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INTERVIEW
Florence Doléac
Florence Doléac
05 mars 2008


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Florence-Dol-eacute;ac-<em>Floating-Minds<-em>-2008-Matelas-en-forme-de-boudin-Exposition-quot;Des-constructeurs-eacute;clectiques-quot;-Crac-de-S-egrave;te-Courtesy-Florence-Doleac-©Marc-Domage

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Florence Doléac. J’ai l’impression d’être hantée, de dire toujours la même chose avec des variantes. Comment l’histoire se fige à un moment donné ? C’est une façon, un besoin que j’ai de réinventer les comportements, tout le temps. Je m’amuse donc à créer les instruments qui vont aider à les réorienter. Quand on est designer, on est prothésiste : oncréé des extensions du corps. Et il n’y a pas que la mécanique, il y a aussi les dispositifs psychologiques et physiologiques. C’est cette frontière qui m’amuse le plus.

Et ce jeu passe par un déplacement qui est celui de la fiction. Pour « Intérieur pour un animal à deux pattes » à la galerie Jousse, on entre dans l’univers d’un être dont les coutumes nous semblent étrangères.

Florence Doléac. C’est ça, je voulais qu’il soit totalement incongru, qu’il intrigue jusqu’au moment où on se retrouve quelque part dans cet animal... d’où ces chaussettes pur laine taille 43, la pointure de Jousse ! Ca m’amusait de créer une espèce d’espace sur mesure pour un galeriste-collectionneur. Les éléments de cette exposition  les pratiques animales de transformation de la matière : la toile d’araignée ; les polochons, tricotés et remplis de plumes ; le trou qui formait comme un terrier ; et la méridienne en peau de bête. Ca ramenait l’objet à ce qu’il est, soit une manière de marquer un territoire. Je dessine de moins en moins : pour « Tac Tic » au Mudac, j’ai choisi de mettre tout le budget dans l’installation. Le seul objet était une chaise qui rendait soporifique la lecture de mon Snap Shot, monté sur le battement d’un coeur qui dort. Quant aux cailloux dans la moquette, ils augmentaient la sensation que c’est une copie de mousse naturelle, en même temps que les cailloux devenaient domestiques. C’était une façon d’interpréter les matériaux de manière purement sensorielle, point par point, comme une écriture de partition musicale.

Traiter le sol comme un objet de design est assez radical : on ne nous invite ni à regarder un objet, ni même à le pratiquer si ce n’est par la marche...
Florence Doléac. Justement, je suis en train de travailler les Piétinoires en carrelage standard de salle de bains, dont les microreliefs massent les pieds pendant la déambulation. C’est mon projet le plus important, je le repousse toujours. Il y a les poignées molles aussi.
[J’en remarque une nouvelle, en éponge gorgée de peinture, expérimentée sur une des portes de l’atelier : pressée, elle y produit une tache].
Celle-ci va faire l’objet d’une édition à la Galerie de multiples, sous forme de kit. Mais j’aimerais faire de la poignée molle un produit standard : une mousse à retardement qui reprend complètement forme après avoir été saisie.

On ne peut nier la divagation qui opère à l’usage de vos objets. Indécidable, c’est à nous de l’inventer. Y a-t-il aussi cette errance dans leur conception? Le récit se greffe-t-il à l’usage pour l’augmenter, ou l’inverse ?
Florence Doléac. Si j’ai une commande, je pars de la fonction, mais ça ne m’amuse pas vraiment. Ce qui est intéressant, c’est d’avoir une liberté totale : à un moment donné, les choses et les idées se rencontrent. La mise en forme va porter l’usage, et souvent le faire dévier. Si tout à coup apparaît un terrain favorable, une alchimie se passe et je peux jouer sur des choix qui vont orienter le sens à nouveau. Par exemple, pour le grand matelas sur boules gonflables que je vais faire à Sète, j’ai beaucoup réfléchi à sa peau. Peu à peu le sens s’est construit : du fait de la position échouée que le matelas génère, je l’ai appelé Naufragés sur lit de moquette, moquette que j’ai choisie à carreaux bleus, comme une surface de méditerranée. Mais le sens premier reste cette espèce de gros gâteau dans lequel on va se vautrer à huit dans des positions qui nous absorbent. Ce matelas est un cannibale de l’action ! Voilà, ça se construit comme ça, par fantaisies : je m’amuse beaucoup avec ça.

Ça nous amuse aussi !

Florence Doléac. Oh, ça n’amuse pas tout le monde. Ma position ne fait pas l’unanimité. On peut se dire que je me donne trop de liberté, et qu’il est facile d’être intègre quand on ne se contraint pas, à l’inverse d’un designer, qui tient un engagement, tel un pupille de la nation, envers l’économie du pays. Alors que l’art est une fantaisie, parfois jugé comme un laisser aller si l’auteur est « designer ». On trouve parfois que c’est une forme de désaveu, ou d’arrogance. Il est vrai qu’il y a une grande humilité dans le design industriel, pour lequel j’ai beaucoup de respect. Mais cette position ne

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