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PHOTO | CRITIQUES

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Mohamed Bourouissa, Stéphane Couturier
Urbanités
10 oct.-25 oct. 2008
Paris 3e. Galerie Les Filles du calvaire
De l'espace urbain à l'espace intime, «Urbanités» est une exposition multiple dont les œuvres mêlent plasticité de l'architecture et approches humanistes des tragédies quotidiennes.
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Par Alexandrine Dhainaut

L'accueil de l'exposition «Urbanités» est de taille: une structure de plus de trois mètres de haut est installée dans la cour de la galerie des Filles du Calvaire. Composé de dizaines de parapluies, Abri n°177 de OzCollective cultive l'ambiguïté. Accueillante par les quelques parapluies ouverts qui laissent entrevoir le dodécaèdre qui la compose, la sculpture n'en reste pas moins piquante, agressive, par les pointes qu'elle affiche. Accessoires fétiches d'une Mary Poppins ou d'un Mr. Hulot, vecteurs habituels d'une image positive de protection et de dandysme, les parapluies sont ici déployés au moyen de câbles, dont la géométrie empêche l'intrusion et génère une certaine tension. A la fois bulle protectrice et bouclier imperméable, Abri n°177 met en scène une architecture utopique, non fonctionnelle, à la fois fragile sur ses appuis (quelques pointes de parapluies) et inébranlable par son aspect cuirassé.

L'opacité de l'Abri N°177 semble faire écho aux photographies de Thibaut Cuisset et Stéphane Couturier. Vidées de toute présence humaine, les photographies de Thibaut Cuisset renvoient l'image d'une urbanité frontale, façon carton-pâte, presque artificielle (notamment les clichés de la série Australie). La lumière zénithale fait ressortir les couleurs des façades, tandis que le point de vue frontal aplatit jusqu'à faire se confondre le premier et l'arrière plan. Les photographies de Thibaut Cuisset sont éminemment graphiques par les jeux de lignes droites et obliques et se font le témoin d'une architecture rigide globalisée.

Ce rythme est également présent dans la photographie de Stéphane Couturier Chandigarh Secrétariat # 9. Entre documentaire et œuvre plastique, elle isole un morceau d'une façade de Le Corbusier. L'œil se perd dans une image compartimentée, suivant les lignes verticales et horizontales. Perdue dans l'immensité, une présence humaine émerge dans les travées de béton, d'autant plus minuscule que le tirage est monumental.

Verticale et frontale chez Thibaut Cuisset et Stéphane Couturier, cette absence d'hommes est horizontale chez John Davies. Ses clichés noir et blanc écrasent d'autant plus les villes que les éléments naturels occupent la moitié de l'image. C'est sous un ciel chargé ou au pied des montagnes qu'apparaissent les cités endormies. John Davies traite de la «force rase» des villes anglaises, de l'horizontalité des bâtisses, des jardins ouvriers et des cheminées, qui s'étendent à l'infini en lignes de fuite et s'évanouissant à l'horizon. Noyés dans ces architectures répétitives, les individus ne sont que des points parmi d'autres.

Les photographies de John Davies résonnent avec les images «assoupies» de Gilbert Fastenaekens. Photographiés à la lumière de la Lune, la façade biseautée de la série Nocturnes et les silos de l'usine d'Hagondange sont les vestiges d'une sombre histoire récente marquée par les destructions et l'entropie industrielle. L'aspect irisé ou miroitant des clichés de Gilbert Fastenaekens rappellent les daguerréotypes ou les calotypes de paysages orientalistes du Baron Gros ou de Maxime Du Camp. Chez Gilbert Fastenaekens, le paysage urbain semble irréel, aussi précieux qu'une cité antique, et l'architecture moderne est traitée comme une ruine en devenir.

Aux approches plastiques de l'architecture urbaine s'ajoutent des approches plus humaines, avec des photographes tels que Mohamed Bourouissa, Denis Darzacq ou Paul Graham.

A la manière de Florence Paradéis ou Jeff Wall, Mohamed Bourouissa théâtralise l'espace pour en faire le siège de scènes d'extrême tension. Le décor - l'espace de la cité et de la rue - et les sujets sont ceux de la «génération Lacoste». Ses images foisonnantes de détails, du premier à l'arrière plan, sont prises à un moment paroxystique, à cet instant décisif où tout pourrait basculer. Mais cet instant, Mohamed Bourouissa le fabrique de toute pièce à partir d'échanges de regards et de gestes, comme dans Mimic (1982) de Jeff Wall. Cet instant décisif est aussi celui qui, chez Denis Darzacq (très justement accroché en face de Bourouissa) ou Karen Knorr, tient les corps en suspens, entre chute et envol au-dessus du bitume ou dans la Villa Savoye.

Bill Owens et Erwin Olaf traitent eux davantage de l'espace intime. On éprouve un sentiment de dégoût amusé devant la vidéo d'Erwin Olaf intitulée de façon équivoque Le Dernier Cri. Deux parfaites housewives aux visages ...

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