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Anarchitecte

05 Juin - 23 Sep 2018
Vernissage le 04 Juin 2018 à partir de 18:00

Artiste du démantèlement constructif, Gordon Matta-Clark a laissé son empreinte fulgurante dans les domaines de l'architecture et des actions in situ. Le Jeu de Paume lui consacre une vaste exposition, "Anarchitecte", réunissant une centaine de photos, films, installations et gravures.

Surtout connu pour ses monumentales percées architecturales in situ, l’artiste Gordon Matta-Clark a également laissé un vaste corpus photographique et vidéo. Entre œuvres et documents, l’exposition << Anarchitecte >>, au Jeu de Paume, réunit ainsi une centaine de ces éléments, sous forme de photographies, vidéos, gravures. Créateur au parcours fulgurant, Gordon Matta-Clark (1943-1978) a grandi dans une famille d’artistes. Ses études en architecture l’ont rapidement porté à interagir directement avec les bâtiments. Mais plutôt sur le versant du démantèlement. Diplômé en 1968, il développe alors une série d’actions, au sein d’espaces architecturaux urbains. Dans le quarter new-yorkais du Bronx notamment, alors en pleine mutation. Déclin économique et migration des classes moyennes vers d’autres quartiers : à cette époque le Bronx se peuplait de bâtiments abandonnés. Sensible au phénomène, de 1972 à 1973 Gordon Matta-Clark réalisera ainsi des interventions architecturales, dans des immeubles insalubres ou en passe d’être démolis.

Gordon Matta-Clark : entre art et architecture, une dynamique d’ouverture

Engagé dans la ville, Gordon Matta-Clark photographie également les graffiti qui recouvrent fugacement les murs. Ses actions d’ouvertures de béances architecturales coïncident avec sa dynamique d’ouverture de lieux. En 1971, par exemple, il ouvre le 112 Greene Street et FOOD (dans Prince Street). Deux lieux d’art proches de l’esprit des squats. Avec cantine et modes d’organisation alternatifs (autogestion collective). Propices au rassemblement, les deux lieux servent de creuset à la revue Avalanche Magazine, d’une part. Tout en accueillant les réunions de l’Anarchitecture group, d’autre part. Référence à ce groupe, le titre de l’exposition au Jeu de Paume, « Anarchitecte », rappelle les deux penchants de Gordon Matta-Clark : l’architecture et l’anarchie (en tant qu’autogestion attentive aux structures). Condensé de l’activité prolifique de Gordon Matta-Clark, l’exposition se concentre sur sa production des années 1970.

Exposition « Anarchitecte » au Jeu de Paume : un parcours photographique

Le parcours de l’exposition « Anarchitecte » valorise notamment cinq axes de l’œuvre de Gordon Matta-Clark. À savoir Walls [Murs] / Wallspaper [Papier peint / Journal des murs, 1972. Un constat photographique des traces glanées à l’intérieur de bâtiments abandonnés. Bronx Floors [Sols du Bronx], 1972-1973. Une série de photographies documentant les découpes effectuées par Gordon Matta-Clark dans des planchers d’immeubles insalubres. Graffiti (1972-1973). Un retour sur l’une de ses expositions de photos de graffiti — une exposition sauvage, organisée dans la rue, en réponse au refus de la Washington Square Art Fair. Conical Intersect [Découpe en forme de cône], 1975. Portant sur sa célèbre découpe d’un immeuble parisien, près du Centre Pompidou (alors en chantier), pour la 9e Biennale de Paris. Et Day’s End [Fin du jour], 1975. Autour de l’ouverture sauvage d’un immense squat-lieu d’art sur les rives de l’Hudson, dans l’entrepôt Pier 52.

En photos et films : retour sur l’engagement sociocuturel de Gordon Matta-Clark

L’exposition « Anarchitecte » de Gordon Matta-Clark, au Jeu de Paume, développe également plusieurs focus autour d’aspects saillants de son œuvre. À savoir Garbage Wall [Mur de déchets], 1970-2018. Une action-installation facilement réactivable par quiconque le souhaite. Fire Child [L’enfant et le feu], 1971 (film). Soit un film documentant la construction du premier Garbage Wall, à l’occasion de la première Journée de la Terre, en 1970. Anarchitecture, 1974. Un focus sur le groupe et la démarche qui donne son nom à l’exposition. Food [Nourriture], 1971-1974 (film). Un film autour du lieu éponyme, le FOOD, cette cantine collective et autogérée ouverte dans Prince Street. Et enfin Resource Center and Environmental Youth Program [Centre de ressources et programme environnemental pour la jeunesse]. Un focus sur les initiatives socioculturelles de Gordon Matta-Clark au sein du Bronx. Pour une exposition dense, qui permet ainsi de prendre la mesure de l’engagement de Gordon Matta-Clark.