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INTERVIEW
Florence Doléac
Florence Doléac
05 mars 2008
Conversation avec la designer dans son atelier. Bilan sur son activité solo depuis cinq ans, après les Radi Designers. Florence Doléac participe en ce moment à l’exposition « Des Constructeurs éclectiques », au CRAC de Sète, où designers et artistes proposent des objets-limites. Quelle est cette limite, et quelles en sont les approches ?


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Marine Drouin. Vous êtes représentée par la galerie Aline Vidal, une galerie d’art contemporain...
Florence Doléac. Je suis la seule designer chez Aline. Depuis 2006, je suis aussi représentée par Jousse Entreprise, dans la galerie art contemporain de la rue Louise Weiss, avec Roger Tallon entre autres. On est des électrons libres, et j’y ai aussi un espace d’expression. Les Jousse ont une pratique de l&rsqo;objet. Aline a aujourd’hui de jeunes artistes qui commencent à faire des objets, des dispositifs : elle est donc de plus en plus confrontée à la question.

Y aurait-il une évolution en germe dans ses choix?
Florence Doléac. Si elle va plus loin dans cette direction, je pense qu’elle le fera avec des artistes plus qu’avec des designers. L’ambiguïté de nos pièces est qu’elles sont fonctionnelles : elles posent des problèmes de mise au point et d’usage qui coûtent cher. C’est une petite folie de vouloir le faire hors circuit industriel. Par exemple, j’ai eu besoin de faire une chaise pour l’exposition «Flogistique » (2004). Même imparfaite, elle a été publiée, et Fermob m’en a proposé une réédition. Ces objets ont le mérite d’être pensés avec une certaine liberté, et trouvent parfois d’autres chemins. Je suis assez opportuniste... dès que la terre est un minimum fertile, je ne me prive de rien ! Je suis comme une mauvaise herbe qui pousse dans toutes les failles...

Je vous propose un flash back en 2003. « Divagation », à la Villa Noailles, m’apparaît comme le manifeste de votre traitement de l’objet en solo, dont le thème serait de désinhiber l’objet de design.

Florence Doléac. C’était une déclaration : je revendiquais l’inutile. Sans budget de production, cette première exposition sentait la rétrospective, mais pour la première fois, je posais mes objets les uns à côté des autres, je créais des liens, une résonance entre eux. On a beau tourner les pages d’un book, on ne sait pas comment les choses vont se déclencher dans l’espace, ni quel sens peut apparaître.

Vous avez la particularité, même si cette tendance émerge aujourd’hui en design, de créer des expositions en forme d’univers.

Florence Doléac. Oui, après j’ai eu l’occasion de faire des expositions dont je créais toutes les pièces : « Flogistique » était une folie. J’avais beaucoup plus de bouche que de ventre. Pour cette exposition double, chez Tools et chez Aline Vidal, j’avais envie de voir comment une galerie de design, et l’autre d’art, allaient soutenir ces pièces et cette différence. En fait il n’y en avait pas, si ce n’était par l’échelle des objets ! Avec le recul, je n’ai pas assez maîtrisé cette atmosphère. Il manquait encore des fils entre les pièces. Suite à ça, j’ai vraiment donné plus d’importance à l’espace construit : la mise en scène, la lumière, la qualité des surfaces étaient autant travaillées que les objets, et racontaient autant.

C’est donc après cette expérience que vous avez senti que vos objets demandaient plus qu’une simple monstration en « display ».
Florence Doléac. Oui, je pensais qu’il fallait travailler du point de vue de la psychologie. J’aimais bien déstabiliser, mais il manquait ce bain, qui permet de jouer insidieusement en arrêtant le temps. Cette dimension dramatique rejoint le sens de la scène, surtout depuis que je travaille le son. Pour les dispositifs de sieste de « Floating Minds » au Frac Aquitaine, j’ai commandé à Frontal une bande sonore « comico-soporifique ». Ce néologisme contenait tout ce que je voulais de l’effet escompté et suggéré par cette mise en scène.

Oui, elle produisait à la fois du repos et cette proximité saugrenue avec son voisin. Cette installation m’intéresse car c’est son usage et sa disposition, aléatoires, qui produisent son espace propre. Le matelas est cylindrique, ce qui le rend à la fois accueillant et gênant, comme si l’on n’avait pas en magasin la position à adopter
.
Florence Doléac. Á ce propos, je viens de recevoir les photos de Marc Domage prises à Sète : on était cinq ou six sur les matelas et chacun avait trouvé sa position naturelle. Graphiquement, ça transforme le corps. On devient une espèce de tonneau bizarre : certains se sont mis perpendiculairement, d’autres comme des koalas sur une branche, ce qui exprime parfaitement l’aspect comique du lâcher prise. Cette pointe d’humour sur le rapport idiot qu’on peut avoir avec une forme aussi insignifiante, permet d’y accéder plus facilement.

Vos pièces sont très intrigantes du fait d’un conditionnement assez fort. En même temps, elles semblent naître d’un rien, d’une association d’idées de votre part qui donne suite à un petit récit.

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