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DESIGN | CRITIQUES
Paolo Chipiron, Thomas Heathwick...
Matières à Cultiver
12 janv. - 16 mars 2008
Paris. Galerie Via
La mission de VIA est d’établir une réflexion dans le domaine de l’ameublement pour une société du futur. Avec l’exposition Matières à cultiver, le VIA dresse un état des lieux de la création en éco-design, un des enjeux du développement durable, de l’écologie et du respect de l’environnement. Cette exposition présente un inventaire non anecdotique des différentes applications possibles de techniques issues du bon sens et du bon usage des matériaux naturels. Elle est centrée principalement sur le bois. Ce matériau familier, méprisé à de nombreux moments de notre histoire, possède la propriété remarquable de retenir le CO².


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Patricia-Urquiola-fauteuil-<em>Log<-em>-Artelano-Structure-en-h-ecirc;tre-naturel-fourrure-agrave;-longs-poils-d-rsquo;agneau-de-Mongolie-©DR

Kristian-Gavoille-tapis-<em>Tokoit<-em>-Tai-Ping-Fibre-de-soja-©DR

Daniel-Michalik-chaise-longue-<em>Cortica<-em>-DMDF-Li-egrave;ge-d-eacute;coup-eacute;-et-assembl-eacute;-en-forme-©DR

Kenneth-Cobonpue-<em>Yoda-easy-chair-<-em>Rotin-naturel-tress-eacute;-nbsp;-©DR

  
Par Anne Bony

Yves Gradelet, commissaire de l’exposition et scénographe, est architecte de formation ; il a dirigé une équipe pluridisciplinaire et polyglotte pour choisir des objets venus du monde entier…

L’Eco-design est une réalité historique que pratiquent sans le nommer les designers des pays d‘Europe du Nord depuis toujours, sensibilisés par nature à l’utilisation du bois, disponible en grande quantit&eacte;. Le brevet de cintrage du bois est déposé par l’entreprise autrichienne Thonet en 1850, les études de design ergonomique sont menées par l’architecte danois Kaare Klint en 1916, la production de mobilier en bois courbé de l’architecte finlandais Alvar Aalto est commercialisée par Artek dans les années 30, les basiques en bois de la société suédoise Ikea sont diffusés depuis les années 50, et la tradition se poursuit.

Les pays émergents dans l’utilisation du bois sont les pays en voie de développement valorisés par leur artisanat et leur savoir-faire, remis au goût du jour par des décorateurs qui proposent la tendance ethnic-chic, un mix des cultures du monde. La vannerie, le tressage viennent des Philippines, d’Indonésie, d’Afrique…
La France, n’occupe dans cette vaste fresque qu’une bien faible place.

La mise en œuvre scénographique  de l’exposition du VIA sur 500m² est une véritable gageure ; il s’agit d’un chemisage de l’espace, une voûte en tension fabriquée en tressant des bambous venus d’Anduze dans le Gard. Un procédé constructif de taille monumentale qui utilise les qualités de souplesse et de résistance du matériau, une vannerie à grande échelle, un défi extrêmement audacieux (15 jours de travail avec une équipe de six personnes).

Le titre de l’exposition Matières à Cultiver se focalise sur la matière vivante, la matière naturelle. Le VIA produit chaque année un travail en collaboration avec la matériauthèque du FCBA, un institut technologique, qui valide l’innovation. La mission du VIA est de présenter les applications des différents procédés et de rendre intelligible les matériaux et leur mise en oeuvre. Un lexique est donc mis à disposition des visiteurs. Il égrène un inventaire à la Prévert qui de « Abrasion » à « polymérisation » définit les techniques, de « Aggloméré » à « Papier » établit les dérivés du bois, de « démarche HQE » à « renouvelable » désigne les objectifs de l’éco-design.

L’exposition se divise en trois espaces distincts et traite du bois dans tous ses états.
Les projets en bois brut, en bois massif, traités de manière traditionnelle, avec le tabouret Plank de Thomas Heathwick, le Log  de Patricia Urquiola, ou la baignoire Zendera assemblée à queue d’arondes de Paolo Chipiron ; l’assemblage de contreplaqué d’essences différentes pour un guéridon de Frank Heerema ; le contreplaqué courbé et découpé pour la table Butterfly de Alex Taylor ; des tiges de sycomore assemblées lors de la pousse pour le tabouret Grownup  de Christopher Cattle.
Les écorces sont traitées en collage traditionnel, avec les chutes de liège de la chaise longue Cortica de Daniel Michalik, les fibres avec le rotin naturel magistralement mis en œuvre par le designer philippin Kenneth Cobonpue dans sa Lolah Easy Armchair et sa Yoda Easy Chair.
Les arts de la table sont conçus avec des matériaux tels que le bambou huilé, la feuille de palmier ou le bois liquide, comme la corbeille à fruits en bambou tressé et corde du studio Eno.

La recherche touche également les dérivés du bois : le papier, que Anthony Brozna utilise pour les montants de sa chaise Paperstone, le kraft et le carton sont aussi prétextes à des créations domestiques. D’autres matériaux biologiques sont envisagés par les designers : la paille collée, les algues agglomérées. Quelques produits textiles sont exposés, réalisés à partir de la fibre de cyprès, le bambou, le soja, l’ortie, le chanvre, le pin, la poudre extrudée de maïs, enfin l’écorce de ficus malaxée. Le tapis Tokoit de Kristian Gavoille en fibre de soja revêt la douceur de la soie.
François Azambourg s’est approprié une technique ancestrale, il utilise le jus de kaki qui a les mêmes propriétés que l’oxyde de cuivre pour rendre les meubles imputrescibles.
La récupération de matières perdues fait aussi partie du processus d’éco-design, le bois flotté du canapé Louis Crusoé de Franck Lefebvre, la balle de riz des récipients édités par Napac.

Les objets s’épanouissent dans l’espace avec des formes d’une douceur et d’une sensualité inspirées

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