DANSE | SPECTACLE

Artdanthé | Apollon

10 Mar - 10 Mar 2018

Pièce chorégraphique pour six femmes nues, Apollon, de Florentina Holzinger, s'empare de l'image de la femme idéale pour mieux la mettre en miettes. Et convoquant ballet classique, acrobatie, Body Art et performance aux accents d'Actionnisme Viennois, Apollon explore la transgression.

Avec la chorégraphe et performeuse autrichienne Florentina Holzinger, la danse bouscule les genres. D’abord en entretenant des liens serrés avec les arts plastiques et le Body Art. Corps tatoué, piercings et maquillage outré, Florentina Holzinger cultive une image aux accents queer et transgenre. Côté gestuel, viennent à l’esprit l’Actionnisme Viennois, les performances de Gina Pane et Marina Abrahamovic… Ou encore l’art cirquesque des avaleurs de sabres, entre ‘fakirs’ et ‘freaks’. Chaussons de ballerine et pointes de ballet, marionnettes carnavalesques, costumes et décors riches, truculents et déjantés : Florentina Holzinger explore le transgressif. Son spectacle dionysiaque, nommé Apollon, pulvérise sa référence. À savoir l’Apollon Musagète (1928) de George Balanchine une référence dans le domaine du ballet néo-classique. Pièce pour six interprètes (six femmes nues), Apollon dévore ainsi la question de la représentation du corps féminin. Avec Renée Copraij, Evelyn Frantti, Florentina Holzinger, Annina Lara Maria Machaz, Xana Novais, Maria Netti Nüganen.

Apollon de Florentina Holzinger : entre ballet classique et pole dance queer

Plongée dans le rapport au corps esthétisé, à la souffrance, le spectacle Apollon détrame la vision de la féminité. Lorsque Florentina Holzinger se plante un clou dans le nez, lorsque Evelyn Frantti joue avec des aiguilles implantées dans son front, laissant perler quelques gouttes de sang, c’est pour mieux mettre en lumière l’implacable maitrise de soi requise pour de telles mises en scène. Corps meurtri par les aiguilles, les chaussons de danseuses ou la pratique du pole dance : Apollon déroule une histoire des disciplines corporelles. Là où la pratique doit traverser la douleur physique pour conquérir son droit à la visibilité. Comme des danseuses ou chanteuses de cabaret, de club de strip, les interprètes d’Apollon peuplent la scène d’évocations puissantes, presque chtoniennes. Pour des accents qui rappellent l’image trouble des nuits d’Amsterdam ville dans laquelle Florentina Holzinger a étudié la chorégraphie (Amsterdamse Hogeschool voor de Kunsten).

Des disciplines corporelles à la femme idéale : cultiver la transgression

Sur une scène parfois zébrée de cordes, rappelant des barres de pole dance, l’Apollon de Florentina Holzinger questionne ainsi la possibilité de la démesure. Avec une chorégraphie picturale et baroque, où se télescopent des échos de cirque contemporain et de luttes féministes, transgenres. Des photos de Cookie Mueller par Nan Goldin au Manifeste Cyborg de Donna Haraway. Entre fascination médusée et séduction des regards, Apollon déploie ainsi les artifices du sexe et de la violence. Dans leurs formes artistiques et chorégraphiées. Et sur un design sonore de Stephan Schneider, Apollon oscille entre culte et critique de la beauté. Remontant le fil de l’addiction, la pièce ausculte le plaisir induit par la souffrance disciplinaire. Celle de l’excellence des danseuses étoiles ou de pole dance. Celle des gymnastes olympiques ou des bodybuilders (constructeurs de corps). Et dans cette économie trouble, Apollon sculpte les corps, les gestes, les regards.