DANSE | SPECTACLE

Faits d’hiver. Douve

08 Fév - 09 Fév 2013
Vernissage le 08 Fév 2013

Pour Tatiana Julien, le plateau mue en une zone érogène où s’enlacent corps et poésie. Avec Douve, la chorégraphe présente un trio féminin qui se développe en écho à l’œuvre d’Yves Bonnefoy. Les trois danseuses devenues muses animées d’une poésie moderne se font les pages d’un lyrisme débridé et sensuel.

Tatiana Julien
Faits d’hiver.
Douve

D’après le recueil «Théâtre»,
Du mouvement et de l’immobilité de Douve, Yves Bonnefoy, 1953.

Les poètes confessent depuis longtemps les impuissances de la parole à dire le réel. Face au néant, face à l’expérience de la mort, du deuil, parfois devant le simple, la parole se heurte à une incapacité fondamentale à dire le monde. N’est-ce pas, dans ces zones limites de l’expression, à d’autres arts de prendre le relais et de représenter l’indicible matière?

Tatiana Julien, Pedro Garcia-Velasquez et Alexandre Salcède s’aventurent dans le surgissement des mots, du sens du monde, dit le poète, dans l’espoir de régénérer, passé par le son et par la chair, le verbe de la section «Théâtre» du recueil Du mouvement et de l’immobilité de Douve d’Yves Bonnefoy, par l’écriture d’une pièce chorégraphique et musicale, Douve. Une expérience poétique dont l’objet est la mise en geste et en son des textures, des couleurs, du volume et de la musicalité des mots. Une certaine forme de lied dansé.

La poésie d’Yves Bonnefoy invite la danse à se questionner sur les limites du geste, comme des mots, dans l’incarnation du réel. La chorégraphie s’appuie sur la lecture sensible du poème pour aller vers l’écriture d’une matière corporelle traversée des sensations verbales qu’il suggère. Le projet de Douve est une invitation à l’écriture intuitive du danseur. Un désir de libérer la danse de son langage pour s’immiscer dans celui des mots. Une démarche de travail aveugle sur l’incarnation et sur l’oubli du concept.

Le trio nous fait sentir la solitude présente dans la poésie de Bonnefoy, une relation intime entre l’auteur et Douve. La simple présence des trois interprètes sublime la féminité qui émane du personnage de Douve. Douve se joue à trois partitions en vue d’une écriture mélodique plus riche qu’à un seul corps: des résonances de loin en loin, une foule d’actions et d’interactions, épaissir la chorégraphie.

«Comme promet, dans la radieuse beauté de sa jeune énergie, Tatiana Julien, robe longue noire à dos nu, pieds nus, visage dégagé, regard ferme, autorité de tout l’être. Dans Douve, première figure, elle utilise à merveille l’espace rond, la proximité troublante avec le public. Sur les musiques de Pedro Garcia Velasquez et sous le regard d’Alexandre Salcède, collaborateur «littéraire», cette danse «parle». Forte personnalité de Tatiana Julien.»
par Armelle Héliot, Le Figaro, le 13 juillet 2012

Repères biographiques

À la suite de son diplôme du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris en juin 2010, Tatiana Julien interprète les Indes dansantes de Nathalie Pernette et la création Nil de la Cie 72/73 avec Laurence Yadi et Nicolas Cantillon.

En janvier 2011, elle rejoint la Cie Illico de Thomas Lebrun où elle interprète les pièces La Constellation consternée, Le Baiser, et les soirées What you want?
Grâce à sa licence d’Art du Spectacle Chorégraphique de l’université Paris VIII, elle a publié des articles dans la revue Repères.

En mars 2011, son désir d’auteur se concrétise par la fondation de la C’Interscribo qui signifie «j’écris entre les lignes». Sa première pièce, Eve sans feuille et  la cinquième côte d’Adam, s’inspire des nus érotiques en photographie. Dans la continuité de sa recherche, sa seconde pièce, la Mort et l’Extase, traite de l’érotisme et de la mort dans une conception sacrée, comme seuil de l’interdit qui mène à la volupté de l’être discontinu, vers l’au-delà. Elle est présentée le 26 juin 2010, dans le cadre de l’évènement Danse élargie par le Musée de la Danse / Ccn de Rennes, au Théâtre de La Ville de Paris. Le 6 mai 2011, la pièce est programmée à micadanses, dans sa version de 30 minutes.

Depuis toujours, la danse de Tatiana Julien s’inspire d’images très réalistes. Le terme de verbe, ou d’action, est l’un des moyens de rendre à son geste sa dimension concrète.
Désignée en juin 2011, parmi 8 jeunes artistes des pays du pourtour méditerranéen, par Boris Charmatz et Vincent Baudriller, Tatiana Julien participe à la 2ème édition du Réseau Kadmos, impulsé par les Festivals d’Avignon, de Barcelone, d’Athènes et d’Istanbul.

Informations
Du 8 au 9 février 2013
Tatiana Julien, Douve à l’Atelier de Paris/Carolyn Carlson à 20h30
Danse, création, 50 min