ART | CRITIQUE

Double Bind

PIsabelle Soubaigné
@12 Jan 2008

Après avoir interrogé l’élasticité du temps et de l’espace avec l’exposition Cinq milliards d’années, le Palais de Tokyo invite de nouveaux artistes à nous donner des Nouvelles du monde renversé. Sous le signe de l’inversion, les sculptures/installations de Tatiana Trouvé propose dans un univers énigmatique un parcours étrange…

Après avoir interrogé l’élasticité du temps et de l’espace avec l’exposition Cinq milliards d’années, le Palais de Tokyo invite de nouveaux artistes à nous donner des Nouvelles du monde renversé. C’est sous le signe de l’inversion que va débuter cet événement en manipulant nos repères et la vision des choses qui nous entourent. Ainsi Double Bind de Tatiana Trouvé, ouvre ses portes sur un ensemble de sculptures/installations et propose aux visiteurs qui se risquent à entrer dans cet univers énigmatique, un parcours étrange qui pousse à la réflexion.

Des rochers «cadenassés» s’imposent dés l’entrée. A l’image des objets étranges qui jalonnent l’espace investi, ces météorites silencieuses attirent notre attention. Le besoin de s’approcher de plus près se fait ressentir. Il nous faut analyser les éléments en fer qui transpercent ces blocs de pierre en apparence invulnérables.
La surface bosselée semble plus fragile, comme un épiderme grisâtre, marqué du sceau de l’artiste. Tatiana Trouvé cherche à troubler notre perception des choses et sa logique. Que peut-elle emprisonner ou garder en sûreté dans ces pierres brutes, verrouillées de l’extérieur?
Depuis 1997, son «Bureau d’Activités Implicites» est composé de modules qui s’articulent les uns aux autres. Chacun d’eux témoigne des déplacement de l’artiste, de ses recherches et de ses attentes. A-t-elle consigné ici ses réflexions inabouties? Cherche-t-elle à nous cacher le fruit de son travail? Ou à le révéler dans le questionnement qui s’opère devant le mutisme de l’oeuvre en présence?

Tel un laboratoire, l’espace du Palais de Tokyo laisse se déployer un dispositif sculptural expérimental. Un long tuyau de cuivre traverse la pièce morcelée en lieux indépendants. Il perce les murs, court sur le sol, disparaît derrière une cloison pour surgir à nouveau un peu plus loin.
Témoin de notre visite, il devient le guide de notre pérégrination hésitante. Les «objets métaphores» posés ça et là nous racontent des histoires individuelles. Porteurs d’une fiction qui leur est propre, ils font référence à des atmosphères particulières et différentes.
Leur échelle, réduite, nous oblige à les appréhender autrement. Simulacre de la réalité et pourtant si proche de notre quotidien, ils n’en restent pas moins inutilisables. Nous les observons de haut et notre regard plongeant les enferme davantage encore dans l’attente d’un contact qui n’aura pas lieu. Les instruments de musique miniatures, cloîtrés derrière des grilles molles, lacets noirs tendus reliant le sol et le plafond, n’émettent aucun son. Pétrifiés dans le silence d’une fonctionnalité défaillante, ils suggèrent malgré tout la présence d’un corps qui pourrait leur donner vie.

La déambulation se poursuit, l’orientation reste anarchique. Les «Polders» de Tatiana Trouvé, comme les avancées de terre gagnées sur la mer, s’imposent dans un espace qui se plie à leur volonté. Nous contournons les installations qui nous intriguent sans cerner l’ampleur de cette «entreprise imaginaire» et mentale.

Une deuxième pièce attire notre regard avant de sortir. Un de ses murs est transparent et laisse voir un amas de terre, de gravas et de morceaux de cuivre semblable au fil conducteur de notre visite. On comprend alors que les formes qui se déploient dans le lieu ne sont que les marques d’un processus qui se matérialise : les traces d’une activité cérébrale qui prennent corps le temps d’une exposition.

Tatiana Trouvé
Double Bind, 2007. Installation. Divers matériaux.