ART | EXPO

Fragile

20 Sep - 09 Nov 2008
Vernissage le 20 Sep 2008

Au travers d’une dizaine d’artistes, cette exposition rend compte d’une esthétique du fragile, fragilité de l’oeuvre, de la matière, de la mémoire, qui interroge la vulnérabilité temporelle et spatiale de la création.

Communiqué de presse
Cristian Alexi, Laurette Atrux-Tallau, Michel Blazy, Bertrand Gadenne, Henrik Hakansson, Vincent Leroy, Évariste Richer, Olivier Sévère, Vincent Shine
Fragile

Un jeu de quille en verre, frêle. Fragilisé par la nature de sa transparence, par la nature de sa matière. Qu’est-ce qui est le plus vulnérable l’objet ou sa matière ? Situé dans une casemate d’une ancienne fortification militaire, le Centre d’Art Bastille interroge les oeuvres qui s’y exposent. Face à ces murs et ces voûtes de pierre, que reste–t–il des pièces présentées ? Un souvenir, une présence, une fragilité… l’espace d’un instant… celui des oeuvres. C’est ce constat qui guide la nouvelle exposition du Centre d’Art Bastille.

Fragilité du temps, fragilité des souvenirs, fragilité de l’acte d’exposer, fragilité de la création, cette exposition explore les différentes facettes de cette vulnérabilité comme une quête pour conjurer l’oubli du temps et en faire la force de cette exposition.

10-Second Couples de Cristian Alexi montre une femme dans une robe blanche qui marche sur un trottoir, choisit une personne, attrape sa main et suit cette personne. Après 10 secondes, elle lui lâche la main et choisit une autre personne. Cette vidéo peut être perçue comme une métaphore de la nature passagère et accidentelle du contact que nous avons avec les autres. En 2004, une étude de l’Université de l’Etat d’Ohio, a révélé que durant les 10 premières minutes d’une rencontre avec une personne, nous avons décidé de son rôle dans notre vie. Dans la vidéo de Cristian Alexa, cette décision se fait en une fraction de seconde.

Les méthodes de travail de Laurette Atrux-Tallau sont à rapprocher de celle d’un chercheur, qui observe les changements infimes du temps. De cette manière, elle s’attache à capturer la fixité des objets dans des moments où leur immobilité est pourtant mise à l’épreuve. Ainsi, dans Sans-titre n°1, elle joue avec l’instant T où l’assiette se brise, en la figeant par le biais de la photo. Nous mettant face à un questionnement lié à la fragilité, elle nous renvoie à une fixité étrange, à un moment de modification d’état, d’un mouvement perpétuel, mettant en place des images qui induisent des lectures temporelles multiples.

Michel Blazy travaille avec des matériaux périssables issus du quotidien. Avec eux, il crée des installations précaires qui croissent ou dépérissent pendant la durée de ses expositions. Bâtisseur d’univers aléatoires et fragiles, Michel Blazy aime ainsi manipuler les matières, tentant d’en contrôler disparition et transformation ou, bien au contraire, s’en remettant entièrement à leur force intrinsèque.

Depuis plus de trente ans, Bertrand Gadenne interroge la lumière par un jeu de contraste entre elle et l’obscurité. Il joue d’une manière apparemment légère de tout ce qui la compose et la produit. À travers cette recherche, il s’interroge sur le regard que l’on porte sur le monde et trouve des réponses très surprenantes en créant de nouvelles expériences sur le temps et l’espace. Il livre ici une réflexion sur l’image, la fragilité, la fugacité, sur l’impermanence des êtres et des choses.

Les travaux de Henrik Hakansson portent sur l’observation et l’enregistrement d’écosystèmes et de microcosmes naturels dans lesquels il explore les frontières entre nature et culture, mettant en parallèle le déclin de l’art avec la disparition des espèces vivante.

Le travail de Vincent Leroy s’inscrit dans la suite de l’art cinétique et du Nouveau Réalisme mais se place aussi sous l’influence de la pop culture nippone de part son côté ludique et coloré. Mais bien loin de la technologie qui le caractérise, c’est avant tout une poésie et une magie certaine qui le définit, car loin d’une vénération de la technique, c’est surtout le mouvement et la répétition qui inspirent Vincent Leroy. Un mouvement qui, comme dans Electric Flowers s’imprègne d’un rythme lancinant et fascinant que renforce la répétition à l’infini des motifs. Ainsi ce champ de fleurs mécaniques dont les pétales tournent inlassablement sur leur tiges ondulantes se transforme en une ode improbable à la fragilité de la nature.

Au croisement de l’espace et du temps, de la culture et des sciences, le travail d’Évariste Richer s’apparente à une forme d’exploration scientifique et systématique de sujets, formes et matières. Le Rayon vert, en proposant la simulation d’un phénomène naturel pratiquement ignoré jusqu’en 1882 et révélé au grand public par Jules Vernes dans un roman éponyme, opère ce glissement, typique du travail d’Evariste Richer, du naturel vers l’artificiel et la fulgurance esthétique.

Olivier Sévère est un jeune sculpteur qui se joue des matières comme des objets. Si les formes qu’il présente nous sont à chaque fois familière, la matière qu’il utilise se confronte à la nature des objets qu’il sculpte. C’est ainsi qu’il développe un langage à l’opposé : de bouées en plomb à des palettes en plâtre, il s’attache à questionner la nature de l’objet comme la nature de la matière pour mieux souligner par leurs défauts intrinsèques les qualités qui caractérisent objet comme matière.

Vincent Shine invente des «trompe-l’oeil» d’une finesse extrême dans lesquels les matières industrielles donnent le change à l’apparence naturelle de ses motifs. Il joue sur la fragilité autant en nous dévoilant la délicatesse de cette plante qu’en la réalisant à l’aide de matériaux industriels.
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