DESIGN | EXPO

L’ornement est un crime

30 Juin - 06 Jan 2019

Associé à la bourgeoisie et au vitalisme, l'ornement a été rejeté par le design moderne au profit d'une approche plus mécaniciste et industrielle. Avec l'exposition "L'ornement est un crime", la Cité du design revient sur cette phase minimaliste et fonctionnelle, jusque dans son retour à l'organique.

La Cité du design de Saint-Étienne invite une partie des collections de design du Musée d’art moderne et contemporain (MAMC+). Un événement qui prend les traits de l’exposition « L’ornement est un crime ». Moment réflexif autour du design au XXe siècle (1910-1970), l’exposition rassemble une centaine de pièces emblématiques. Pour un accrochage en forme de plaidoyer, à charge et à décharge d’une modernité qui aura relégué l’ornement du côté des archaïsmes. Si le titre est lapidaire, les pièces n’en perdent pas pour autant de leur magnétisme. Minimalisme, lignes sobres, élégance des volumes géométriques… En témoignent les œuvres de Dieter Rams, designer lié à la marque Braun, qui aura fait plus qu’inspirer ceux de la marque Apple. Si la rupture moderne n’en finit pas de résonner dans le présent, c’est peut-être parce qu’elle se sera présentée comme étant sans appel. Une question qu’explore l’exposition « L’ornement est un crime ».

Exposition « L’ornement est un crime » à la Cité du design : Minimalisme fonctionnel

Tandis que Gary Hustwit (réalisateur d’Helvetica, 2007) achève son nouveau documentaire sur le designer Dieter Rams (Rams, 2018), l’engouement pour la modernité, en design, ne faiblit pas. La rupture se sera progressivement opérée à l’aune de l’industrialisation. Le verre, l’acier, le béton, l’électrification, l’urbanisation… Plus qu’une coquetterie, la modernisation caractérise l’Europe des XIXe et XXe siècles. Avec de nouvelles méthodes de production qui s’accompagnent aussi d’une refonte esthétique. Dans ce contexte de réorganisation, entre les convulsions des deux guerres mondiales, le design change aussi. Le Bauhaus, l’UAM, De Stijl… Autant de courants qui auront ensuite porté ces métamorphoses. L’ornement y devient alors synonyme de l’ancienne bourgeoisie. Les objets et meubles s’affinent, jusqu’à parfois n’être plus constitués que de tiges métalliques. Décrété mort en 1908 par Adolf Loos, architecte viennois (aux mœurs problématiques), l’ornement ne franchira pas la porte du Baroque et des Arts Déco.

Design moderne : la sobriété, du mécanique industriel à l’ergonomie technologique

Réflexion autour de cette rupture, « L’ornement est un crime » interroge l’héritage moderne. Avec des œuvres de designers et architectes comme Dieter Rams, Charlotte Perriand, Michael Thonet, Josef Hoffmann, Marcel Breuer, Le Corbusier, Charles et Ray Eames, Arne Jacobsen, Jean Prouvé, Joe Colombo… Et, notamment, une pleine section consacrée à Dieter Rams et l’École d’Ulm. Éloge de la sobriété, de la simplicité ergonomique, les objets doivent alors être simples et intuitifs. Leur usage ne doit pas comporter de difficultés. Un impératif qui sied à l’essor des objets technologiques, dont la complexité pourrait détourner leurs publics-cibles. Référence à la condamnation prononcée par Adolf Loos, « L’ornement est un crime » permet aussi de saisir les différentes dynamiques qui travaillent le design d’après-guerre. Avec l’empreinte de la multiplication des objets techniques, modifiant les manières d’habiter le monde. Pour une exposition qui, en somme, remet de la nuance dans le lapidaire.