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INTERVIEW
Martin Szekely
Martin Szekely
11 avr. 2008
Dans l'exposition « Concrete », présentée chez Kreo, Martin Szekely défie les propriétés physiques des matériaux. Il conçoit une série de meubles en béton fibré — bureau, tables, console —, qui réflètent sa conception de l'objet universel. 


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Vue-de-l-exposition-quot;Concrete-quot;-Galerie-Kreo-2008-Courtesy-galerie-Kreo-©Fabrice-Gousset

  
Anne Bony. Comment faites-vous le lien entre les années 80 et la collection Py, par exemple, et ce que vous réalisez aujourd’hui ?
Martin Szekely. Lors de mon exposition au Grand Hornu en 1998, j’ai eu une véritable prise de conscience, qui s’est déclenchée à partir de la réalisation d’un objet. Jusqu’en 1999, j’étais dans la graphie, le geste, mon travail était centré

Le créateur :
  • Martin Szekely


    L'interview :
  • Martin Szekely


    Les autres expos liées aux artistes :
  • Design&Archétypes
  • Concrete
  • 16 News Pieces


  • sur le dessin. J’ai mis quasiment vingt ans à trouver ma direction, une direction très ouverte, contraire à l’ambiance de l’artiste, à son pathos.
    L’objet : le verre Perrier. Un objet conçu selon une logique industrielle. Intuitivement, avec lui, j’ai trouvé ma voie. J’ai compris que l’objet verre était « un lieu commun », qu’il devait appartenir à tout le monde, qu’il devait opérer une adhésion immédiate. D’où ma quête de lieux de convergence. J’ai voulu une base épaisse et une large ouverture pour une meilleure utilisation. Les contraintes économiques ont aussi déterminé le produit. Le verre, qui devait être un objet promotionnel, a eu un tel succès qu’il s’est fabriqué en énorme quantité. Cette réussite a suscité ma réflexion.
    Depuis, je ne suis pas limité à ma seule personne. Je fais un travail de documentation très important, un travail de recherche sur les techniques industrielles qui nourrit ma réflexion. Entre l’exposition « Etagères » (2005) et « Concrete », il s’est passé 3 ans. Beaucoup de temps m’est nécessaire pour la mise au point de mes projets. Je n’ai pas d’éditeur, je travaille avec Kreo exclusivement ou pour une clientèle privée, qui collectionne les meubles comme ils collectionnent les œuvres d’art.

    Ce travail avec Kreo, vous a-t-il éloigné du design industriel ?
    Martin Szekely. Je travaille également pour de grandes entreprises, des multinationales. Ce que j’aime c’est la relation que je peux avoir avec le « grand patron », l’échange, la discussion.

    Vous n’êtes pas un personnage très médiatique et pourtant vos réalisations font référence ?
    Martin Szekely. Jusqu’à présent, je suis resté très discret, mais il est temps pour moi d’expliquer mon travail, de faire un livre pour mettre en avant ma recherche. L’ouvrage porte sur les dix dernières années de ma carrière, avec les notes, les photos. Je ne dessine pas, mes notes sont transférées directement sur l’ordinateur et la conception démarre. Mon ambition est d’aller « à la limite », à la limite du projet, à l’économie. Je ne parle pas d’aller à l’économie sur le plan financier, mais d’établir un programme minimum pour l’objet.  Je ne veux pas faire des « objets d’image ». Concevoir des meubles, ce n’est pas construire des murs, mais matérialiser le vide. 
    Il y a 10 ans, je me suis posé une question : qu’est-ce qu’un meuble ? Qu’est-ce qu’une typologie ? Finalement la table, c’est une surface de terrain surélevée… Pour remettre l’objet en question, je me suis donc orienté vers les technologies de pointe. Je passe une grande partie de mon temps à l'affût des possibilités nouvelles.

    Comment avez-vous envisagé les étagères exposées chez Kreo en 2005 ?
    Martin Szekely. J’ai voulu rendre l'étagère la moins présente possible. La faire oublier. Lorsqu’elle est garnie, elle disparaît totalement.  Grâce aux matériaux nouveaux nous avons pu déplacer les « curseurs ». Tout est ouvert, tout est possible, de cette manière l’on a beaucoup plus de plaisir.
    Il y a aussi (et toujours) cette idée de « lieu commun » et d’économie, qui a pour conséquence une compréhension universelle des objets. Les formes appartiennent à tout le monde...

    Vous faites parler le matériau dans l’exposition Concrete ?
    Martin Szekely. Avec  « Concrete », on a déplacé la symbolique du matériau béton, qui, en principe, représente la brutalité, la lourdeur…  Dans ce projet, son statut a été modifié. La surface des meubles est réalisée dans un moule élastomère. Deux peaux de 8 mm d’épaisseur en béton Ductal fibré gainent le plateau des tables ou du bureau, avec, au centre, un matériau en nid d’abeille léger qui récupère l’humidité. 
    Nous avons réalisé un exploit technologique, au-delà même de la limite imaginée par la société Lafarge. Le travail a été mené avec un bureau d’étude extérieur, de très jeunes gens qui m’ont apporté leur énergie et leur talent.

    Pouvez-vous nous en dire plus sur la technique utilisée, sur l'objet dans sa dimension physique

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