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Fields of Dust. Champs de poussière

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Pour son inauguration dans le quartier des jeunes galeries de la rue Louise Weiss, l’Espace Carte blanche accueille les œuvres d’un jeune peintre-dessinateur, Raphaël Thierry, dont le travail subtil et raffiné s’attache au rendu de la lumière. 

Pour sa première exposition, l’Espace Carte blanche choisit de parier sur la peinture, ou plus exactement, dans le travail de Raphaël Thierry, sur l’art graphique.
Ancien élève de l’Ecole supérieure d’arts graphiques Penninghen, à Paris, l’artiste, qui travaille sur toile autant que sur bois ou sur papier, est un véritable alchimiste des matériaux, convoquant toutes les capacités lumineuses, brillantes ou matifiantes du fusain, de l’huile, ou d’une technique mixte alternant les effets de relief et les textures lisses ou granuleuses.

Formant d’impressionnantes cosmogonies, ses Fields of Dust (Champs de poussière) matérialisent les immenses étendues de poussière d’étoiles qui emplissent l’univers, et dont il nous rappelle que nous n’en sommes qu’un infime élément. Le regard se perd dans les Night Blasts (Explosions nocturnes). La somptuosité des nuances de noirs et de gris y est révélatrice d’une technique graphique poussée à l’extrême de ses capacités expressives.

La série de Sous-bocks/Etudes, entamée dès 1998, est exemplaire de cette technique précise. Le fusain y est utilisé afin d’évoquer avec une grande délicatesse des nus, perçus par détails, dans l’intimité du regard de l’artiste face à son modèle. Le grain du support (le carton), la texture douce et comme voilée du fusain, l’évanescence des volumes et la tendresse du souvenir évoqué rappellent le grand maître de cette technique, Georges Seurat, auteur de Noirs silencieux et profonds comme ici.
Le format rond (celui du vulgaire sous-bock, mais aussi du tondo, dévolu dans la peinture ancienne aux scènes saintes), donne à ces détails un caractère plus harmonieux encore. Le cadrage hardi et les thèmes érotiques font le lien avec la photographie, en particulier celle des artistes pictorialistes du début du XXe siècle qui revendiquèrent pour leur médium les mêmes capacités esthétiques que pour la peinture.

Ainsi, peintre et dessinateur, Raphaël Thierry est aussi d’une certaine manière «photo-graphe», puisque le sujet réel de son travail graphique est la lumière. 

Raphaël Thierry
— série Sous-Bocks, 1998-2005-2007. Fusain sur cartons. Diamètre 10,3 cm.
— série Nocturnes, 2005. Fusain sur papier. 150 x 150cm