréfonds de son âme?

S’il n’est pas évident que Jim Dine parvienne à transmettre quelque chose de son intimité par le biais de ses toiles remplies d’un immense cœur plein de couleurs et de matières, la gaieté qui s’en échappe est, quant à elle, indéniable.  Explosion chromatique, surfaces travaillées avec une fausse spontanéité et ce cœur, central, unique.

Que signifie-t-il ? En Occident, il est en général considéré comme le siège des sentiments, le lieu des passions et des effusions. Pourtant, dans toutes les sociétés traditionnelles, le coeur est au contraire le symbole de l’intelligence, de l’intuition.

Pour Jim Dine, le cœur est avant tout une évocation de la féminité et de la musique. Le titre de l’exposition Göttigen Songs fait référence à l’atelier de sa jeunesse lorsqu’il étudiait à Göttingen. Sorte de Madeleine de Proust, le peintre nous conduit sur les rives de ses souvenirs.

La texture est complexe; la peinture s’étale en rouge, dégouline marquant subtilement les contours de la forme. Tacheté grossièrement, le fond et la forme s’unissent et ne se séparent que pour mettre en valeur le symbole. On remarque sur sa partie supérieure une dominante de jaune. Lumineux, éclatant, l’ocre est la couleur la plus chaude, elle évoque la force, la vivacité et la lumière.

Kandinsky le considérait comme «le véhicule de la jeunesse et de l’éternité divine». Dans l‘iconographie de Jim Dine, chaque symbole est choisi car il est imprégné d’une dimension personnelle forte. Inutile de chercher donc des significations, le travail présenté est une exploration du soi, des tréfonds de l’âme de l’artiste.

Ainsi isolées et mises en valeur, les cinq toiles appellent une émotion. Jim Dine parvient à créer un dialogue entre l’objet, le symbole, sa propre intimité et ce qu’elle peut évoquer à celui qui l’observe.

La complexité des couleurs et des touches, la diversité des médiums et leur juxtaposition sur la toile donnent une impression de puissance, d’énergie. L’artiste évoque sa jeunesse, sa légèreté — des souvenirs forcément adoucis par le temps. La force des couleurs devient évidente, elle illustre la vivacité des années évoquées. Subtilement, la forme ajoute une certaine douceur à l’ensemble de la toile. Comme une confidence, l’artiste impose un rapport intime à sa peinture.

Propice à la méditation, à l’introspection, ces cinq toiles sont une invitation, un instant suspendu passé en compagnie de l’artiste dans sa plus stricte intimité. La scénographie en arc de cercle accentue cette impression. Comme dans un atelier, le visiteur rentre au cœur de la production de l’artiste. Condensé de sa production récente, cette exposition est tout simplement incontournable. Le maître effleure l’abstraction sans pour autant y succomber. Il parvient grâce à cet équilibre à transmettre ce qu’il a de plus intime.

Jim Dine
Göttingen Songs N°1 (Grinstein), 2008. Acrylique et technique mixte sur toile, 166 x 150 cm.
Göttingen Songs N°2 (Cohen), 2008. Acrylique et technique mixte sur toile, 166 x 150 cm.
Göttingen Songs N°3 (Goldburg), 2008. Acrylique et technique mixte sur toile, 166 x 150 cm.
Göttingen Songs N°4 (Ginsburg), 2008. Acrylique et technique mixte sur toile, 166 x 150 cm.
Göttingen Songs N°5 (Oppenheimer), 2008. Acrylique et technique mixte sur toile, 166 x 150 cm.