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PHOTO | CRITIQUES

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Lynne Cohen
Proof
04 juin-25 juil. 2009
Paris 3e. Galerie In Situ
Reconfigurant des territoires familiers, fixant le temps, éloignant les  situations de toute temporalité, Lynne Cohen nous parle d'un présent flottant entre une  action qui a peut-être déjà eu lieu, ou qui est sur le point de se produire. Grand calme avant ou après la catastrophe.
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Par Laura Bazalgette

Dans son exposition Proof, l'artiste américaine Lynne Cohen présente un ensemble de photographies grands formats récent ainsi qu'une série en noir et blanc de petits formats réalisés durant les années 1980-1990, le tout distribué en deux espaces.

Avec des images formelles et minimalistes, Lynne Cohen invente un langage photographique précis, construit et saisissant. Son œuvre met en représentation le lieu, l'intérieur, les espaces de vie contemporains, les zones de passage. Salles de réunions, chambres, laboratoires, pans de murs intérieurs et miroirs, fauteuils posés là, une horloge fixée à 4h36mn, le tout vidé de présence humaine, comme en attente, inhabité.

Les plafonds en préfabriqué, les tasseaux de bois évoquant des décors, les cloisons fines, les fenêtres donnant sur un dehors artificiel, tout cela joue de l'ambiguïté entre le vrai et le faux et suggère la fiction.

Opérant une reconfiguration de territoires qui nous sont familiers, fixant le temps, éloignant les situations de toute temporalité, Lynne Cohen nous parle du présent. Et l'on ne sait si le drame (l'action) a déjà eu lieu ou si quelque chose est sur le point de se produire. Sentiment d'un grand calme qui précède ou suit la catastrophe.

Ce sentiment de flottement et d'instabilité se ressent fortement sur la photographie Untitled (Classroom, Police School, Balloons). Dans un espace de bureaux quasi délabré, carrelage du sol brisé, tableau de papier sur lequel rien n'est écrit, trou dans le plafond, sac-poubelle noir, trois mannequins, deux femmes et un homme, dont les jambes sont presque détachées des corps (l'une des deux femmes n'a d'ailleurs pas de jambe mais repose sur une armoire, une femme-tronc en sorte) sont tournés vers un même point, les fenêtres, d'où sont suspendues deux robes colorées.

Leurs yeux, sans pupilles, telles les figures du peintre Modigliani semblent en apnée. Une veste posée sur l'épaule de l'homme, un ballon de baudruche tenu contre le ventre de la femme tronc, et des caméras de surveillance braquées sur eux.

Une fête semble avoir eu lieu, des restes de ballons éclatés ponctuent la photographie, telles des tâches. Ici la construction de l'image fait théâtre. Et l'on est saisi par ces silhouettes fantomatiques.

Le thème de l'absence est récurrent dans l'œuvre de Lynne Cohen. Et le détail fait sens. Personne ne traverse les couloirs, les étagères sont vides, un poster d'une plage paradisiaque apparaît furtivement, une chaise est posée dans un coin, une cloison (un fond) repose sur un sol marqué, un sol de parking, des mannequins crash test sont assis, attendant leurs tours, une biche de plastique nous observe du fond, et une cabine de simulation de pilotage prend tout son sens.

Il est délicieux de constater combien la mise en scène des lieux agit. La violence est donc sous-jacente et contenue, provoquant une inquiétude certaine. Et la grandeur des clichés ainsi que l'assemblage des couleurs révèlent pleinement les constructions scénographiques.

Dans le second espace, est exposé un ensemble de photographies plus anciennes, datant des années 1980-1990, en noir et blanc, de petit format, photographies de lieux intérieurs, d'objets usuels, de murs repeint à la va vite.

Les cadrages, l'usage du noir et blanc et l'intitulé des photos — Mirroe With Piano And Smodge, Observation Room With Two-Way Mirror , Chair — amplifient le caractère documentaire des œuvres. Une typologie de lieux, comme une fixation des vestiges du passé. Ici c'est le tout petit qui nous est donné à voir.

Le trouble opère entièrement car l'on ne sait jamais si les espaces photographiés existent ou sont fabriqués et conçus de toutes pièces. Les perspectives sont brisées, seuls les miroirs permettent de voir le derrière des choses. Les plans, les angles de prises de vue font mouvement. Derrière ce que l'on voit, l'invisible nous est suggéré. Le «voyeur» ou le spectateur participe ainsi activement à la fiction et tente une reconnaissance du lieu mis en image: identité, situation géographique et temporelle. Relevant les signes déposés, on rêve de mener l'enquête.

Les photographies de Lynne Cohen sont paysages. Les lieux du monde, espaces publics ou intérieurs intimes deviennent des images absolument plastiques et picturales. La mise en aplat du terrain, de l'architecture, du meuble, provoque une modification du réel et un glissement du familier à l'étrange.

L'œuvre de Lynne Cohen vise ainsi une reconstruction, une modification du visible, une reconfiguration du terrain quotidien, et son geste de par sa précision et sa maîtrise opère pleinement et marque avec douceur.

Lynne Cohen
Untitled (dummy), 2007. C-print, encadré 130 x 150 cm. Ed. 5 ex.
Untitled (chair), 2007. C-print, encadré 130 x 150 cm. Ed. 5 ex.
Untitled (classroom, police school, balloons), 2007. C-print, encadrée 130 x 150 cm. Ed. 5 ex. + I E.A.
Installation Militaire, 1999 ou 2000. Epreuve à développement chromogène 122 x 158 cm.
Spa, 1999. Epreuve à développement chromogène. 112 x 131 cm 5/5.
Laboratoire, 1999-2000. Epreuve à développement chromogène. 122,5 x 158,2 cm.
Laboratory, 2000. Epreuve à développement chromogène. 122 x 158 cm.
Laboratoire, fin années 1990. Epreuve à développement chromogène. 122,5 x 158,2 cm.

Publications
— Frédéric Paul, Jean-Pierre Criqui, Ramon Tio Bellido, Johanne Lamoureux, L'Endroit du décor / Lost and Found, Hôtel des arts & FRAC-Limousin, 1992.
— Ann Thomas, No Man‘s Land, Thames and Hudson, London, 2001.
— Lynne Cohen, Camouflage, Le Point du Jour, Cherbourg, 2005.


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Mary T. Smith, Sans titre, 1988. Acrylique sur contreplaqué. 60,5 x 61 cm.
Akram Khan, Desh, 2011. Solo
Gino Sarfatti, «534». Lampe



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