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Félix Vallotton, le feu sous la glace

PVirginie Gimaray
@20 Déc 2013

«Le feu sous la glace»: le titre de l’exposition consacrée à Félix Vallotton au Grand Palais est bien trouvé. Car la flamme de l’audace anime l’artiste, autant que la froideur ironique: un subtil mélange que l’on pourrait appeler le vice…

Brillant, quand il aborde la xylographie et qu’il démontre qu’il a tout compris de l’estampe japonaise, de ses vides jouant aux pleins, de ses perspectives jonglant entre regard frontal et vue relevée.
Moderne, quand il peint les femmes et qu’il annonce la figuration contemporaine d’un Edward Hopper.
Fou, quand il revisite la mythologie avec son coup de pinceau implacable porté comme une entaille de scalpel sur la peau.
Oui, Félix Vallotton est bien le feu sous la glace que l’exposition du Grand Palais met en lumière. Un feu sous la glace parfaitement illustré avec son étude de fesses de 1884, au cadrage serré, dont les plis et replis se marbrent de teintes variées.

Un tel cadrage supprimant tête et jambes n’est pas sans rappeler L’Origine du monde de Courbet. Mais si le maître du réalisme choisit d’ouvrir sur l’intimité, côté face, Vallotton opte pour le côté pile, le derrière… Le derrière et ce qu’il cache, le derrière de l’avant-scène. Or il semble bien que l’art de Vallotton soit attiré par tout ce qui est dissimulé, objet de fantasmes, de projections mentales. Que dire, du reste, de son jeu constant avec le noir, qui cache autant qu’il ne montre et découpe les formes dans ses gravures ?

Félix Vallotton aime les coulisses, les intérieurs enchâssés où le regard scrute ce qu’il ne peut voir, les décors qui dissimulent autant qu’ils suggèrent: il est maître dans l’allusion. Ainsi choisit-il ce point de vue original dans l’iconographie du nu féminin, souvent exposé de face et mettant en valeur seins et ventres charnus: un gros plan qui autorise l’analyse en détail des fesses, mais aussi un fragment qui interdit de saisir la totalité de ce corps. Le nu se dérobe autant qu’il se révèle dans le réalisme de sa chair.

Audace du gros plan et ironie du cadrage, feu et glace ici présents, tissent un jeu autour du regard. Voir sans pouvoir saisir, voilà peut-être ce qui définit le «vice» dans la peinture de Félix Vallotton et que l’étude de fesses révèle en creux: «Il me semble que je peins pour des gens équilibrés, mais non dénués toutefois, — très à l’intérieur — d’un peu de vice inavoué. J’aime d’ailleurs cet état qui m’est propre aussi» (Félix Vallotton).

Exposition
«Félix Vallotton, le feu sous la glace»:  exposition au Grand Palais du 2 oct. 2013 au 20 janv. 2014

Consulter
«Art du temps», le blog de Virginie Gimaray

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