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PHOTO | CRITIQUES

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Bruno Peinado
Blow Back
22 janv.-13 mars 2004
Paris 6e. Galerie Loevenbruck
Dans une ambiance argentée et lumineuse, Bruno Peinado invite à un «upside down» visuel en se réappropriant les objets tantôt produits culturels de masse, tantôt œuvres d'art de ses confrères, pour mieux en décomposer le fonctionnement et en bouleverser les interprétations.
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Par Mathilde Villeneuve

À première vue, l'exposition pourrait être prise pour un rassemblement sporadique d'objets en tous genres : des néons et boules à facettes, des skate-boards et des casques, des silhouettes et des rétroviseurs découpés dans de l'aluminium. Mais l'artiste, fils d'une mère martiniquaise et d'un père pied noir marocain, en appelle au métissage, à la mise en relation de chacune de ses pièces.

Par des jeux de lumières et de reflets, les objets se contaminent et rentrent en collision, projetant leurs ombres les uns sur les autres ainsi que sur les murs de la galerie. L'Eis Pavillon, sorte de cheminée-building s'étirant jusqu'au plafond, grillagée de petits miroirs, reflète et rassemble les œuvres et les spectateurs qui les contemplent.

Inspirées des groupes musicaux des années 1950, du cinéma des années 1980, de la culture californienne, du design ou de la céramique, les pièces de Peinado mobilisent des références multiples, entre l'histoire de l'artiste et la mémoire collective. En outre, chacune d'elles interfère avec les histoires personnelles des spectateurs. Autant de flux qui traversent la matérialité d'objet des pièces.

Pour Bruno Peinado, tout est affaire de respiration, comme l'exprime le titre de l'exposition, Blow Back, titre d'un album de Tricky qui, sur la pochette, «fait une soufflette» à sa partenaire. Blow Back, également, en référence à cette tête découpée dans de l'aluminium et où de la fumée sort par le crâne et les oreilles. Enfin, Blow Back, ou le souffle qui revient et fait respirer les œuvres entre elles.

Au lieu d'ancrer les œuvres dans un sens, les titres ont plutôt tendance à brouiller les pistes. Ainsi, le titre Perceval GTI associe deux univers qui n'ont a priori rien de commun. Il désigne le film d'aluminium qui recouvre le sol, qui sert d'écran aux œuvres de la pièce, et qui les met conjointement en commun.

Mais quel rapport entre le titre Perceval GTI et ce film ponctué de stickers en formes de taches colorées ? Parce que Perceval est le personnage d'un film des Monty Python qui fait couler du sang sur la blancheur immaculée de la neige en égorgeant une oie. Parce que GTI fait référence aux voitures sportives que leurs propriétaires décoraient de taches de couleur, en signe de puissance et de reconnaissance. On peut en outre songer aux couleurs métalliques des usines, des drippings des toiles de Pollock, ou même des parterres de discothèques, etc.

L'artiste se joue des mots comme il confronte les mondes. Le néon intitulé Post post post reprend une œuvre du Suisse Frédéric Post, elle-même inspirée de la peinture d'artistes genevois. Le néon écrit à l'envers la phrase «bad quality good reason» qui scintille avec intensité. «Bad quality», parce que la phrase est à l'envers ; «good reason», parce que le néon fonctionne très bien. L'idée étant que l'on peut tirer quelque chose d'un objet apparemment sans valeur, à la manière dont les groupes de musique jamaïcains ont créé le sound system.

Au sous-sol encore, des éléments se répondent: une boule à facettes, objet rappelant la fête et les paillettes, est encadrée par deux aigles noirs transpercés par les carrés de lumière que diffuse la sphère. Les ombres étirées sur le sol des oiseaux, emblèmes de la culture américaine, amplifient leur force symbolique. Quant aux bouts de glace brisée éparpillés à terre, ils miment l'émiettement d'un monde hégémonique en perdition. L'éclairage du centre de la pièce se propage dans tout de l'espace par le biais des petits miroirs de la boule.

Bruno Peinado prend à bras le corps les objets puis les retourne pour mettre à nu toutes sortes de ramifications. En établissant des connexions entre des éléments a priori hétéroclites, il fait se rencontrer disciplines et temporalités.

Ainsi, les inscriptions sur des skate-boards sont comparées à celles de l'iconographie médiévale ; ce qui les décentre, les détourne de leur contexte et les fait apparaître autrement. Mais ces skates alignés sur le mur peuvent renvoyer à d'autres univers. Glissant sur les choses, ils se veulent une métaphore des médias qui se jouent sans cesse de tout obstacle ; figure du déplacement libre et facile, ils peuvent évoquer aussi internet.
Mais l'aisance du «surf sur la vague» n'est pas sans danger, et les chutes sont nombreuses comme le rappellent les casques qui arborent des cervelles et autres couches intérieures. Pour Peinado : «Ce qui fait le fond fait la peau».

Machines vivantes, machines ronflantes, les œuvres se constituent par accumulations et détournements anarchiques de signes et de référents. Dans cette «cuisine-fusion débarrassée ...

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Editos, et d'autres choses, à venir
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A bientôt. 
André Rouillé

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Yan Pei-Ming, Char, 2013. Oil on canvas. 280 x 400 cm
Grégoire Bergeret, Bande passante (24 images), 2008. Bande 35 mm, moteur, médium (bois), verre. 20 x 30 x 30 cm.



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